Attentats à Bruxelles: polémique sur la présence de Bart De Wever à une réunion de crise

Attentats à Bruxelles: polémique sur la présence de Bart De Wever à une réunion de crise
Attentats à Bruxelles: polémique sur la présence de Bart De Wever à une réunion de crise - © YORICK JANSENS - BELGA

Le président de la N-VA Bart De Wever était présent au lendemain des attentats, le 23 mars, à une réunion de crise qui avait lieu au cabinet du ministre de l'Intérieur Jan Jambon.

Cette rencontre, qui réunissait les hauts responsables de la police, avait pour cadre les ratés dans la transmission des informations entre la Turquie et la Belgique, relativement à l'arrestation en juin 2015 d'Ibrahim El Bakraoui, le futur kamikaze de l'aéroport de Zaventem, à Gaziantep, ville voisine de la frontière syrienne. Bart De Wever était le seul chef de parti présent ce jour-là.

"Sentant que sa responsabilité politique était engagée et qu'il pouvait être amené à démissionner, le ministre aurait cru bon de faire participer Bart De Wever à la discussion, 'bien que ce soit inhabituel'", a justifié le cabinet Jambon à Paris Match qui a révélé l'information.

Les réactions politiques n'ont pas tardé à arriver pour critiquer cette présence du chef de file de la N-VA.

On met la population belge en danger

Invité sur le plateau d'A votre avis ce dimanche, Yvan Mayeur a estimé qu'il s'agissait d'"une violation du secret de l'instruction". Le bourgmestre de Bruxelles évoque alors l'attentat du musée juif de mai 2014 et le lockdown de la fin de l'année 2015. "Quand je demande au Premier ministre de pouvoir bénéficier d'informations sur l'état de la sécurité dans ma ville, il me dit qu'il ne peut pas les partager avec moi parce qu'elles viennent notamment de services secrets étrangers. Cela nécessite un niveau d'habilitation et les bourgmestres ne sont pas dans la hiérarchie des niveaux d'habilitations. Je comprends et j'accepte cela parce qu'il y va de l'intérêt supérieur du pays. Imaginez que demain un service secret étranger ne donne pas une information parce que quelqu'un qui n'a pas le niveau d'habilitation requis participe aux réunions. On met la population belge en danger."

"Si cela est vrai, on est devant une faute très grave de la part du ministre de l'Intérieur, une faute pénale puisqu'il aurait organisé une violation du secret professionnel, du secret de l'instruction, a déclaré à la RTBF Laurette Onkelinx, cheffe de groupe PS à la Chambre et membre de la commission d'enquête parlementaire attentats. Dans ce cadre-là, le procureur général devrait ouvrir une enquête contre le ministre de l'Intérieur."

"Interpellant" pour Ecolo

"Qu'un ministre convoque à son cabinet, dès le lendemain des attentats, des responsables des forces de police pour discuter de la situation et des actions à entreprendre , c'est parfaitement normal. Qu'un président de parti soit également présent à cette même réunion ne l'est pas, et c'est très interpellant", a commenté Gilles Vanden Burre, député fédéral Ecolo et membre de la commission d'enquête.

Ecolo-Groen qui s'exprime par voie de communiqué "avec surprise et inquiétude" sur ces "interférence politiques" sera "très vigilant pour que toute la lumière soit faite sur cette réunion et sur la présence inacceptable du président de la N-VA".

De tels soupçons d'interférences politiques, sur des sujets aussi graves, ne peuvent être tolérés

"Nous voulons bien entendre que Bart De Wever était peut-être présent au cabinet de Jan Jambon ce jour-là par un hasard du calendrier. Ce n'est par contre pas par hasard qu'il s'est retrouvé autour de la table, à discuter de sujets qui ne concernent que les responsables des services du ministre de l'Intérieur et les dirigeants de la police fédérale. De tels soupçons d'interférences politiques, sur des sujets aussi graves, ne peuvent être tolérés et nous les condamnons fermement", a conclu Gilles Vanden Burre.

"Inacceptable" pour le cdH

"Cette présence à une réunion d'une telle importance et d'un tel niveau de confidentialité est sans précédent et totalement inacceptable ! ", s'est indigné le député fédéral cdH Georges Dallemagne. Lundi, "le ministre Jambon devra justifier la présence de son président de parti à cette réunion autrement que par un 'hasard'. Nous devons savoir en quelle qualité et sous quels motifs Bart De Wever y a été invité".

"Un ministre est sous le contrôle du Parlement, pas d'un président de parti. En organisant une telle réunion partisane avec l'état-major de la police sur la gestion post attentats, la N-VA foule aux pieds les principes élémentaires de notre démocratie à un moment crucial de la sécurité du pays", a regretté le cdH dans un communiqué publié dimanche.

Un vrai problème pour les socialistes

La présence du président de la N-VA Bart De Wever, au lendemain des attentats, à une réunion entre le ministre de l'Intérieur et les chefs de la police où s'échangeaient des informations confidentielles pose un vrai problème, a estimé dimanche le ministre-président wallon Paul Magnette (PS), sur le plateau de l'"Invité" (RTL-TVI).

"On a le sentiment que le président de la N-VA est là, soit pour protéger son ministre et faire en sorte que l'on ne voit pas certaines fautes, soit pour faire un coup politique. Cela ne va donc pas. Sa présence est une vraie faute. Dans tous les cas de figure, cela doit être condamné avec la plus grande fermeté", a affirmé M. Magnette.

Même son de cloche chez le président du sp.a John Crombez pour qui la présence de Bart De Wever à ce sommet des services policiers, au lendemain des attentats, constitue "un problème", "si le président de la N-VA prend connaissance des problèmes de sécurité via les responsables de ces services et s'en sert pour la communication de la N-VA et non pour améliorer la sécurité", a dit le chef de file des socialistes flamands, interrogé par VTM.

Pour M. Crombez, la sécurité à l'aéroport de Zaventem n'est toujours pas en ordre. "L'information est utilisée à des fins de communication et non d'amélioration de la sécurité."

Dans l'entourage du président du CD&V, Wouter Beke, on ne dit pas vraiment autre chose. "Chez nous cela ne se produit pas", y indiquait-on dimanche après-midi.

"Pas matière à polémiquer" pour le MR

Le MR a jugé que cette présence de Bart De Wever n'avait rien d'anormal dès l'instant où la question de la démission du ministre était sur la table.

"Il n'y a pas matière à polémiquer. L'opposition s'enflamme un peu au sujet de la présence de Bart De Wever au cabinet de M. Jambon au lendemain des attentats du 22 mars, mais il faut ramener les choses à leur juste proportion", a commenté le porte-parole du parti libéral.

Selon celui-ci, la situation politique était telle que le ministre de l'Intérieur envisageait à ce moment de démissionner. "Quoi de plus normal que de consulter son président de parti. C'est une situation relativement normale dans ce contexte", a encore dit le porte-parole du Mouvement Réformateur.

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