Attentats du 22 mars: selon les experts de la commission, il n'y a pas de plan terrorisme à l'aéroport

La Commission attentats est présidée par l'Open Vld Patrick Dewael
4 images
La Commission attentats est présidée par l'Open Vld Patrick Dewael - © DIRK WAEM - BELGA

Ce mercredi, le ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA) est entendu par les députés membres de la Commission d'enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars. Après avoir prêté serment, Jan Jambon a commencé par exposer en détail, minute après minute, comment il a vécu la journée du 22 mars 2016. Présent au centre de crise fédéral vers 8h25, le ministre a été au cœur de la coordination des événements après l'attentat commis à Zaventem à 7h58.

Selon le rapport des experts,  "il n'y a pas eu assez d'exercices prenant en compte le risque d'attentats". Résultat: la chaîne de commandement sur le terrain n'est pas clairement établie et a été assurée par un responsable médical sur le lieu du drame à Zaventem. "Il aurait mieux valu confier la direction des opérations à la police" a estimé Jan Jambon.

Qui aurait dû demander à la STIB de fermer le métro ?

" Le rapport souligne que la procédure policière n'inclut pas de notification directe à la STIB de la décision d'évacuer et de fermer le métro bruxellois." Selon les experts, ce n'était donc pas à la police de transmettre l'information comme cela a pourtant été évoqué par plusieurs témoins. Depuis, la procédure a été modifiée (arrêté royal de mai 2016) et c'est désormais à la Région bruxelloise, via l'officier de liaison du haut fonctionnaire, de prévenir la STIB.

Consultez ci-dessous le rapport final sur la planification d'urgence et la gestion de crise

"La ligne de commandement doit être plus courte"

La décision de fermeture prise par le ministre visait à garantir une capacité de protection suffisante à Bruxelles vue l'étendue particulière du métro. "Nous sommes tous conscients que la ligne de commandement doit être plus courte", a souligné Jan Jambon.

Le ministre a toutefois fait remarquer qu'en tout état de cause, le métro n'aurait pu être fermé et évacué à temps. Il ne soutient pas l'idée de mesures automatiques, qui peuvent provoquer un mouvement de panique et déplacent le risque.

"Je ne peux pas me départir de l'impression d'un certain capharnaüm et d'une certaine panique", a jugé la députée Laurette Onkelinx (PS). Une impression fermement démentie par Jan Jambon. "Ça n'a pas été du tout le cas. J'ai été impressionné par le professionnalisme. Les gens ont gardé la tête froide. Il n'y a eu aucune ambiance de panique", a-t-il répondu.

"On a besoin d'un certain temps pour maîtriser la situation"

Le temps mis pour déclencher la phase fédérale du plan d'urgence -à 9h04- interpelle plusieurs parlementaires. "La phase fédérale a été déclenchée trop tard, je pense", a déclaré Denis Ducarme (MR) à l'instar de Georges Dallemagne (cdH) et Laurette Onkelinx.

Le ministre a mis en avant la nécessité de réunir un certain nombre de personnes au centre de crise et d'analyser la situation. Dès 8h41, certaines mesures étaient déjà prises pour l'aéroport et la phase provinciale était déclenchée en Brabant flamand. "On a besoin d'un certain temps pour maîtriser la situation", a ajouté Jan Jambon.

Le ministre a toutefois eu le sentiment dès le premier coup de fil qu'il a reçu, à 8h10, qu'un attentat avait été commis. "Quelle était ma première pensée, croyez-vous? C'était le jour que je n'aurais jamais voulu connaître mais qui était là".

C'était une "interprétation", a-t-il précisé. L'arrêté royal organisant la phase fédérale d'urgence implique de vérifier certains éléments avant de la décréter.

Maggie De Block regrette l'autonomie de la centrale 112 de Bruxelles

La ministre de la Santé publique, Maggie De Block, estime que le caractère régional de la centrale 112 de Bruxelles ne facilite pas la gestion des appels d'urgence.

La loi spéciale de 1989 relative aux institutions bruxelloises place la gestion des appels d'urgence à Bruxelles sous la compétence de la Région bruxelloise. La centrale de secours de Bruxelles n'a donc pas été fédéralisée en 2014, au contraire des autres centrales.

"Cela mène, sans doute avec les meilleures intentions, au fait que cette centrale n'intervient souvent pas de façon intégrée, dans le sens qu'elle suit sa propre réglementation en matière de gestion des appels d'urgence. C'est un point difficile dans la coordination et une intervention uniforme dans tout le pays", a déclaré la ministre devant la commission d'enquête parlementaire sur les attentats du 22 mars.

Des problèmes de coordination entre les centrales de Bruxelles et de Louvain sont apparus ce jour-là. L'hôpital de Saint-Luc, proche de l'aéroport national, n'a pas été utilisé. Louvain ne voulait pas surcharger Bruxelles, touché à Maelbeek, et Bruxelles pensait que Saint-Luc avait reçu des blessés de l'aéroport.

En dépit de ces problèmes, les services de secours ont "très bien fonctionné" ce jour-là, a assuré la ministre, même s'il s'agissait d'attentats terroristes inédits en Belgique et qui se sont succédé dans un délai rapproché et sur des territoires proches.

Il n'y a pas de plan terrorisme à l'aéroport de Zaventem

"Les plans spécifiques de l'aéroport ont été conçus principalement pour faire face à une catastrophe 'airside' (crash aérien), selon les experts de la commission d'enquête parlementaire sur les attentats de Bruxelles. "Ces plans ne comprennent pas de volet spécifiquement consacré au terrorisme". Un CP-Ops (coordinateur des opérations de secours) a "malheureusement fait défaut le 22 mars à Zaventem et cela a suscité des difficultés en termes de coordination notamment avec les centres d'appel 100/112 de Louvain", selon le rapport des experts. Le plan particulier d'urgence et d'intervention (PPUI) de l'aéroport prescrit que la BAC (Brussels Airport Company) doive prévenir elle-même les services d'incendie, alors que cela relève légalement de la compétence de la centrale 112. Il s'est également avéré, lors de l'attentat, qu'il n'y avait qu'un seul chien spécialisé dans la recherche de bombes et d'explosifs. Le rapport invite à remédier au manque d'unité de commandement au sein de la police à l'aéroport. Il souligne enfin que la police aéronautique se plaint d'effectifs insuffisants. Forts de ces constats, les experts appellent à actualiser d'urgence le PPUI de Zaventem en soulignant l'aspect terrorisme. Le plan doit intégrer la notion d'incident "landside", principalement dans le hall de départ. Les plans d'évacuation doivent être revus et il faut revoir un plan de gestion du trafic alors que l'aéroport ne possède qu'une seule voie d'accès principale. Les experts sont en revanche relativement positifs sur la manière dont les événements ont été pris en charge à Maelbeek. "Cette approche a bien fonctionné en pratique. "

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK