Zone euro: le plan présenté par la BCE ne plaît pas à tout le monde

Le président de la BCE Mario Draghi lors de la conférence de presse pour annoncer son plan
Le président de la BCE Mario Draghi lors de la conférence de presse pour annoncer son plan - © European Commission

Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne (BCE), a annoncé ce jeudi après-midi un plan de rachat massif d'actifs comprenant des obligations d’État. Ce plan sera conduit en principe dès mars prochain jusqu’à fin septembre 2016.

L'annonce de ce plan a suscité pas mal de réactions et assez curieusement, personne n'a l'air vraiment totalement satisfait. L'Allemagne est en tête parmi les plus opposés à cette opération. Angela Merkel s'est empressée de signaler que tout cela était fort intéressant mais que les réformes structurelles étaient toujours d'actualité. La crainte des Allemands, c'est de voir l'opération de la BCE faire de l'effet, les États membres constater que la croissance revient et dès lors se demander si il faut encore maintenir un tel rythme de réformes pour revenir dans les clous. Berlin est persuadé que seules les réformes structurelles profondes peuvent sauver la zone euro.

Pour l'anecdote, le vice-président de la Commission européenne chargé de l'euro, Valdis Dombrovskis, a réagit immédiatement sur Twitter en expliquant que la BCE achetait du temps mais que ça ne réglait pas du tout les problèmes structurels de l'économie européenne. Une manière de préciser que ce n'était pas vraiment son idée et que les règles de discipline budgétaire étaient toujours d'application. Le Letton fait plutôt partie des durs au sein de la Commission à ce sujet.

Les fourmis contre les cigales

Mais l’Allemagne, et d'autres qui se méfient des mauvais élèves de la classe européenne, n'a pas perdu sur toute la ligne dans cette opération. Par exemple, ce sont les banques nationales qui rachètent les morceaux de dette de leur pays. En clair, la banque centrale des pays les plus fragiles devront racheter leurs propres dettes avec, en cas de non remboursement, une perte sèche pour la banque centrale de ces pays les plus fragiles et, peut-être ensuite, les contribuables. La BCE n'assume que 20% des dettes rachetées, c'est un partage des risques extrêmement limité. C'est ce que l’Allemagne voulait : éviter de devoir assumer des dettes d'autres pays, jugés trop cigales.

Mais c'est ce que la gauche par exemple reproche à la BCE : une solidarité très très limitée finalement au sein de la zone euro puisque chacun préfère rester responsable presque exclusivement de ses propres dettes. Or, de l'avis général, la zone euro souffre d'un manque de réformes structurelles certes, mais manque aussi et surtout d'une vraie gouvernance économique commune, d'une vraie solidarité mais aussi d'une vraie volonté d'investir. Il faut que l'argent qui se retrouvera sur les marchés serve à l'économie réelle. Qui sait si ce sera le cas?

Une solidarité encore très limitée

C'est ce que l’Allemagne voulait mais c'est aussi ce que la gauche par exemple reproche à la BCE. Une solidarité très très limitée finalement au sein de la zone euro puisque chacun préfère rester responsable presque exclusivement de ses propres dettes. Or, de l'avis général, la zone euro souffre d'un manque de réformes structurelles certes, mais manque aussi et surtout d'une vraie gouvernance économique commune et d'une vraie solidarité.

Certains pourraient penser que la BCE est sortie de son rôle de politique strictement monétaire. Il pourrait y avoir une plainte en ce sens devant la justice européenne comme celle déposée contre une autre promesse de Mario Draghi : en 2012, il avait promis qu'il rachèterait sans limite les dettes des pays fragiles attaqués sur les marchés. La simple annonce de Draghi avait suffi à calmer les marchés. La justice n'a pas rendu son arrêt mais l'avocat général - qui prépare le dossier et qui est suivi à 80% par les juges - avait conclu que la BCE pouvait lancer sous certaines conditions ce genre d'opérations. On peut imaginer que l'avis de l'avocat général aura été disséqué par la BCE avant d'annoncer ce vaste programme.

RTBF

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