La victoire de Syriza s'invite dans les discussions de l'Eurogroupe

Illustration
Illustration - © Wikimedia-ArcCan

Les ministres des Finances de la zone euro se sont réunis ce lundi à Bruxelles. Une réunion prévue de longue date mais où la victoire de Syriza en Grèce a occupé les discussions. On sait que le nouveau premier ministre Alexis Tsipras veut obtenir un aménagement de la gigantesque dette grecque et un assouplissement de l'austérité en vigueur dans son pays. Les ministres de l'Eurogroupe se sont montrés extrêmement prudents sur la question.

Les Européens n'ont jamais caché qu'Alexis Tsipras n'était pas leur premier choix. Mais bien évidemment, après les résultats des élections de dimanche, ils se sont fait une raison, il va bien falloir composer avec le nouveau gouvernement grec. Les ministres des Finances de la zone euro ont eu des réactions très convenues, félicitant, avec peu de chaleur il faut bien le dire, le nouveau premier ministre grec. Tous assurent en cœur qu'ils respectent le choix des Grecs et qu'ils travailleront avec la nouvelle équipe.

Par ailleurs, les ministres jouent tous la même partition. Ils veulent bien discuter de la dette - les Européens avaient d'ailleurs promis d'alléger le fardeau de cette dette -, et veulent bien écouter les revendications du nouveau gouvernement grec. Mais attention, disent-ils, les réformes ont été décidées, elles devront être appliquées.

La Grèce est toujours sous assistance financière, le programme d'aide européen devrait prendre fin début mars. Mais les Européens voudraient le prolonger pour garder un œil sur Athènes. Ils doivent encore verser une dernière tranche d'aide de deux milliards d'euros environ. Et le soutien du FMI, et donc des conditions qu'il impose à la Grèce, courent jusqu'en 2016. Les Européens voudraient en fait que les Grecs négocient un programme de précaution, autrement dit un filet de sécurité, au cas où le retour de la Grèce sur les marchés financiers se passerait mal.

Tsipras, en position de négociation?

Alexis Tsipras en est convaincu, le gouvernement grec est en situation de pouvoir négocier avec les Européens. Il faut dire que la Grèce, sous l'impulsion du précédent gouvernement, a fait de sérieux efforts. Résultats, si l'on ne tient pas compte de la charge de la dette, le budget grec dégage même des bénéfices. Moins qu'espéré mais le bénéfice est bien là. Et la croissance est de retour selon les propres chiffres de la Commission. Donc pour une partie des Européens, la dette va baisser régulièrement et il n'y a pas de nécessité de l'aménager. Mais en face, la Grèce pourrait être tentée de dire que puisqu'en dehors de la dette son budget est en équilibre, elle n'a pas besoin d'aller chercher de l'argent ailleurs.

L'ancien gouvernement comme le nouveau d'ailleurs jugent injuste de voir tous les efforts grecs mangés par le remboursement de la dette. Au bout de cinq ans de rigueur extrême, une partie de ces efforts grecs pourraient servir à relancer la croissance et les investissements.

Des partenaires ouverts à la discussion

Les Européens peuvent tout à fait entendre ce discours mais ils veulent être certains que cet assouplissement de la rigueur n'aille pas trop loin. Alexis Tsipras explique qu'en rehaussant un peu les salaires tout en luttant davantage contre la fraude et l'évasion fiscale, les recettes de l’État augmenteront. Il veut aussi que certains secteurs de l'économie, jusqu'ici épargnés par la rigueur, participent davantage à l'effort commun. Bref, il va devoir préparer très sérieusement ses arguments avant de venir demander aux Européens un geste sur la dette.

Les créanciers de la Grèce sont principalement les États membres eux-mêmes, le mécanisme de secours de la zone euro, le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque centrale européenne (BCE). Les États membres ont prêté de l'argent directement à la Grèce et ils se sont portés caution pour le reste. En tout, pas loin de 250 milliards d'euros. Si la Grèce décidait demain de ne plus rien rembourser, les États membres devraient donc en supporter le coût.

Pas de suppression mais un aménagement

Mais cette éventualité ne se trouve pas dans le programme de Syriza qui parle d'un "aménagement de la dette". Porter la durée de cette dette de 30 ans à 50 ans, ne plus demander d'intérêts, instaurer un moratoire sur le remboursement pendant x années, etc.

Du côté des créanciers privés, on ne peut plus vraiment leur demander leur demander d'efforts supplémentaires. En 2012, les Européens leur ont déjà demandé de laisser tomber la moitié de ce que leur devait Athènes suivant le principe du "il vaut mieux être sûr de toucher la moitié de ce qu'Athènes vous doit plutôt que de rêver que la Grèce vous remboursera l'intégralité de sa dette".

Jeroen Dijsselbloem, le président de l'Eurogroupe, a annoncé qu'il espérait être très rapidement en contact avec le nouveau ministre des Finances grec et dans quinze jours, Alexis Tsipras participera à son premier sommet européen.

Juncker ouvert et confiant

A noter que de son côté, le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, se montre ouvert et confiant : "Nous allons voir quelles sont les demandes du gouvernement grec et nous en discuterons indépendamment de sa composition, comme nous discutons avec tous les gouvernements. Je ne suis pas nerveux outre mesure. Nous étions en discussion avec le gouvernement grec qui fut et nous serons en discussion avec le gouvernement grec qui sera".

Reste à voir si Alexis Tsipras arrivera à convaincre que les réformes qu'il compte proposer valent autant que les mesures d'austérité prônées par les Européens.

Anne Blanpain

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK