"Booster son immunité" : efficace contre le COVID-19 ?

"Booster son immunité" naturelle : efficace contre le COVID-19 ?
"Booster son immunité" naturelle : efficace contre le COVID-19 ? - © SEBASTIAN KAULITZKI - Getty Images/Science Photo Libra

Vous vous demandez peut-être s’il y a moyen de booster son immunité naturelle, pour lutter contre le COVID-19. Des publications pullulent sur les réseaux sociaux. L'une d'entre elles, signée d’une professeure de yoga de la région d’Annecy, a circulé jusqu’ici.

Cette dame interpelle les médias : "Pourquoi ne pas expliquer aux gens qu’ils ont, en eux, un potentiel de défense et de guérison infiniment plus puissant que tous les médicaments du monde, et qui peut être actionné rapidement ?".

Premier élément de réponse : les grandes avancées contre les virus ne se sont pas faites grâce à notre immunité innée, mais par des vaccins et des médicaments, et par des méthodes éprouvées, testées, par la science, qui est en soi un fact-checking permanent. Elie Cogan, professeur émérite de médecine interne à l’hôpital Delta du CHIREC : "Les progrès de la médecine et de la science en général, c’est d’avoir pu utiliser la méthode dite "scientifique", à savoir de démontrer de la façon la plus précise possible ce qui est vrai et ce qui est faux. Il y a beaucoup de très bonnes hypothèses, basées sur des faits que l’on pense indubitables, et lorsqu’on teste ces hypothèses, on se rend compte que cela ne tient pas la route".

Immunité innée et immunité adaptative

Cette publication Facebook propose donc de "doper notre immunité". Il y a immunité et immunité. Il faut distinguer l’immunité innée, de l’adaptative : la première est décrite par Elie Cogan comme celle qui "correspond à des défenses très primitives des organismes vivants vis-à-vis d’agresseurs extérieurs, en particulier les virus." La deuxième fait référence à des mécanismes beaucoup plus complexes du système immunitaire. C’est elle qui permet de réagir contre des virus auxquels on aurait été confronté préalablement. C’est elle également qui entre en action par le principe de la vaccination.

Les deux types d’immunité sont en cause dans le coronavirus. Cette immunité est faite au départ pour nous défendre contre les agents extérieurs, les infections, ou intérieurs, nos cellules cancéreuses.

Trop d’immunité

L’immunité peut aussi s’emballer. Quand elle fonctionne trop, il peut y avoir des maladies auto-immunes. A ce moment-là, explique le professeur Cogan, "le fait de booster l’immunité n’a pas beaucoup de sens dans ces situations-là. On va au contraire diminuer l’immunité pour permettre de soigner la maladie."

Dans le cas du COVID-19, l’immunité peut aussi déclencher une tempête. Une fois que le virus entre dans l’organisme, il va stimuler l’immunité innée. Cette dernière fait appel à tout une série de cellules inflammatoires et de médiateurs, qu’on appelle les cytokines, qui vont être une réponse à l’agression virale. "Cependant, cette parade peut être exagérée", explique le professeur Cogan. "Quand on parle de booster l’immunité, c’est pas nécessairement un bon plan. Ici, le problème c’est précisément une réponse inflammatoire qui est dérégulée. Et c’est cette réponse inflammatoire va conduire les patients dans les unités des soins intensifs. Le poumon est agressé non pas tellement par le virus, mais par la réponse immunitaire qui est disproportionnée et incontrôlée." A ce moment-là, il faut diminuer l’immunité, justement, pour diminuer cette réponse inflammatoire.

Le gel hydroalcoolique et la "barrière de la peau"

La publication Facebook affirme que l’utilisation quotidienne de gel hydroalcoolique peut supprimer la barrière naturelle de la peau contre les virus. C’est sans fondement par rapport au coronavirus, puisqu’il ne se transmet pas par la peau, mais par les gouttelettes, via les voies respiratoires.

Les plantes, le jeûne et le COVID-19

L’auteure de cette publication nous recommande quelques plantes pour booster notre immunité. Mais que dire du sureau, des ecchynacées, ou du cynorrhodon ? Que dit la médecine ? Pour notre immunité ? "Aucune de ces plantes n’a montré par des études scientifiques éprouvées, contrôlées, une efficacité favorable à renforcer le système immunitaire", répond, catégorique, le professeur Elie Cogan.

Quant au jeûne hydrique, prôné par l’auteure du post Facebook, des études montrent une amélioration de la longévité chez des rongeurs, mais rien n’est prouvé chez l’être humain.

Phytothérapie

Les convaincus de la médecine par les plantes vont se dire : mais enfin, il y a des plantes efficaces ! Et c’est vrai. D’ailleurs, un médicament sur deux est une substance d’origine naturelle ou est inspiré d’une substance naturelle, selon Michel Frédéric, professeur à la Faculté de médecine de l’Université de Liège. Exemple : l’if, qui sert à produire des anticancéreux. Ces plantes sont classées en "plantes d’usage traditionnel" (au moins 30 ans d’usage dont 15 en Europe) et "plantes d’usage bien établi (efficacité prouvée par des études cliniques). Dans cette deuxième catégorie, on trouve par exemple la valériane, active contre les troubles du sommeil, ou le millepertuis, contre la dépression modérée. L’échinacée est efficace contre les refroidissements, et le lierre a des vertus expectorantes. 

Mais vous l’aurez compris, en matière de COVID-19, l’expression " booster son immunité " doit être comprise avec des nuances : trop de réaction immunitaire, ça peut rendre malade... Enfin, ce coronavirus ne se combat pas avec de la verdure.