Syriza peut-il imposer un virage dans la politique économique de l'UE?

Alexis Tsipras, l'homme fort de Syriza peut-il imposer un tournant dans la politique économique de l'Europe?
Alexis Tsipras, l'homme fort de Syriza peut-il imposer un tournant dans la politique économique de l'Europe? - © Wikimedia FrangiscoDer

L'ambition de Syriza, le parti de gauche radicale qui a remporté les élections en Grèce dimanche dernier, est notamment de revoir la politique d'austérité imposée au pays par ses créanciers, à savoir la fameuse troika (BCE, FMI, Commission européenne). Syriza veut aussi revoir les modalités du remboursement de la monstrueuse dette de la Grèce. D’où cette question, le parti Syriza risque-t-il d'imposer un virage dans la politique européenne ?

Les députés européens Philippe Lamberts (coprésident du groupe des Verts) et Philippe De Backer (groupe des libéraux, ADLE) étaient les invités de Arnaud Ruyssen sur La Première ce lundi soir.

Pour Philippe Lamberts, c'est un véritable tournant politique qui s'est déroulé en Grèce le 25 janvier avec la victoire de Syriza aux législatives anticipées : "Cela fait 40 ans, depuis la fin de la dictature, que la Grèce était gouvernée par un duopole de partis clientélistes, Nouvelle Démocratie et le Pasok, qui se retrouvent aujourd'hui dans l'opposition. C'est la première fois en 40 ans qu'une autre force politique arrive au pouvoir et ça, en tant que tel, c'est déjà un progrès pour la démocratie de ce pays".

Il sera difficile d'éviter le débat

Mais ce retournement de situation en Grèce pourrait aussi amorcer un tournant dans l'ensemble de la zone euro ajoute l'eurodéputé, en tout cas dans le débat politique : "Jusqu'à présent, au sein de la zone euro, personne n'osait remettre en question la ligne de politique économique qui était défendue par l'Allemagne d'Angela Merkel. (...) Maintenant, je pense qu'il sera plus difficile d'éviter le débat au sein du Conseil européen, la réunion des chefs d’État et de gouvernement, et [la victoire de Syriza] risque sans doute d'apporter un peu plus de diversité dans l'approche économique".

Alors, comme le soupçonne Philippe Lamberts, le résultat des élections en Grèce est-il susceptible de changer la donne au niveau du Conseil européen ? Est-ce que l'Allemagne d'Angela Merkel aura plus de difficulté à imposer sa ligne ? Pour l'eurodéputé libéral Philippe De Backer la réponse est non. Selon lui, cette victoire de Syriza, c'est surtout l'occasion pour la Grèce de tourner la page de la mauvaise gouvernance : "Le premier devoir de Syriza et d'Alexis Tsipras, c'est d'abord de réformer cet État, de réformer ce système politique clientéliste, c'est leur premier devoir".

Le changement doit venir de l'intérieur

Ensuite seulement, toujours selon Philippe De Backer, la Grèce pourra renégocier avec l'Union européenne les aides qui lui ont été accordées. Mais de nouveau, le changement doit d'abord venir de l'intérieur de la Grèce : "Il y a deux choses. D'abord des réformes structurelles, parce que l'économie grecque a encore des problèmes fondamentaux qu'il faut résoudre. Ensuite, on doit discuter du remboursement de la dette. Là je pense qu'il y a une ouverture de la BCE et des chefs de gouvernements pour voir comment on peut aider la Grèce pour lui donner un peu d'oxygène afin de stimuler son économie".

Une des propositions de Syriza pour régler le problème de cette dette gigantesque, qui a atteint les 177% du PIB grec, c'est de rembourser cette dette mais seulement pendant les années de croissance. Pendant les années où la Grèce ne connait pas de croissance, on injecterait les fonds destinés à rembourser la dette dans des politiques de relance. Proposition acceptable ? Pour Philippe De Backer, il faut surtout être conscient que si une telle solution est acceptée pour la Grèce, d'autres pays pourraient aussi vouloir bénéficier de ce système.

Plus de temps pour rembourser

Pour Philippe Lamberts en revanche, c'est une proposition qui fait sens : "Il faut sortir en tout cas du déni de réalité. Ceux qui prétendent contre toute évidence que la Grèce est capable de rembourser l'intégralité de sa dette, nient tout simplement la réalité économique. Il faudrait que la Grèce dégage de manière durable des surplus primaires (...) de 5, 6 ou 7%. (...) C'est impossible. Il va falloir trouver une solution qui restructure cette dette et peut-être accepter que demain la Grèce ne rembourse pas une partie de sa dette".

Philippe De Backer est contre cette idée d'abandonner une partie de la dette grecque, d'abord toujours parce que d'autres pays pourraient avoir envie de demander qu'on leur applique la même mesure et ensuite, dit-il, cela nuirait fortement à la crédibilité de la zone euro. Philippe De Backer plaide plutôt pour un rallongement du délai de remboursement de la dette grecque. "Cette année-ci, le remboursement de la dette est à plus de 25 milliards d'euros, sans l'aide de l'Europe, la Grèce ne réussira pas à les rembourser. Donc je pense qu'il faut plus de temps pour rembourser cette dette. C'est aussi une restructuration mais ça ne change rien au fait que la Grèce doit rembourser ses dettes. Comme tout le monde".

Effacement de dette?

Philippe Lamberts rappelle de son côté que des dettes ont déjà été effacées par le passé, l'Allemagne fédérale notamment a bénéficié d'un tel effacement : "Après les deux guerres mondiales, des effacements substantiels de dette ont été appliqué". Quant à un éventuel effet de contagion à d'autres pays si la Grèce se voyait effacer une partie de sa dette, Philippe Lamberts évoque des situations objectivement très différentes : "La dette française est soutenable, la dette grecque ne l'est pas. Et ça, ça peut se calculer".

RTBF

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