Coronavirus : pourquoi les "bons élèves" européens d’hier sont devenus de pires cancres que nous ?

Les Pays-Bas confinés à la dure depuis ce lundi soir, l’Allemagne qui durcit son confinement à partir de ce mercredi : en matière de Covid-19, les bons élèves d’hier sont devenus des cancres. Comment en sommes-nous arrivés là ?

Ne pas pavoiser

D’abord, pour nous les Belges, il n’y a pas de quoi faire les malins. C’est une histoire qui commence sans gloire, parce que nous avons été très haut sur le podium cet automne. Le 27 octobre, on avait encore la médaille d’or européenne du plus haut taux de contaminations par rapport à la population. Aucun pays d’Europe ne faisait fait pire que nous.

Mais le vent a tourné, et voilà maintenant que l’Allemagne, et même la Suède, souvent cités comme 1ers prix sanitaires… sont obligés de serrer la vis. Et pourtant, ces pays avaient commencé avec deux avantages par rapport à nous. Marius Gilbert, épidémiologiste (ULB) en voit déjà deux : "Ce sont des pays, tant la Suède que l’Allemagne, qui étaient 'favorisés' par rapport à nous, par différents facteurs, comme une densité de population assez faible, en second lieu, des matrices de contacts qui sont beaucoup plus faibles que chez nous, c’est-à-dire que la fréquence de contacts entre différentes générations est plus basse en Allemagne et en Suède, et ça, c’est quelque chose qui les place dans une situation favorable dès le départ, en fait."

Il y a un 3e avantage de départ pour ces pays, c’est la taille moyenne des foyers : en Suède, elle est de 2 personnes ; en Allemagne, de 2,2, et en Belgique, de 2,3. Plus un foyer est grande taille, plus il y a de contact dans le foyer, or on sait que la transmission se passe souvent dans les familles.

Pourquoi ça s’est inversé

Nos efforts payent. La fermeture des bars et restaurants, puis le reconfinement, c’est dur, ça fait des gros dégâts humains et économiques, mais ça marche. Les pays qui connaissent maintenant des difficultés n’ont pas imposé cette discipline à leurs populations. Mais voilà avec le froid, la vie à l’intérieur se développe, l’aération diminue, et les mesures de confinement "light" parfois déjà prises ne suffisent plus.

En Allemagne, tous les bars, restaurants et lieux récréatifs étaient déjà fermés depuis début novembre. Mais les magasins et les écoles étaient restés ouverts. Et après six semaines de fermeture des restos, bars, théâtres, cinémas, musées et clubs de sport, l’Allemagne doit se faire une raison : ça ne suffit pas.

Pas de modèle

Il n’y a pas de modèle allemand, ni de modèle suédois. Pour l’instant, c’est plutôt un modèle belge de redressement, à une nuance près : les contaminations réaugmentent.

La Suède avait misé sur la responsabilité de ses habitants, en se refusant à prendre des mesures de confinement. Aujourd’hui, à Stockholm, 99% des lits de soins intensifs sont occupés. Ces deux dernières semaines, il y a eu 738 nouveaux cas par 100.000 habitants, soit plus de deux fois et demi notre situation. Il y a eu aussi 5 fois plus de morts rapportés à la population que dans les pays nordiques voisins.

Cette comparaison montre 2 choses :
- L’épidémie est dynamique. Les paramètres peuvent changer très vite, et ça oblige chaque pays à reprendre le contrôle à tout moment ;
- Il n’y a pas de gestion idéale en Europe, des mesures light peuvent marcher un temps dans certains pays mais aucun n’a la recette miracle.

L’Allemagne reconfine : JT du 13/12/2020

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