Didier Gosuin (DéFI): "On n'explique pas l'islamo-fascisme par des causes sociales"

Didier Gosuin n'arrête pas de le dire. DéFI non plus d'ailleurs. "Le fédéralisme, c'est un État fédéral fort avec des fonctions régaliennes fortes dans la Justice et dans la sécurité." Ils le disent "depuis des années". Mais "souvent bien seuls".

C'est en tout cas ce que le ministre de l'Économie et de l'Emploi de la Région bruxelloise affirme ce mardi dans Matin Première. C'est aussi ce qui, selon lui, illustre aujourd'hui les dysfonctionnements de notre Belgique fédérale après les attentats de Bruxelles.

"C'est le fédéral qui commande, mais qui commande mal"

La commission d'enquête proposée par la majorité fédérale elle-même est, estime-t-il, une idée plus que judicieuse, même si tardive : "Il faut se poser la question sur la faiblesse de notre démocratie, la faiblesse du manque de moyens dans la Justice, et dans la police fédérale. Il y a eu des couacs, des gens ont circulé, et n'ont pas été arrêté…".

Aujourd'hui, manifestement, la Justice n'est pas à la hauteur, parce qu'on ne lui donne pas les moyens

"Il faut une commission d'enquête, mais, malheureusement, c'est beaucoup trop tard. Et cela montre comme, ces dix ou vingt dernières années, on a désinvesti dans l'État fédéral. (...) Et aujourd'hui, manifestement, la Justice n'est pas à la hauteur, parce qu'on ne lui donne pas les moyens. Quant à la police fédérale et le renseignement, ils sont aussi insuffisamment armés contre cette nouvelle forme de banditisme qu'est le terrorisme pseudo-religieux."

"Face à une catastrophe comme celle-là, il y a un principe : c'est le fédéral qui commande, et tant mieux. Et manifestement, le fédéral a mal commandé", lance celui qui est aussi bourgmestre d'Auderghem.

Belgique, un État complexe que l'on a complexifié

Mais, à entendre le ministre bruxellois, ça ne date malheureusement d'hier. "Plutôt que de se perdre dans des dossiers tels que BHV (le très communautaire dossier de l'arrondissement judiciaire Bruxelles-Hal-Vilvorde, ndlr), il aurait fallu se demander comment renforcer cet État fédéral. Avec le risque, aujourd'hui, que les nationalistes flamands disent : 'Vous voyez, cet État fonctionne pas, il faut encore le déliter davantage'. On lutte contre ça, bien seuls souvent."

Alors la Belgique est pointée du doigt, dans les discours et dans la presse, en Europe et dans le monde entier, pour sa complexité institutionnelle qui l'handicaperait dans sa prise de décision au niveau national.

Oui, mais non, répond Didier Gosuin. Oui, "c'est n'importe quoi". Oui, "c'est État ne fonctionne pas". Oui, DéFI "a dit qu'on ajoutait de la complexité à la complexité" au moment de la sixième réforme de l'État. Mais, non, ce ne sont pas tous les niveaux de pouvoir qui dysfonctionne : "Les fonctions de Justice et de police restent encore de la compétence du fédéral, alors que l'on n'essaye pas de reporter les responsabilités sur d'autres".

Désinvestissement fédéral

"Après les événements de Paris, qu'a-t-on eu comme débat pendant deux mois ? On n'a pas arrêté de dire que c'était la faute des polices locales, de la police de Molenbeek… Mais, on le voit bien aujourd'hui, les failles se situent au niveau de la Justice : on a laissé des gens en liberté, on n'a pas enregistré des informations venant de l'étranger, de la Turquie notamment, on a eu une faiblesse au niveau des systèmes de sécurité de la police fédérale… C'est là qu'il y a des manquements. Ce ne sont pas ceux qui gèrent qui sont responsables. C'est l'État fédéral qui a désinvesti. Et ce n'est pas la Région wallonne, ce n'est pas la Région flamande et ce n'est pas la Région bruxelloise qui sont responsables de ce désinvestissement."

Parmi les dysfonctionnements, les "couacs", causés par ce désinvestissement, le ministre bruxellois pointe la défaillance du réseau Astrid, saturé pendant les attentats, ou encore les trains dont la circulation n'a pas été arrêtée dès les premières explosions. Des preuves selon lui des conséquences du "dégraissage de l'État fédéral", dans lequel "les politiques au pouvoir depuis dix ou 15 ans doivent mesurer leur responsabilité". Une responsabilité dans ce qu'il nomme "la déglingue de nos systèmes de Justice et de sécurité".

"Vous ne trouverez pas d'explication au nazisme"

Et le socio-économique dans tout ça ? Ne participe-t-il pas au développement de ces idéologies extrémistes ? Pour Didier Gosuin, il ne faudrait même pas l'évoquer.

Ce n'est pas parce qu'on est dans une mauvaise situation sociale qu'on devient un barbare

"J'en ai marre de cette victimisation, grogne-t-il. On n'explique pas et on n'excuse pas la barbarie, la monstruosité qu'est l'islamo-fascisme par des causes sociales. Oui, il y a un problème social à Bruxelles et dans la plupart des grandes villes européennes. C'est une réalité, et il faut la combattre. Et comme ministre de l'Emploi et de la Formation, je dois m'y atteler. Mais ce n'est pas parce qu'on est dans une mauvaise situation sociale qu'on devient un barbare. Il y a là un système polico-philosophico-religieux qui s'est construit, en cheville avec le banditisme. Ça, c'est de la monstruosité et il n'y a pas d'explication."

"Vous ne trouverez pas d'explication au nazisme, vous ne trouverez pas d'explication au fascisme. Qu'il y a des situations sociales difficiles, c'est vrai, mais ce n'est pas ça : ce serait une insulte pour les 99% de gens qui ont difficile dans nos quartiers et dont on dirait 'Attention, ils pourraient devenir islamo-fascistes'. Pas du tout ! L'islamo-fascisme, c'est l'accaparement par quelques-uns, quelque fois des prédicateurs intelligents qu'on a d'ailleurs laissés en liberté, qui utilisent les faiblesses d'une démocratie, et, ces gens-là, on doit les mettre hors d'état de nuire et il n'y a pas de raison de leur donner une explication."

L'État n'a pas été à la hauteur en termes de sécurité et d'encadrement

Et le ministre DéFI de conclure : "Je ne me sens pas coupable par rapport à ce phénomène. Par contre, je me sens coupable, comme Belge, par rapport aux victimes, parce que j'estime que l'État n'a pas été à la hauteur en termes de sécurité et d'encadrement".

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