Comment les anti-vaccins risquent de gagner sur Facebook

Comment les antivaccins risquent de gagner sur Facebook
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Comment les antivaccins risquent de gagner sur Facebook - © NLshop - Getty Images/iStockphoto

Le mot "antivax" vient de faire son apparition au Larousse 2021, pour désigner le mouvement des anti-vaccins. Cependant, si le mot est nouveau, le mouvement ne l’est pas.

 En mars 2019, Facebook décidait de réduire la portée des groupes et des pages qui diffusent des fausses informations au sujet des vaccins. A l’époque, la cible numéro 1 des antivax, c’était le vaccin contre la rougeole. Résultat de la méfiance envers le vaccin : 15 fois plus de cas de rougeole en 2019 qu’en 2016.

L’épidémie de coronavirus a relancé la vigueur des militants anti-vaccination sur les réseaux sociaux. A l’heure où les sociétés pharmaceutiques engagent une course contre la montre pour trouver la formule gagnante contre le SARS-COV2, les antivax se partagent entre militants purs et durs et sceptiques. Ces derniers constituent une frange consistante de la population.

Selon une étude française parue le 21 mai dans la revue scientifique Lancet Infectious Diseases, 26% des Français de plus de 18 ans affirment qu’ils n’utiliseraient pas le vaccin contre le virus s’il devenait disponible. Cette enquête a été réalisée plus de 10 jours après le début du confinement en France.

Le champ de bataille

La méfiance publique est grande, et les entreprises comme Facebook tentent de combattre la désinformation en ligne durant la pandémie. Comment fonctionnent ces mécanismes de méfiance ? Comment pro et antivax se livrent une bataille en ligne ?

Pour mieux les comprendre, un récent article de la revue Nature analyse la répartition et taille des pages Facebook des 2 camps, ainsi que du camp des indécis, au pic de l’épidémie de rougeole de 2019. Les chercheurs de l’Université George Washington ont développé une carte pour suivre les conversations Facebook sur le vaccin. Cette observation du "champ de bataille" montre comment la méfiance à l’égard du vaccin pourrait se propager et dominer les conversations en ligne au cours de la prochaine décennie. 

100 millions d'utilisateurs engagés 

L’équipe de recherche a examiné les communautés Facebook actives autour du sujet du vaccin. Elles comptent près de 100 millions d’utilisateurs et forment un réseau dynamique et interconnecté entre les villes, les pays, les continents et les langues. Trois camps ont été identifiés : les communautés pro-vaccination, les communautés anti-vaccination et les communautés d’indécis tels que des groupes de parents. 

En commençant par une communauté, les chercheurs ont cherché à en trouver une deuxième fortement liée à l’original, et ainsi de suite, pour mieux comprendre comment ils interagissaient les uns avec les autres. Ces communautés sont des pages Facebook auxquelles des membres adhèrent, qu’ils partagent et à propos desquelles ils ont des interactions.

Trois fois plus de communautés antivax

Principal enseignement : bien qu’il y ait moins de personnes avec des sentiments anti-vaccination sur Facebook qu’avec des sentiments favorables, il y a près de trois fois plus de communautés opposées à la vaccination sur Facebook que de communautés favorables. Ces communautés opposées au vaccin parviennent à s’entremêler plus fortement avec les indécis. Les communautés pro-vaccination restent plus en périphérie.

Graphiquement, les groupes de fans d’une page avec un contenu antivax sont représentés en rouge ; les foyers pro-vaccin sont représentés par des points bleus, et les indécis, les lieux de débats aux positions non arrêtées, en vert. L’enjeu étant pour un camp ou l’autre de conquérir ces indécis.

Les auteurs notent qu’au cours de l’épidémie de rougeole de 2019, les communautés anti-vaccination ont affiché la croissance la plus élevée, et les pro-vaccination, la plus faible. Certains foyers anti-vaccination croissent de plus de 300%, alors qu’aucun foyer pro vaccination ne croît de plus de 100% et la plupart croissent de moins de 50%. La population anti-vaccination peut donc bien attirer plus d’indécis.

Ces indécis ne sont pas des individus passifs. Ils sont en réalité très actifs : les communautés indécises ont la plus forte croissance en termes de nouveaux liens externes, suivies des  anti-vaccination. Ces résultats, disent les auteurs, "remettent en question notre pensée actuelle selon laquelle les individus indécis sont une population de fond passive dans la bataille."

Récits antivax plus diversifiés

Par ailleurs, il y a des différences dans le contenu des récits : les communautés anti-vaccination offrent des récits plus diversifiés autour des vaccins et d’autres traitements de santé, en promouvant des problèmes de sécurité, des théories du complot ou des choix individuels, qui peuvent plaire potentiellement à plus de 3 milliards d’utilisateurs de Facebook. Les communautés pro-vaccination, d’autre part, offrent surtout des messages monothématiques généralement axés sur les avantages de santé publique établis des vaccinations.

L’étude conclut qu’il est possible de réduire le taux de croissance d’une communauté anti-vaccination influente, ou de retarder son développement, en augmentant l’hétérogénéité au sein de ce groupe. Pour autant que les agences de santé publique, les plateformes de médias sociaux et les gouvernements s’intéressent à ce type d’outil scientifique pour neutraliser ces communautés qui colportent de la désinformation.

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