Syriza: certaines lignes du parti devraient séduire les Européens

Syriza: certaines lignes du parti devraient séduire les Européens
Syriza: certaines lignes du parti devraient séduire les Européens - © Flickr-(Mick Baker)rooster

Le parti de gauche radicale Syriza a été le grand vainqueur des élections législatives de dimanche dernier en Grèce. L'ambition du parti porte entre autre sur une révision de la politique d'austérité imposée à la Grèce par ses créanciers (BCE, FMI, Commission européenne). Syriza veut aussi revoir les modalités de remboursement de la dette gigantesque de la Grèce et cela inquiète les partenaires européens. Mais certains points du programme de ce parti pourraient par contre leur plaire...

Après la victoire de Syriza, des Européens ont immédiatement réagi, comme Jeroen Dijsselbloem (président de l'Eurogroupe) qui prévenait au lendemain des élections que "faire partie de la zone euro signifie qu'il faut respecter l'ensemble des accords déjà passés".

Durant toute la campagne, on a dit et redit que Syriza effrayait les Européens notamment parce que le parti pourrait ne pas vouloir rembourser, ou en tout cas en partie, la dette de la Grèce. Mais malgré tout, il y a des points dans le programme de Syriza qui pourraient au contraire satisfaire les Européens.

Certes, Alexis Tsipras, le meneur de Syriza et nouveau premier ministre, veut alléger le poids de la dette, mais la raison pour laquelle il veut en passer par là, c'est d'abord pour changer la façon dont la Grèce fonctionne. Et ça, c'est justement ce dont les Européens sont demandeurs depuis le début de la crise.

Vers la fin des mauvaises pratiques?

Les précédents gouvernements grecs avaient bien sûr aussi annoncé leur volonté de changer la Grèce mais ils n'ont jamais été au bout des choses, ce qui a d'ailleurs régulièrement provoqué l'agacement des partenaires européens. On sait que le pays est rongé par l'évasion et la fraude fiscale, la corruption, la collusion entre les grandes familles au pouvoir et les armateurs, banquiers et autres grosses fortunes, etc.

Autant de mauvaises pratiques montrées régulièrement du doigt par le reste de la zone euro mais sans que les gouvernements grecs en place n'aient jamais mis suffisamment de choses en œuvre pour y mettre un terme. Par exemple, en 2010 la Commission avait proposé aux Grecs d'empêcher la libre circulation des capitaux de manière temporaire, histoire de vérifier que l'argent qui s'apprêtait à quitter la Grèce était bien connu du fisc. Mais le gouvernement grec n'a jamais usé de cette possibilité.

Autre exemple, une liste de noms de riches grecs ayant fui l'impôt avait été fournie aux autorités grecques, qui l'avaient perdue, puis retrouvée mais, hasard, le nom de proches du ministre des Finances d'alors avait été gommé de la liste définitive.

Moderniser la politique fiscale de la Grèce

A priori, Alexis Tsipras n'entretient pas ces liens traditionnels avec le monde des affaires. C'est en tout cas ce qu'il dit et il a promis de moderniser la politique fiscale de la Grèce. Il veut s'intéresser aux armateurs, aux banquiers, et même à l'église orthodoxe. Cela devrait vraiment séduire les Européens qui sont un peu fatigués d'entendre toujours les mêmes histoires sur le mode de fonctionnement d'une partie de l’État grec. On sait par exemple que la Grèce a touché plusieurs fois des aides européennes pour la même autoroute. 

Voilà donc un discours qui devrait plaire aux Européens. Mais par contre, l'autre partie du programme d’Alexis Tsipras, tout le volet social, est beaucoup moins séduisant aux yeux des partenaires. Tsipras veut rehausser les salaires, qui ont drastiquement chuté depuis le début de la crise, embaucher des fonctionnaires pour faire tourner le nouvel État grec, augmenter les petites pensions, et exonérer d'impôts les plus bas salaires.

Les Européens craignent que le programme social soit totalement mis en place et que la réforme profonde de l’État grec prenne à nouveau du retard. Et puis comment financer tout ce volet social ? C'est toute la question. Alexis Tsipras pense que ça couterait environ 12 milliards d'euros. Il espère récupérer des moyens via un aménagement de la dette, en augmentant les recettes fiscales via la lutte contre l'évasion et la fraude et mieux utiliser les subsides européens destinés à la Grèce.

Une vie austère mais pas l'austérité

On a appris mardi que Yanis Varoufakis serait le nouveau ministre grec des Finances. Il est économiste et au début de la crise grecque, il plaidait pour que la Grèce refuse l'aide européenne et fasse défaut sur sa dette, et là aussi, il y a de quoi effrayer les Européens. Mais son discours actuel pourrait les rassurer : Yannis Varoufakis estime que la dette est tellement énorme qu'il ne faut plus accepter d'aide européenne si c'est pour l'alourdir encore un peu plus.

Yanis Varoufakis dit lui-même que les Grecs doivent vivre de leurs propres moyens même si cela conduit à mener une vie austère, ce qui est différent, dit-il, de l'austérité. Enfin, Yannis Varoufakis a promis de ne pas chercher de solution bonne pour le contribuable grec mais qui serait mauvaise pour le contribuable allemand, italien, slovaque ou français.

L'autre grande inconnue, c'est l'allié de Syriza, le parti des Grecs indépendants. Le dirigeant de ce parti ne veut pas que l'on touche à l'église et son nom a plusieurs fois été cité dans des affaires de corruption.

RTBF

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