Les ministres européens envisagent de renouer le dialogue avec la Russie

Les discussions entre ministres ont été alimentées par une note de Federica Mogherini, la haute représentante pour la politique étrangère de l'UE
Les discussions entre ministres ont été alimentées par une note de Federica Mogherini, la haute représentante pour la politique étrangère de l'UE - © Enzo Zucchi-European Union

Les ministres des affaires étrangères européens se sont réunis ce lundi à Bruxelles. La lutte contre le terrorisme était bien évidemment à l'ordre du jour, les 28 ont voulu afficher leur unité et leur détermination dans ce dossier. Mais il y avait un autre sujet sur la table, qui divise les Européens celui-ci : la question du dialogue avec la Russie. Les Européens commencent à envisager la possibilité de renouer le dialogue avec Moscou et de sortir la Russie de son isolement diplomatique avec l'Occident.

La Russie a fait l'objet d'une longue discussion alimentée par une note rédigée par Federica Mogherini, la haute représentante pour la politique étrangère de l'Union européenne, qui elle-même faisait suite à une volonté affichée lors du dernier sommet européen en décembre. Le président du Conseil avait alors invité les chefs d’État et de gouvernement à élaborer une vision à long terme de sa relation avec la Russie.

Pas encore de levée des sanctions

Mais on est encore loin d'une éventuelle prochaine levée des sanctions et l'aggravation de la situation dans l'est de l'Ukraine ces dernières semaines n'arrange pas les choses. Il s'agit plutôt d'un plan pour un retour progressif au dialogue. L'Europe constate que la Russie est aujourd'hui dans une situation économique très difficile et cela n'est pas forcément à l'avantage des Européens, ni sur le plan économique ni sur le plan diplomatique. D'autant que la Russie, avec ses liens privilégiés avec la Syrie ou l'Iran, reste un partenaire incontournable notamment dans la lutte contre le terrorisme.

Pas encore ouvertement de levée des sanctions donc, mais l'idée de cette note est par exemple de dissocier le règlement du conflit dans l'est de l'Ukraine - où il y a déjà une ébauche de solution avec le protocole signé en septembre dernier à Minsk - de celui de l'annexion de la Crimée où là rien n'est négociable.

En clair, si la Russie et les séparatistes suivent le protocole de Minsk, qui prévoit entre autres un cessez-le-feu immédiat et un statut d'autonomie de la région au sein de l'Ukraine, alors à terme cela permettrait à l'Europe de coopérer avec la Russie dans des domaines comme l'énergie, les transports ou la politique étrangère. Ou même à plus long terme encore, à l'allègement des sanctions.

Deux tendances distinctes parmi les 28

Lors des discussions entre les 28 ministres des affaires étrangères ce lundi, deux grandes tendances se sont dessinées. La majorité des pays, dont la Belgique, sont sur la même longueur d'onde : il ne faut pas ostraciser la Russie pour autant qu'elle respecte ses engagements.

D'autres pays comme la Pologne ou les pays baltes sont eux sur une ligne beaucoup plus dure. Pour Linas Linkevičius par exemple, le ministre lituanien des affaires étrangères, la perspective d'ouverture vers la Russie, ce n'est pas pour maintenant : "Je ne pense pas que l'on doive changer le modus operandi ou notre politique vis-à-vis de la Russie, ni que les sanctions doivent être levées. Il n'y a aucune raison à cela. Ni même de prétexte à cela. Ce que l'on veut, c'est voir la volonté politique de la Russie de changer les choses. Parce que, pour l'instant, même le cessez-le-feu a été utilisé pour fournir des armes aux séparatistes et c'est pourquoi aujourd'hui la bataille a repris près de l'aéroport. On voit qu'il n'y a pas de volonté politique, aucun mouvement au sol, donc aucune raison de changer notre politique."

Malgré ces différences de points de vue, officiellement la position de l'Europe vis-à-vis de la Russie reste la même. Didier Reynders l'a d'ailleurs rappelé tout à l'heure. Mais ce débat, c'est une première étape qui a été franchie et le dossier se retrouvera sur la table des chefs d’État et de gouvernement lors du sommet prévu en mars. C'est aussi à cette date que les 28 devront décider de prolonger les sanctions décidées il y a bientôt un an.

RTBF

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