"Les deux parties, grec et européen, devront trouver un équilibre"

Alexis Tsipras, le leader de Syriza pourrait bien remporter les élections anticipées dimanche en Grèce
Alexis Tsipras, le leader de Syriza pourrait bien remporter les élections anticipées dimanche en Grèce - © Flickr-Joanna

Vue du reste de l'Europe, la campagne électorale grecque ne semble pas ménager beaucoup de suspens. Mais à Athènes aussi, beaucoup d'électeurs sont convaincus de la victoire de Syriza dimanche. Même ceux qui ont l'intention de voter pour Néa Dimokratía, le parti conservateur de l'actuel premier ministre grec Antónis Samarás, ou encore les candidats eux-mêmes de Néa Dimokratía. Pourquoi un tel engouement ? Analyse avec Vassilis Pesmazoglou, professeur d'économie politique à l'université du Péloponnèse.

Vassilis Pesmazoglou est professeur d'économie politique à l'université du Péloponnèse en Grèce. Il a suivi de très près ces derniers jours de campagne électorale à Athènes. Pour lui, il y a deux attentes importantes du peuple grec qui ont joué lors de la campagne électorale et qui pourraient influencer les électeurs à voter pour Syriza : "Premièrement, une plus grande justice économique et sociale étant donné que les inégalités ont grimpés. Et deuxièmement, il y a une demande de libéralisation d'un état qui fait suffoquer l'économie avec une bureaucratie qui n'a pas vraiment changé autant qu'il était nécessaire".

Les Grecs et l'Europe

Vassilis Pesmazoglou insiste sur l'attachement de la plupart des Grecs à l'Europe, y compris les électeurs de Syriza : "Les sondages montrent que la grande majorité des électeurs de Syriza sont pro-européens mais voudraient une Europe différente, plus sociale et plus solidaire". Il ajoute : "Le fait d'être dans l'Union européenne et dans la zone euro, c'est quelque chose que la plupart de mes compatriotes voient d'une manière encore positive. Le fait que la zone euro impose certaines règles notamment budgétaire, c'est positifs pour les Grecs qui ont vécu des périodes de grand déficit, d'inflation, etc. en particulier dans les années 80".

Pour ceux là, toujours d'après Vassilis Pesmazoglou, la perspective d'une sortie de l'Union européenne, et donc le retour de l'économie nationale dans les seules mains de la banque centrale grecque, présente un grand danger. "Le danger de l'inflation et du cercle vicieux qu'on a vécu il y a des décennies est toujours là. Ce manque de confiance aux politiciens renforce la volonté de rester dans la zone euro".

Il va falloir trouver un équilibre

Cela dit, beaucoup de Grecs voient l'Europe, mais aussi l'Allemagne, comme les seuls responsables de tous leurs maux. C'est vrai, dit Vassilis Pesmazoglou, cela a été la tendance mais les choses changent même si les Grecs évitent d'en discuter : "Il y a eu une tendance ces dernières années de blâmer l'Union européenne et l'Allemagne en particulier, de ne pas voir assez les problèmes internes de la Grèce elle-même avec un état qui gaspillait l'argent d'une manière tout à fait stupide. Tout ça est vraiment remis en question même si ce n'est pas le sujet dont on discute le plus, malheureusement".

Syriza prône la fin de l'austérité dans son programme et propose notamment de remonter le salaire minimum, de supprimer la taxe foncière, la gratuité des soins médicaux pour les chômeurs sans assurance,... Mais aussi, une renégociation de la dette grecque. Alors, est-ce que Syriza dispose d'une marge de manœuvre suffisante auprès des créanciers de la Grèce pour réaliser cette négociation ? Pour Vassilis Pesmazoglou, il faudra de toute façon que les deux partis - Union européenne et Grèce - trouvent un équilibre. Peut-être, ajoute-t-il, via un rallongement de la période de remboursement de la dette et une diminution des intérêts.

RTBF

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK