Quand la police descend chez El Bakraoui trois semaines avant les attentats

Khalid El Bakraoui
Khalid El Bakraoui - © AFP PHOTO / INTERPOL

"Bien connu des services de police". Khalid El Bakraoui est pour les policiers belges ce qu'on appelle "un client". Un homme  qu'on retrouve dans des affaires de grand banditisme, condamné en  2011 pour vols avec violence. Lors de son arrestation il est possession d'une kalachnikov.

Quatre ans plus tard ce sont encore des kalachnikovs qui mettent les policiers sur ses traces. Khalid El Barkaoui, qui bénéficie d'une libération conditionnelle, est lié à des hommes qui semblent préparer un gros coup. Une dizaine de chargeurs ont été acquis au cours de l'été dans une armurerie wallonne. Filature, écoutes: El Bakraoui est en contact avec les acheteurs. Le 21 octobre 2015 la police se présente à son domicile à Laeken, en Région bruxelloise. La perquisition ne donnera rien pour le volet trafic d'armes. En tout cas pas de quoi mettre Khalid El Bakraoui sous les verrous. En revanche, en examinant son ordinateur les policiers découvrent des vidéos à la gloire de l’État Islamique. Son profil Facebook est également sans ambiguïté : Khalid El Bakraoui affiche un penchant certain pour l'islam radical.

Il quitte officiellement sa femme

Les policiers qui mènent cette enquête sont des spécialistes du grand banditisme. Le terrorisme n'est pas dans leur attribution, mais ils veillent bien à prévenir la DR3, l'unité anti-terroriste de la police fédérale. Le 21 octobre nous sommes trois semaines avant les attentats du 13 novembre. Quelques semaines avant cette perquisition Khalid El Bakraoui a loué, sous un faux nom, un appartement à Charleroi. Les policiers l'ignorent. Cette planque, située rue du fort, va accueillir Abdelhamid Abaaoud alors qu'il est en route pour rejoindre Paris. C'est donc en partie rue du fort que les attentats du 13 novembre ont été préparés.

Khalid El Bakraoui va encore louer, quelques mois plus tard, et toujours sous en faux nom,  l'appartement de la rue du Dries à Forest, où se cache Salah Abdeslam pendant sa cavale. Le 22 mars, enfin, il est le kamikaze qui se fait exploser dans le métro.

Revenons au 21 octobre 2015. Faute de preuves, Khalid El Bakraoui est relâché. Il va disparaître et les policiers ne le reverront plus. Pour effacer ses traces il quitte même officiellement sa femme et change de téléphone. Un profil lié au grand banditisme, un trafic d'arme, et de la propagande islamiste: il ne manquait que très peu d'informations aux enquêteurs pour pouvoir conclure que l'homme en face d'eux était susceptible de passer au terrorisme. On peut être bien connu des services de police, mais leur cacher l'essentiel.

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