Herbicide cancérogène: l'UE devra tenir compte des conclusions de l'OMS

Herbicide cancérogène: l'UE devra tenir compte des conclusions de l'OMS
Herbicide cancérogène: l'UE devra tenir compte des conclusions de l'OMS - © Juliette MICHEL - BELGAIMAGE

La question agite certains scientifiques depuis quelques semaines : le Roundup est il cancérogène? Il s'agit de l'herbicide le plus vendu au monde, produit et commercialisé par la firme Monsanto. Derrière ce succès commercial pourrait bien se cacher un produit suspecté de favoriser le cancer chez l'homme. Le problème, c'est que jusqu'à aujourd'hui, les autorités sanitaires européennes n'ont jamais tiré la sonnette d'alarme.

Le centre international de recherche sur le cancer, qui dépend de l'organisation mondiale de la santé (OMS), vient de classer le Roundup dans les produits cancérigènes. Les scientifiques de cette agence viennent de publier un article la semaine dernière qui classe le glyphosate, c'est à dire la molécule de base du Roundup, comme "cancérogène probable", dernière étape avant le classement comme "cancérogène certain".

Cette annonce intervient au moment où les autorités européennes évaluent elles aussi la dangerosité du glyphosate. La molécule est en cours de réévaluation par l'autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). En fait, c'est l'agence fédérale allemande pour l'évaluation des risques, le Bundesinstitut für Risikobewertung, qui a été chargée de réaliser ce travail pour le compte des 28 États membres de l'Union européenne. Rien d'extraordinaire à cela, c'est la procédure européenne habituelle que de désigner un pays pour conduire l'évaluation des risques des pesticides lors de leur mise sur le marché et de leur réévaluation tous les dix ans. Ce qui est étonnant en revanche, c'est que cette évaluation scientifique a conclu, elle, qu'aucune évidence cancérogène n'avait été obtenue. En clair, circulez y a rien à voir.

Des scientifiques salariés par l'industrie agrochimique

L'évaluation que viennent de faire les scientifiques du Bundesinstitut für Risikobewertung doit maintenant être examinée par l'autorité européenne de sécurité des aliments et par les États membres. L'évaluation allemande est aussi disponible sur internet et ouverte aux commentaires publics pendant une période de 40 jours. Ce n'est qu'à l'issue de ce processus que l'EFSA rédigera des conclusions qui serviront ensuite de base à la Commission européenne et aux États membres pour décider si, oui ou non, le glyphosate peut continuer à être inscrit sur la liste des substances actives de l'Union européenne.

Mais l'on peut se demander comment expliquer que deux équipes scientifiques aient des avis diamétralement opposés sur une question si sensible. Plusieurs articles de presse ont relaté que de nombreux experts de l'agence allemande sont en fait des salariés de l'industrie agrochimique. Ils ont sans doute un avis un peu biaisé sur la question.

En tout cas, nul ne sait encore si à l'issue du processus l'Europe décidera de ne pas renouveler l'autorisation du glyphosate. Ce qui est certain, c'est que ce ne sera pas un renouvellement de routine. L'EFSA va devoir prendre aujourd'hui en compte le rapport du centre international de recherche sur le cancer, ce qui va prendre encore un certain temps avant les conclusions finales. On peut imaginer que pendant ce temps, le lobby de Monsanto va se faire particulièrement pressant auprès de ceux qui vont devoir prendre la décision.

RTBF

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK