Gilles De Kerchove: "Il faut s'attendre, au moins, à des planifications d'attentats"

Gilles De Kerchove: "Plus on met la pression sur Daech en Syrie et en Irak, plus l’organisation est tentée de commettre des attentats à l’étranger."
2 images
Gilles De Kerchove: "Plus on met la pression sur Daech en Syrie et en Irak, plus l’organisation est tentée de commettre des attentats à l’étranger." - © Tous droits réservés

Apprenant l’identification des frères El Bakraoui, impliqués dans les attentats de Paris, parmi les kamikazes des attentats de mardi, En Belgique, Gilles De Kerchove, coordinateur de l’Union Européenne pour la lutte contre le terrorisme, salue le succès rapide des enquêteurs. Il pense aussi que cela permet de penser qu’il n’y avait qu’un seul réseau (celui d’Abdeslam) et non un second groupe parallèle qui aurait planifié d’autres attentats et que l’on n’aurait pas encore identifié.

Mais aurait-on pu, dès lors, éviter cet attentat? "C’est une question à laquelle on ne peut pas répondre. Quand on est confronté à des personnes prêtes à mourir pour tuer d’autres personnes, on est devant quelque chose d’extrêmement difficile à empêcher. Honnêtement dire qu’on aurait pu les éviter ce serait trop simple."

"Pas la même culture que la France"

Est-ce le moment, pour la Belgique de faire son autocritique? Le " Monsieur anti-terrorisme" de l’union européenne botte en touche. " Ce n’est pas mon rôle de donner des bons ou des mauvais points avis. J’ai été moi-même chef de Cabinet d’un vice-premier ministre. Mais il faut dire que la Belgique est un petit pays et que la Belgique fait ce qu’elle peut. Il est vrai que nous n’avons peut-être pas la même culture de sécurité que nos voisins français où là il y a un Etat puissant qui investit depuis des années et des années dans son armée, dans ses Services de sécurité, ses Renseignements et sa police.

Selon le spécialiste de la question terroriste, le gouvernement belge ‘met le paquet’ et cherche à améliorer les structures. " Le Ministre de la Justice est en train de faire voter des législations extrêmement précieuses sur la collecte d’informations. On recrute de nouvelles personnes, on les forme. "

Le début de quelque chose ?

Pour la population et pour les autorités publiques, toute la question est de savoir si ces attentats de Bruxelles présagent de nouvelles attaques. Et la réponse de Gilles De Kerchove n’est pas rassurante : " Plus on met la pression sur Daech en Syrie et en Irak, plus l’organisation est tentée de commettre des attentats à l’étranger, et notamment en Europe, pour montrer qu’elle continue de gagner. C’est une organisation qui a toujours fait de ses succès un peu sa marque de fabrique. Elle a conquis de nouveaux territoires, recrute de nouvelles personnes et, pour le moment, elle souffre extrêmement. Il faut quand même reconnaître les succès de l’armée irakienne, avec notre soutien, des peshmergas, des Kurdes syriens, les frappes aériennes de la coalition. Ils ont perdu des territoires. Ils n’ont plus les mêmes ressources financières donc ils sont, dans le coin, sur la défensive. Et je pense, malheureusement, que c’est une des conséquences. Donc, il faut effectivement s’attendre au moins à des planifications d’attentats. Ça ne veut pas dire qu’ils passeront à l’action. "

Mais le spécialiste se veut, aussi, rassurant en répétant un message qu’il répète depuis quelques semaines déjà. "Soyons clairs : nous avons fortement réduit notre vulnérabilité. C’est triste de le dire au lendemain d’attentats meurtriers, mais tout de même on arrête, on démantèle des cellules, on arrête des personnes dans plusieurs pays d’Europe. "

Mardi Jean-Pierre Filiu (spécialiste de l’Islam contemporain en France) déclarait que la seule manière d’arrêter les attentats était de faire tomber l’Etat Islamique, de faire tomber Raqqa . C’est aussi l’avis de Gilles De Kerchove : " Je crois qu’il y a une vraie volonté de la coalition de continuer à mettre la pression. La voie de la diplomatie est tout aussi importante. Il y a une double voie: militaire parce qu’il faut continuer à mettre cette pression sur l’organisation, la couper de ses financements et de ses moyens de soutien, mais, en même temps, la solution politique en Syrie est une des manières les plus efficaces d’isoler le groupe et de fédérer l’ensemble des voisins et la communauté internationale contre cette organisation abominable. "

Retrouvez toute l'actualité européenne avec Euranet Plus, le premier réseau d'information européenne.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK