"L'euro va bien sûr subsister mais peut-être pas dans sa forme actuelle"

"L'euro va bien sûr subsister mais peut-être pas dans sa forme actuelle"
"L'euro va bien sûr subsister mais peut-être pas dans sa forme actuelle" - © Wkimedia-Christoph F. Siekermann

Alors même que les nouvelles autorités grecques sont en tournée européenne afin de récolter le soutien des partenaires européens pour un allègement de la dette, la BCE a annoncé ce mercredi qu'elle arrêtait l'un de ses dispositifs de soutien aux banques grecques. Bruno Colmant, professeur d'économie à l'UCL, était invité sur La Première ce jeudi matin pour commenter et analyser cette actualité économique.

Selon Bruno Colmant, la décision de la Banque centrale européenne tient plutôt de l'avertissement : "Les banques grecques disposent d'un traitement de faveur, elles peuvent obtenir un financement auprès de la BCE moyennant le dépôt en garantie d'obligations grecques. Normalement, ces obligations ne pourraient pas servir de garantie parce qu'elles sont d'une qualité insuffisante. (...) Ce mécanisme est maintenant figé, et je crois que le message qui est donné par la Banque centrale européenne, c'est qu'elle veut un règlement ordonné de la dette grecque. Parce que si tout le monde sait que cette dette est excessive et qu'elle doit être rééchelonnée, cela doit se faire avec équilibre, tempérance, et surtout avec respect des différents protagonistes, donc tous les autres pays européens".

Décision politique?

Les traités garantissent l'indépendance de la Banque centrale européenne mais l'annonce faite ce mercredi de stopper le traitement de faveur accordé jusqu'ici aux banques grecques sonne un peu comme une décision politique. Pour Bruno Colmant, si la situation est compliquée en raison notamment du refus de la Grèce de reconnaître la troïka, on peut toutefois se poser des questions : "On peut s'interroger sur l'action de la BCE, on parle d'indépendance mais elle est dépendante surtout de l'Allemagne et de certains pays. Je crois qu'on peut voir derrière la décision de la Banque centrale européenne une décision politique mais surtout un avertissement, à savoir qu'il faut respecter les accords, tout en comprenant la situation économique difficile de la Grèce".

Une monnaie "adolescente"

Les marchés ont nettement réagi à cette décision de la BCE et selon Bruno Colmant, cette inquiétude vient des difficultés de l'Europe à régler sereinement les conflits. "Ce qui inquiète les marchés financiers, c'est l'incapacité de l'Europe à régler de manière calme, apaisée, un conflit, ou plutôt un dérèglement monétaire avec certains pays. Et finalement on assiste à un conflit entre d'une part l'autorité monétaire qui est imposée par la BCE et d'autre part la démocratie politique qui peut émerger dans certains pays. (...) On n'a pas encore trouvé d'équilibre dans cette monnaie. (...) On n'a pas encore trouvé d'équilibre dans cette monnaie, qui est adolescente, elle n'a que quinze ans, elle n'a pas encore fait ses preuves de résolutions de problèmes importants".

RTBF

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