Ibrahim El Bakraoui renvoyé vers la Belgique? Des questions graves restent sans réponses

L'union nationale a vécu. Le deuil court, mais les questions galopent. Le président turc Recep Tayip Erdogan a lancé sa bombe politique mercredi: il a affirmé que l'un des principaux suspects des attentats de Bruxelles, Ibrahim El Bakraoui, avait été expulsé de la frontière turco-syrienne vers la Belgique à l'été 2015. Il en aurait informé notre pays. 

Au Parlement fédéral, l'opposition réclame des réponses. Le compromis trouvé mercredi avec la majorité sur le sobre dispositif d'hommage et d'interventions politiques ce jeudi à la Chambre ne peut suffire. Voilà ce qu'a dénoncé le premier Ecolo, dans l'opposition: les Verts ont réclamé et obtenu une nouvelle réunion de la Conférence des Présidents, en raison de ces éléments neufs. 

Notre pays est montré du doigt par une partie de la presse internationale pour avoir potentiellement laissé en liberté une bombe humaine. Est-ce exact? La Belgique a-t-elle laissé courir un homme déjà condamné pour braquage, puis libéré sous conditions, mais de retour au pays après un petit détour en Syrie? A-t-elle fermé les yeux sur un avertissement de la Turquie, à propos de l'arrivée sur le sol belge d'un terroriste potentiel?

Deux accords entre la Belgique et la Turquie

On l'apprend aujourd'hui, en primeur: il existe deux accords de coopération entre la Belgique et la Turquie. L'un est judiciaire. Il a été signé le 22 janvier 2013 entre Annemie Turtelboom, ministre de la Justice à cette époque, et la Turquie. L'autre est policier, a été signé par Joëlle Milquet, alors ministre de l'Intérieur. 

Par ce double accord, le gouvernement belge espérait que la Turquie aide la Belgique en lui fournissant des renseignements judiciaires et policiers, au sujet des candidats-combattants belges qui passent par la Turquie pour aller combattre en Syrie. On les appelle les "Foreign fighters". 

En avril 2015, le député Ecolo Benoît Hellings posait une question au ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) à propos de ces accords. Le ministre répondait que cet accord n'était pas mis en œuvre, du fait de la Turquie. 

Trois mois plus tard... 

Mercredi, le président Erdogan a donc affirmé qu'il avait informé la Belgique par fax le 14 juillet 2015 de l'expulsion d'Ibrahim El Bakraoui, de la frontière entre la Syrie et la Turquie. Vers les Pays-Bas? Comme l'affirmait hier Koen Geens? Ou vers la Belgique? Toujours est-il que c'est exactement trois mois après la question du député Ecolo. Alors de deux choses l'une: soit ce que dit Erdogan n'est pas correct, et jamais il n'a mis en œuvre l'accord entre la Belgique et la Turquie, soit il l'a mis en œuvre à ce moment-là, et la Belgique n'a pas saisi cette occasion.

Des questions essentielles

Seuls les ministres fédéraux de l'Intérieur, Jan Jambon, et de la Justice, Koen Geens (CD&V), peuvent désormais répondre à ce questions sans réponses: que savait la Belgique? Pourquoi ne pas avoir remis le futur kamikaze en prison, après son passage en Turquie? Pour faire son deuil, il faut comprendre. Ce n'est pas de la polémique politicienne, mais du débat démocratique d'utilité publique. Le gouvernement fédéral devait dès ce jeudi midi tenter de tirer cette affaire au clair, avant que le Parlement ne s'en charge. 

Koen Geens évoque des lenteurs de communication, en Turquie comme en Belgique

Dans le programme Villa Politica de la VRT, le ministre de la Justice Koen Geens reconnait ce jeudi après-midi que "peut-être il n'y a pas eu de transmission à temps de l'information entre la Turquie et la Belgique".

Le ministre entend réserver la chronologie précise des faits à la Commission qui se réunit vendredi. Il ajoute : "Vous vous figurez bien que nous n'aurions pas discuté de cela toute la nuit si nous pensions que nos services avaient été tout à fait en faute sur toute la ligne". "Cette information a été donnée, mais plus lentement qu'on aurait pu l'attendre en ces circonstances".

Il rappelle que ni lui ni le ministre de l'Intérieur ne pouvaient avoir connaissance de ces faits personnellement. Ce qui n'empêche qu'ils ont tous deux proposé de démissionner. "Finalement, le Premier ministre a clairement affirmé qu'il était préférable que nous prenions nos responsabilité en restant au gouvernement. Nous y sommes tout à fait prêts, même si les prochains mois s'annoncent difficiles, vu les circonstances".

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