Fermeture du métro Maelbeek: un gros flou dans la communication

Les députés se penchent ce mercredi, à 10H00 sur l'attentat de la station de Maelbeek
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Les députés se penchent ce mercredi, à 10H00 sur l'attentat de la station de Maelbeek - © Tous droits réservés

Après Zaventem, les députés se sont penchés ce mercredi sur l'attentat de la station de Maelbeek. Pourquoi le métro n'a-t-il pas été interrompu après les explosions de Zaventem? Les secours ont-ils été efficaces après l'attaque de la station? Ces questions ont été abordées en commission d'enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars.

Pour comprendre la situation à la station Maelbeek le 22 mars au matin, cinq témoins sont entendus. C'était le cas le matin pour le conseiller en prévention de la STIB et le chef de la police des chemins de fer de Bruxelles. L'après-midi, c'était au tour d'un commandant du service d'incendie et d'aide médicale urgente de Bruxelles, d'un médecin du service mobile d'urgence de Brugmann et du gouverneur de l'arrondissement administratif de Bruxelles-Capitale.

Parmi les principales questions qui devaient trouver réponse: pourquoi le métro roulait-il encore à 9H11? On a appris du conseiller en prévention de la STIB, Eric Buslot, que c'est le directeur général, Brieuc de Meeus, qui a pris la décision de fermer le réseau des transports en commun bruxellois immédiatement après l'explosion dans la station de Maelbeek. 

Eric Buslot n'a pu indiquer aux commissaires si l'information de l'attentat commis à l'aéroport national avait été communiquée au dispatching de la STIB. L'évaluation du déroulé des événements le 22 mars est toujours en cours au sein de la société. Selon lui, l'intervention des secours s'est déroulée sans accroc ce jour-là et les différents intervenants ont tout de suite réagi.

Jo Decuyper : "C’était le bordel"

Le chef du service de la Police des chemins de fer et du métro de Bruxelles, Jo Decuyper, a reçu le 22 mars à 9h07 un courriel lui annonçant la fermeture du métro dans la capitale jusqu'à midi. Ce message émanait de la Direction de la police administrative et est arrivé sur sa boîte personnelle. Il ne l'a donc vu que bien plus tard, a-t-il expliqué à la commission d'enquête parlementaire.

30 minutes pour évacuer le réseau

Même si les auditions de cette semaine portent sur l'action de services de secours aux victimes, la question de l'évacuation du métro s'est rapidement posée. Le policier a relativisé l'importance de l'information.

A 8h50, l'un des auteurs de l'attentat se trouvait à la station Pétillon. Si à 9h07, d'un coup de baguette magique, Jo Decuyper avait pu arrêter le trafic, l'attentat aurait sans doute eu lieu à la station Mérode, plus profonde et aux quais plus petits.

Selon lui et d'après les discussions qui ont eu lieu avec la STIB, 30 minutes au moins sont nécessaires pour évacuer le réseau. Une telle décision est difficile à prendre, a-t-il confié.

A Paris, par exemple, tant le 13 novembre que lors de l'attaque de Charlie Hebdo, cela n'a pas été le cas. D'après les informations qu'a reçues Jo Decuyper, la STIB a été mise au courant à 8h20 des faits qui s'étaient produits à Zaventem. Le policier a quant à lui appris dès 8h04 par les militaires qu'un attentat venait d'être commis.

Le responsable de la police ferroviaire à Bruxelles a mis en avant la multitude d'informations que les services de police et de secours ont géré ce jour-là, notamment les "ghost events", soit de fausses alertes, qu'il faut vérifier. "C'était le bordel", a-t-il ajouté.

Le centre 100 n'a aucun droit de décision

La fermeture du métro dépend du ministre de l'Intérieur ou du directeur de la Stib, le centre 100 n'a aucun droit de décision et la centrale n'a pas vocation à transmettre l'information à la Stib, a précisé J-P Labruyère du service d'incendie et aide médicale d'urgence de la région de Bruxelles-Capitale.

Il contredit ainsi quelque peu les propos du conseiller prévention de la Stib Eric Buslot, interrogé, plus tôt dans la matinée.

La question a pris un tour plus politique lors de l'audition du haut fonctionnaire (ancien gouverneur) de Bruxelles, Jean Clément. Il apprend vers 8h10 l'explosion à Zaventem, se rend au centre provincial de crise. A 8h42, en compagnie d'un conseiller du ministre-président bruxellois, il a confirmation de l'événement mais pas des dispositions prises. Il apprend à 8h50 de son officier de liaison au centre fédéral de crise que la phase fédérale du plan d'urgence est déclenchée et que c'est donc le fédéral qui prend la main. Il ne recevra toutefois pas de notification officielle.

"Cela ne s'est pas passé à notre niveau ou celui du ministre-président. Je n'ai jamais eu connaissance d'une instruction donnée à l'administration régionale de fermer le métro", a expliqué Jean Clément.

Le ministre-président Rudi Vervoort a d'ailleurs téléphoné à un ministre fédéral pour lui demander ce qui se passait, a-t-il poursuivi. "On savait depuis belle lurette que le métro était une cible".

L'intervention du gouverneur a surpris le MR. Pourquoi n'a-t-il pas, ou le ministre-président, pris l'initiative de déclencher le plan provincial de crise dès lors qu'il était informé des explosions de Zaventem, ou pris un arrêté de police? "Je me dis: tiens, est-ce que ça ne fait pas partie du problème? " a souligné Denis Ducarme. Rien ne s'était encore produit sur le territoire de Bruxelles, la compétence relevait donc à ce moment du fédéral, a-t-il reçu comme réponse.

"Ça n'aurait rien changé"

Il reste à savoir si une évacuation du métro vers 8h45 avant l'attentat de Maelbeek aurait été fructueuse. Le gouverneur en doute: "Ça n'aurait rien changé. Ce genre d'infrastructure ne s'évacue pas en quelques minutes".

La question de la fermeture du métro a éclipsé le sujet premier des auditions, à savoir le travail des services de secours. "Les services de terrain ont impeccablement fonctionné", a assuré Jean Clément.

Le responsable des pompiers et le directeur médical sur les lieux de l'attentat à Maelbeek, Olivier Vermylen, ont livré leur récit des événements, fait part des quelques problèmes qu'ils avaient connus, en particulier en termes de communication vu la saturation du réseau gsm et l'encombrement du réseau Astrid. En 15 minutes, la station a été évacuée. En une heure et demie, les blessés les plus graves ont été stabilisés pour être répartis vers les différents hôpitaux bruxellois. La collaboration entre les services s'est bien déroulée et plusieurs provinces ont envoyé des renforts, certaines spontanément.

Des initiatives éparses ont été prises par les uns et les autres pour se préparer à une attaque terroriste à la suite des attentats de Paris. Aux yeux du gouverneur, il est temps de se doter d'un plan spécial "terrorisme" qui définit les missions et compétences de chacun.

Petite poussée communautaire

La commission d'enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars a connu une petite poussée d'urticaire communautaire mercredi lors de l'audition du directeur médical des secours lors de l'attentat à Maelbeek.

M. Vermylen, urgentiste à l'hôpital Brugmann, a coordonné les secours médicaux ce jour-là: ouvert un poste médical avancé, trié les blessés selon la gravité de leur état, fourni les premiers soins et évacué vers les hôpitaux. En une heure et demie, les cas les plus sérieux avaient été transférés.

La situation était inédite même si les responsables médicaux de la capitale s'y étaient préparés depuis les attentats de Paris.

L'homme a confié mal connaître le néerlandais. Le chef de groupe N-VA, Peter De Roover, s'est demandé si les coordinateurs des secours ne devaient pas avoir une connaissance au moins passive de la deuxième langue nationale, faisant bondir les francophones, ulcérés par le traitement réservé à un praticien qui a sauvé des vies ce jour-là.

Cela n'a posé aucun problème, a répondu le médecin à Laurette Onkelinx (PS). Le député Georges Dallemagne (cdH) a réclamé quant à lui que les plans de secours de l'aéroport national soient rédigés dans les deux langues, et non uniquement en néerlandais.

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