J.-M. De Waele: "La gauche radicale veut radicalement d'une autre Europe"

Alexis Tsipras (Syriza) et Pablo Iglesias (Podemos) lors d'un meeting pré-électorale en Grèce le 22 janvier 2015
Alexis Tsipras (Syriza) et Pablo Iglesias (Podemos) lors d'un meeting pré-électorale en Grèce le 22 janvier 2015 - © ARIS MESSINIS - AFP

L'Europe fait face à l'avancée des eurosceptiques, de gauche comme de droite d'ailleurs, comme en attestent les élections du week-end dernier en Pologne et en Espagne. En Pologne, les électeurs ont élu à la tête de l’État le conservateur eurosceptique Andrzej Duda. Les Espagnols ont eux adressé un sévère avertissement à l'establishment politique à l'issue d'élections municipales et régionales où l'antilibéral Podemos a globalement confirmé sa troisième place.

Après la victoire du conservateur David Cameron au Royaume-Uni, la Pologne élit un président lui aussi eurosceptique, Andrzej Duda. Comme David Cameron, il entend clairement privilégier les intérêts de la Pologne dans ses relations avec l'Union européenne. Partagent-ils pour autant un même euroscepticisme ?

Pour Jean-Michel De Waele, professeur en sciences politiques à l'Université Libre de Bruxelles, spécialiste des questions européennes, Cameron et Duda se rejoignent sur certains points seulement : "Ils se rejoignent sur les critiques acerbes que tous les deux font vis à vis de l'Union européenne, sur le fait que tous les deux rendent l'Union européenne responsable des problèmes que connaissent de leur pays. Néanmoins, il y a une composante sociale forte dans le catholicisme de Monsieur Duda qu'on ne retrouve pas chez Monsieur Cameron. Et puis la position de la Pologne près de la Russie n'est pas du tout la même que l'île qu'est la Grande-Bretagne".

Néanmoins, d'après Michel De Waele, Cameron et Duda pourraient bien s'associer sur certains dossiers au niveau économique par exemple, mais ne sont certainement pas d'accord sur tout : "Ils peuvent s'associer dans la lutte contre la construction européenne évidemment. Ils peuvent bloquer un certain nombre de dossiers, ils peuvent être opposés à un certain nombre de politiques,... Mais de là à ce qu'ils soient d'accord, à deux, sur la politique à mener, c'est autre chose".

Par contre, au niveau géostratégique, Pologne et Royaume-Uni ne partagent pas vraiment les mêmes intérêts, notamment en raison de la position de la Pologne par rapport à la Russie.

Euroscepticismes de gauche et de droite

Mais des eurosceptiques, on en trouve aussi dans le sud de l'Europe. On pense à Syriza en Grèce ou encore Podemos en Espagne. Une gauche anti-austérité qui monte, une autre forme d'opposition à l'Europe. Mais, souligne Jean-Michel De Waele, les euroscepticismes de gauche, ou de gauche radicale, et de droite sont très différents : "Je pense que le mot 'euroscepticisme' devient totalement galvaudé. Ce n'est pas parce qu'on se distancie de telle ou telle politique de l'Union européenne qu'on est forcément eurosceptique. Je pense qu'il y a quand même une grande différence parce qu'à gauche, dans la gauche radicale, on ne rejette pas l'idée de construction européenne, ni l'idée de supranationalisme, ni l'idée d'une solidarité entre les peuples. Le projet européen demandé par la gauche radicale espagnole ou grecque, ce n'est pas du tout l'euroscepticisme de droite qui ne veut pas de cette construction européenne".

Pour Jean-Michel De Waele, si la gauche radicale veut "radicalement d'une autre Europe, elle veut quand même une construction européenne tandis que les eurosceptiques du PiS (Droit et Justice, le parti de Andrzej Duda) ne veulent pas du tout d'Europe, encore moins en Grande-Bretagne".

RTBF

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