Georges Dallemagne: la commission d'enquête ne sera pas une chasse aux sorcières

Les travaux de la commission d'enquête parlementaire chargée de faire toute la lumière sur les attentats du 22 mars dernier et sur la montée du radicalisme en Belgique débuteront officiellement ce vendredi.

Invité de Matin Première, le député fédéral Georges Dallemagne (cdH) estime que l'État belge doit aujourd'hui la vérité aux 32 victimes, à leurs familles, aux 340 blessés dont 24 sont encore en soins intensifs.

"Il faut faire la lumière sur les défaillances, sur les lacunes, sur ce qui n'a pas fonctionné, sur la manière et les raisons pour lesquelles nous n'avons pas pu protéger suffisamment efficacement nos citoyens", commente le centriste.

Une commission d'enquête solide ?

Mais cette commission d'enquête peut-elle vraiment faire toute la vérité ? Certaines ont fonctionné par le passé, la commission Rwanda par exemple. D'autres, comme la commission Sabena, se sont effondrées et n'ont jamais révélé tous les éléments.

"J'ai eu le sentiment (…) que l'ambiance était au sérieux et à la gravité, répond Georges Dallemagne. Et qu'il y avait le souhait de pouvoir faire toute la clarté, la vérité."

"Car, ce qui est en jeu, c'est véritablement notre sécurité collective. Ce qui est en jeu, c'est la manière dont nous allons demain mieux protéger les citoyens, conduire ensemble cette société, pouvoir aussi renforcer la cohésion sociale, et évidemment aussi lutter contre le radicalisme, qui est un problème très sérieux, notamment à Bruxelles."

"Ce sont ces questions qui sont sur la table et j'ai l'impression que nous avons tous conscience de l'importance de ces questions et de l'importance qu'il y aura à y apporter des réponses très concrètes."

"Il ne s'agit pas de flinguer un lampiste"

Mais le député humaniste le promet : pas de chasse aux sorcières. La mission des parlementaires n'est pas "de flinguer un lampiste" ou "d'obtenir la tête de telle ou telle personne", assure-t-il.

Il s'agit bien de "réformer notre système, notre architecture de sécurité, vérifier tout ce qu'il faut faire à l'avenir, tout ce qui n'a pas été fait suffisamment pour que nos services de renseignement, de police, de sécurité en général, la justice, puissent disposer à la fois des dispositifs, des bases, des ressources et des mécanismes qui nous permettront d'être mieux protégés."

À l'entendre, il y aurait donc eu des fautes, ou du moins des dysfonctionnements. Mais Georges Dallemagne préfère évoquer des "améliorations substantielles qui peuvent être apportées".

"Plus personne aujourd'hui ne dit le contraire, soutient-il. On voit tous les jours des informations de presse qui nous disent qu'il y a eu des lacunes, des problèmes, des difficultés."

"Loin de craindre cette commission, les responsables veulent nous exposer leurs difficultés"

"Et je note également que les principaux responsables de nos services de secours – par exemple, le patron du centre de crise, l'officier de liaison en Turquie... toutes ces personnes-là – souhaitent être entendues par la commission d'enquête parlementaire."

"Donc, les responsables de nos services de sécurité, loin de craindre cette commission d'enquête parlementaire, souhaitent venir être entendus pour pouvoir nous exposer leurs difficultés, pour pouvoir également dire ce qui, à leurs yeux, doit être réformé."

"L'influence de l'Arabie saoudite ou du Qatar"

Au-delà de l'aspect strictement sécuritaire, la commission s'attachera aussi à tenter de comprendre et d'analyser "les racines du radicalisme en Belgique" et les influences "rétrogrades et contraires à nos valeurs" qui détournent les personnes dont on sait qu'elles avaient au départ un rythme "modéré".

Dans ce cadre, Georges Dallemagne précise qu'il sera aussi "très attentif à notre politique étrangère en la matière, et à l'influence que continue à avoir l'Arabie saoudite ou le Qatar sur notre population musulmane".

"Je suis par exemple très inquiet de voir qu'encore aujourd'hui certaines ASBL de gestion de certaines mosquées qui ont été impliquées dans le recrutement djihadiste sont toujours actives, sont toujours opaques, et violent continuellement la loi belge qui prévoit qu'elles devraient en réalité publier leurs comptes."

Les membres de la commission d'enquête commenceront ce vendredi par se rendre sur les lieux des attentats, à Maelbeek tout d'abord, puis à l'aéroport de Zaventem, "pour (se) rendre compte de visu des lieux, de la gravité, de la responsabilité de (leur) mission".

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