La montée de Syriza, problème ou opportunité pour l'Union européenne?

Syriza ou Podemos: problème ou opportunité pour l'Union européenne?
Syriza ou Podemos: problème ou opportunité pour l'Union européenne? - © Flickr-leandro s world tour

Des élections législatives anticipées se profilent en Grèce avec, largement en tête des intentions de vote, le parti de gauche radicale Syriza. La montée de ce parti inquiète visiblement à la fois la Commission européenne et la chancelière allemande Angela Merkel. Alors, ces partis comme Syriza en Grèce ou Podemos en Espagne sont-ils un problème ou bien une opportunité pour l'Union européenne?

Le parti d'extrême gauche Syriza pourrait bien accéder au pouvoir en Grèce lors des élections du 25 janvier prochain. Ce parti souhaite notamment revoir la politique d'austérité, augmenter le salaire minimum en Grèce et renégocier la dette grecque.

Pour l'économiste Étienne de Callataÿ, il n'y a pas forcément d'incompatibilité entre le programme de Syriza et la voie choisie par l'Europe, notamment les obligations des États en termes de déficit et de dette publique : "Je suis convaincu qu'il y a moyen de s'entendre sur d'autres réformes qui feraient la part moins belle à l'austérité mais qui mettraient davantage l'accent sur l'adhésion de l’ensemble de la population au projet européen".

Alors, l'éventuelle arrivée de Syriza au pouvoir, une bonne nouvelle pour la Grèce ? Pas forcément pour Étienne de Callataÿ et notamment à cause de la panique que cela pourrait provoquer sur les marchés financiers : "Cela pourrait amener par exemple une remontée des taux d'intérêts (...) et faire en sorte que différents pays doivent payer plus cher sur leur dette sans que ces pays n'aient jamais souhaité sortir de l'Union européenne ou de la zone euro".

Ce n'est pas vraiment un parti anti européen

Xavier Dupret, économiste à l'association culturelle Joseph Jacquemotte, rappelle de son côté que Syriza ne prône pas dans son programme une sortie de la zone euro ni de l'Union européenne. Mais il ajoute : "S'il doit y avoir aujourd'hui un mouvement de panique en Europe, je pense qu'il aura été largement induit par les pressions très maladroites d'Angela Merkel. Syriza veut en réalité quelque chose qui a été refusé par l'Allemagne mais accepté et préconisé par le FMI au printemps 2013 qui était en fait (...) un étalement à 50 ans de la maturité de la dette grecque".

Pour Xavier Dupret, cela explique en partie le succès de Syriza en Grèce : "C'est ça l'argument massif de Syriza - et c'est ce qui fait que Syriza fonctionne beaucoup mieux que le parti Nouvelle Démocratie aujourd'hui -, c'est que voter pour les amis de Mme Merkel, ça ne rapporte rien".

Il y a clairement une demande grecque de solidarité européenne dit-encore Xavier Dupret : "On ne peut pas créer un club en disant, il y a des débiteurs et il y a des créditeurs et les débiteurs sont toujours à la merci des créditeurs. Là, on ne crée pas de l'union. Et là, objectivement, de la part de Angela Merkel, on ne voit pas de réflexe de solidarité européenne".

Il faut plus de solidarité en Europe

L'étalement de la dette grecque est-il la solution ? Est-ce que Angela Merkel va à contre sens de la logique en refusant de discuter de la dette grecque et en évoquant même l'idée de sortir la Grèce de l'Union européenne ? Pour Étienne de Callataÿ, il y a en tout cas au moins deux bonnes raisons d'abonder dans le sens de l'étalement de la dette grecque : "D'une part un appel à la solidarité, d'autre part un appel à l'intelligence. On peut espérer que les deux convergent mais ce n'est même pas nécessaire. Il faut plus de solidarité en Europe, c'est une évidence".

Pour ce qui est de l'intelligence, Étienne de Callataÿ évoque l'intérêt commun de tous les Européens : "Nous avons tous aujourd'hui intérêt en Europe à ce que la Grèce aille mieux parce que aussi longtemps que le problème grec n'aura pas été résolu, c'est un fameux caillou dans la chaussure européenne. Et pour que la Grèce aille mieux, ça passera forcément par une restructuration (de la dette)".

Moindre gain ou perte franche pour les créanciers?

Étienne de Callataÿ ajoute qu'il ne faut pas minimiser l'effort de solidarité qui est demandé aux créanciers de la Grèce : "Étalé dans le temps, c'est un effort financier non négligeable". Même si l'on ne peut pas parler de perte franche pour les créanciers de la Grèce, il n'en reste pas moins que l'étalement de la dette grecque produira moins de gain que prévu : "C'est un moindre gain par rapport à ce qu'ils auraient été en droit de recevoir si la Grèce avait tout honoré à heure et à temps (...) Il y aura des pertes pour un certain nombre d'acteurs et ça fait partie des dommages collatéraux d'une solution globale qui est dans l'intérêt de tous".

RTBF