Grèce: Syriza veut une "fiscalité progressive", "pas d'extrême-gauche"

Xavier Dupret, invité de Bertrand Henne à Matin Première
Xavier Dupret, invité de Bertrand Henne à Matin Première - © RTBF

Xavier Dupret, auteur économiste d' "Après l’euro, les peuples", et George Katrougalos, eurodéputé du parti grec Syriza, reviennent sur les élections en Grèce. Les deux invités de Matin Première prennent la mesure de la victoire historique du parti de gauche radicale et des enjeux économiques qu'elle représente.

"Il faut mettre un terme aux politiques d’austérité, parce qu’elles ont dévasté notre Europe et représentent la stagnation et la déflation ", rappelle George Katrougalos, eurodéputé de Syriza.

Une alliance de Syriza avec la droite ?

Avec 36,3% des voix, le parti de gauche remporte une très large victoire, mais pas assez pour obtenir la majorité absolue. Il doit dès lors chercher des alliés. Deux cas de figure sont possibles : une alliance avec les pro-européens de centre gauche du To Potami et une autre avec le parti des Grecs indépendants (AN. EL.), un parti de droite anti-union européenne.

L’eurodéputé George Katrougalos penche davantage sur une coalition avec la droite. Il estime qu’un compromis entre la gauche radicale et la droite est tout à fait possible : "Cette coalition sera légale" rappelle-t-il, "leur programme se rapproche de celui de Syriza sur le plan anti-austérité." Les négociations sont d'ailleurs déjà en cours avec le petit parti des Grecs indépendants, et d’autres rencontres sont aussi programmées.

Pour Xavier Dupret, la victoire de Syriza est déjà synonyme d’une bonne voie pour les négociations contre l’austérité grecque. "J’en veux pour preuve que durant toute l’année 2014, le ré-échelonnement de la dette grecque était bloqué. Et la semaine dernière, le ré-échelonnement était au pas de la porte". Il y a donc déjà un "effet Syriza" au lendemain des élections législatives.

La Grèce veut rembourser sa dette

Si au départ, Syriza souhaitait un moratoire sur la dette et ne souhaitait pas rembourser, aujourd’hui cette position est toute autre, souligne l’économiste Xavier Dupret. "L’idée est de payer la dette dans les années de croissance et ne pas payer en-deçà d’un certain seuil." Pas de défaut de paiement pour la Grèce, donc.

Pour l’eurodéputé George Katrougalos, la dette ne concerne pas seulement la Grèce, mais c’est une question européenne : "Un pays créditaire met à mal la cohésion européenne-même". Les négociations doivent débuter au plus vite, dit-il en voulant rassurer.

Dans le cas contraire, la position de la Grèce en Europe serait très compliquée, "or Alexis Tsipras ne veut pas quitter la zone euro", remarque Xavier Dupret. Une position remise en doute par un possible rapprochement avec le parti de droite des Grecs indépendants qui souhaite la sortie de la zone euro.

Une sortie de la Grèce prouverait que Marine Le Pen avait raison

Si les négociations venaient à échouer, peut-on considérer une sortie de la Grèce de la zone euro ? Angela Merkel a estimé que ce cas de figure ne serait "pas si grave". Toutefois pour Xavier Dupret, une sortie de la Grèce n’est pas souhaitable, même pour l’Allemagne. "Si on sort sans drame de la zone euro, le partenaire principal de l’Allemagne, qui est la France, recevra un message terrible : celui qui prouve que Marine Le Pen avait raison". Rappelons que la présidente du Front National, eurosceptique, estime la sortie de la Grèce comme étant une fatalité.

Ensuite, souligne l’économiste, il existe des garanties publiques sur le mécanisme européenne de stabilité. Si la Grèce sort de la zone euro, il y aura un moratoire très long sur la dette, et les mécanismes de stabilité seront alors activés.

"Je ne connais pas une gouvernement qui souhaiterait aujourd’hui remettre une couche d’austérité auprès de sa population en disant qu’il faut encore payer pour le mécanisme européen de stabilité". Syriza, parti de gauche dont la priorité est d’éviter l’austérité, n’a donc visiblement pas intérêt à sortir de la zone euro.

"Pas un programme d'extrême-gauche"

"Le programme de Syriza n’est pas du tout celui d’un programme d’extrême-gauche", nuance encore Xavier Dupret. Pour l’économiste, il s’agit plutôt d’un "radical-réformisme avec un projet de redéveloppement de la nation grecque". La Grèce, qui, rappelons-le, a perdu depuis 2008 environ 30% de son PIB, notamment à cause de l’application des programmes d’austérité.

Dans un pays au taux de chômage d’environ 27%, où le travail au noir est un lot quotidien, Syriza veut changer la donne. Au programme : réformes de structure, modernisation de l’État, et revenir sur les taxes votées par la Troïka.

"Aujourd’hui, avec Syriza, on désire s’orienter vers une fiscalité plus progressive", clarifie Xavier Dupret. Quant à la renégociation des paiements de sa dette, Xavier Dupret explique que la Grèce devra certainement dépendre d’une victoire du parti Podemos, l’homologue espagnol de Syriza.

Y. Salami

 

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