Luc Coene dans le Grand Oral: "La Grèce devra rembourser sa dette"

"Je défie tout politicien belge d’annoncer à la population qu’il y aura de nouveaux efforts à faire en Belgique pour la Grèce. "
"Je défie tout politicien belge d’annoncer à la population qu’il y aura de nouveaux efforts à faire en Belgique pour la Grèce. " - © RTBF

Invité du Grand Oral La Première Le soir, Luc Coene le gouverneur de la Banque Nationale de Belgique commente l’arrivée de Syriza à la tête du gouvernement grec et les intentions de ce parti de gauche radicale de revoir ses engagements vis-à-vis de l’Europe. Luc Coene ne se montre pas trop inquiet à l’égard de la dette grecque : "Il y a des marges de manœuvres, dit-il, notamment au niveau de la gestion des intérêts de cette dette. Par contre, ce qui se passe en Grèce montre une sorte de primauté de la souveraineté nationale sur le projet européen et ça c’est plus inquiétant pour l’avenir de la monnaie unique."

En tant que gouverneur de la Banque Nationale, Luc Coene siège également au Conseil des Gouverneurs de la Banque Centrale Européenne. Il sera donc en première ligne pour entendre les doléances de la Grèce. Luc Coene confirme qu’il n’y a pas encore eu officiellement de demande de négociation de la dette de la part de la Grèce. Il ne se montre pas trop inquiet : "Il faut faire la part des choses, dit-il, entre les déclarations tenues dans l’euphorie de la victoire et ce qui viendra après." Il constate d’ailleurs que les déclarations incendiaires des premiers jours ont déjà disparu. Par contre Luc Coene se montre plus inquiet sur l’effet "tâche d’huile" que la Grèce pourrait induire.

"Ce que je trouve inquiétant dans le cas grec et dans d’autres pays, c’est le retour de cette souveraineté nationale, parce que ça ne va pas du tout ensemble avec l’Europe et l’existence d’une monnaie unique. Si tous les pays commençaient à faire ça, il n’y aurait qu’une conclusion : l’existence d’une monnaie unique ne se justifie plus. S’il y a une leçon que l’on a tiré de la crise des dettes souveraines, c’est qu’il faut plus de souveraineté européenne et pas moins. Donc, retourner une partie du pouvoir au niveau national pose quelques problèmes. Il faut plus de souveraineté européenne plutôt que l'inverse."

Grèce : il y a une petite marge de manœuvre

Sur la gestion de la dette grecque, Luc Coene confirme que les Grecs devront payer ce qu’ils doivent aux autres pays. Ne pas payer ne ferait que déplacer le problème sur les autres pays. Il prend l’exemple de la Belgique : "Notre pays a dû emprunter de l’argent pour le donner au Fonds Européen de Stabilité. Si cet argent est perdu, ça veut dire que les citoyens belges devront faire des efforts d’économies supplémentaires pour compenser la perte générée par la Grèce. Je défie tout politicien belge d’annoncer à la population qu’il y aura de nouveaux efforts à faire en Belgique pour la Grèce. Nous avons déjà fait un geste en empruntant pour la Grèce à un taux supérieur à celui qui nous sera rendu."

La seule solution que Luc Coene perçoit pour alléger la pression sur la dette grecque est un mélange entre un rééchelonnement de la dette et un allègement des intérêts que génère cette dette évaluée aujourd’hui à 174% du PIB. "Il ne faut pas se faire d’illusion sur ce qui pourra être lâché parce que la Grèce devra quoiqu’il arrive retrouver une situation d’équilibre. Elle est pour l’instant un surplus budgétaire de 1,5%, donc il y aura bien ici et là de la marge pour faire quelques ajustements mais la totalité de l’effort devra être maintenu. Ce pourcent et demi ouvre une petite marge de manœuvre, mais il ne faut pas rêver non plus."

Il faut éviter de tomber dans une mentalité de déflation

Interrogé sur l’opération de "Quantitative easing" lancée par la Banque Centrale Européenne, Luc Coene explique sa nécessité : éviter un effet boule de neige suscité par une "mentalité de déflation". Le "Quantitative easing" est cette opération lancée la semaine dernière qui consiste à racheter des dettes souveraines pour un montant de 1000 milliards d’euros.

"Le chiffre de l’inflation du mois de janvier vient de sortir, il est à moins 0,4%. Nous pensons d’ailleurs que pendant les 6 premiers mois de cette année on restera en territoire négatif. Le risque est que cela va créer une 'mentalité de déflation'. Cela veut dire que ceux qui se disent que les prix vont baisser reportent leurs achats à plus tard et les entreprises, de leur côté, se disent qu’étant donné la baisse des prix, ce n’est pas le moment d’investir. Le risque est que ce sentiment se renforce et qu’il y ait une sorte de boule de neige qui se développe. On a donc fait cette opération pour donner de la confiance. Elle intervient à un moment ou deux autres éléments positifs peuvent relancer la croissance : la baisse des prix du pétrole et la baisse du taux de change entre l’euro et le dollar. La BCE estime que ces deux éléments conjugués pourraient apporter entre 0,3 et 0,4 pourcents de croissance en plus. Mais sans notre opération, il y avait un risque que ces éléments positifs ne se matérialisent pas parce que les gens ont peur. Notre opération de 'Quantitative easing' devrait rendre de la confiance et les gens pourront se dire 'maintenant on peut y aller' ".

RTBF

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