Marc Trévidic: "On a créé des djihadistes qui nous en veulent"

Il est l’un des visages les plus connus de la lutte contre le terrorisme en France. Ses propos font réagir, son omniprésence médiatique aussi. Pourtant, bien avant les attentats de novembre à Paris, il mettait déjà en garde les dirigeants politiques contre la menace terroriste. Marc Trévidic était l’invité de Jeudi en Prime.

Âgé de 50 ans, il fut de 2006 à 2015 juge d’instruction au Tribunal de grande instance de Paris au pôle antiterrorisme. Il a été à la tête des plus grandes affaires: l’attentat contre le président rwandais qui a déclenché le génocide, l’attentat de 2002 à Karachi ou encore le massacre des moines de Tibhirine. Depuis 2015, il est premier vice-président du Tribunal de grande instance de Lille. Il s’occupe désormais des affaires familiales. En cause: l'obligation faite aux juges spécialisés de changer de fonction tous les dix ans. Mais l’antiterrorisme reste sa passion. En septembre, lors d’une interview, Marc Trévidic mettait en garde: "La menace est à un niveau maximal, jamais atteint jusqu’alors". Deux mois plus tard, les terribles attentats de Paris lui donnaient malheureusement raison. 

A qui la faute?

130 personnes sont mortes dans les attentats de Paris en novembre. A Bruxelles, le bilan se porte à 32 morts. Comment expliquer les causes de ces attaques? Pour Marc Trévidic, "on a laissé une situation devenir catastrophique en France comme en Belgique". L'ancien juge antiterroriste reconnait que la France et la Belgique ont fait "beaucoup de choses ces dernières années" avec notamment des procès et des gros réseaux démantelés. Mais, précise-t-il, "c'est un peu tard". "Tant qu'on parvenait à éviter les attentats, tout allait bien. Mais c'était oublier qu'en-dessous, il y a tout ce mouvement de radicalisation" ajoute Marc Trévidic. "La cause du terrorisme, c'est la radicalisation".

L'ancien juge antiterroriste souligne que ni la France ni la Belgique n'ont traité les causes du terrorisme. "Les deux pays sont à ex-aequo pour cela" affirme-t-il avant de dresser un bilan qui fait froid dans le dos: "Tout s'est aggravé sur les quinze dernières années: les foyers salafistes se sont étendus et les liens entre les différentes cellules en Europe se sont accrus".  

Mais alors pourquoi ne pas avoir lutter contre les causes? "Parce que c'est très compliqué, répond Marc Trévidic, et le personnel politique veut des solutions à court terme et simples". L'ancien juge antiterroriste pointe la période 2002-2003 et l'essor d'Internet: "Le djihad médiatique a fait des dégâts phénoménaux. C'est entré dans les foyers pendant dix ans sans qu'on fasse rien".

Une menace toujours bien présente

Marc Trévidic rappellent que "les terroristes veulent toujours faire plus fort". A chaque fois, les terroristes espèrent une réaction forte en retour. "Ils tapent fort les démocraties pour qu'elles s'en prennent aux populations musulmanes. Dans ce cas-là, les populations musulmanes vont les rejoindre" explique-t-il.  

Ce qu'il ne faut pas ignorer, "c'est que les anciens ont repris du service". L'ancien juge antiterroriste dresse alors ce constat: "On a un mélange de jeunes recrues et de vieux qui sont influents. C'est dangereux".  

Faut-il s'attendre à de nouveaux attentats? Pour Marc Trévidic, les jeunes qui sont partis ont beaucoup de haine envers la France et la Belgique. "Il y a une volonté de revanche quelque part" car les jeunes qui sont partis sont frustrés et ils pensent avoir été méprisés. Pour Marc Trévidic, "on a créé des djihadistes qui nous en veulent". Sans oublier, poursuit-il, que "l'Etat islamique accepte tout le monde et on peut tuer gratis".

Il ne faut pas sous-estimer les cibles des terroristes. Difficile bien sûr de dire où ils pourraient frapper. Mais Marc Trévidic explique: "Tout est envisageable. Ils peuvent nous faire mal en s'en prenant à une école. Ils nous connaissent par cœur. Ils savent comment on résonne et comment nous pousser à bout". Car, insiste l'ancien juge antiterroriste, "ils sont des nôtres".

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir