Eric Toussaint: "La Grèce a accepté les prêts, un revolver sur la tempe"

Si Alexis Tsipras montre qu’il est possible de sortir de l’austérité, les Espagnols voteront en masse pour Podemos.
Si Alexis Tsipras montre qu’il est possible de sortir de l’austérité, les Espagnols voteront en masse pour Podemos. - © Tous droits réservés

Alors que se tient, ce vendredi, une nouvelle réunion extraordinaire des ministres de l’Euro, quels sont les enjeux et les risques des différents scénarios envisagés à propos de la Grèce? Le bras de fer entre Alexis Tsipras et l'Eurogroupe tournera-t-il au compromis ou au Grexit? Pour Eric Toussaint, économiste et président du Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde de Belgique, tous les scénarios sont possibles et aucun ne serait catastrophique.

L’enjeu est connu: Athènes cherche à négocier les conditions qui lui imposent de strictes mesures de réduction de dépenses publiques. Dans un premier temps, le gouvernement d’Alexis Tsipras a refusé de poursuivre le plan de sauvetage qui doit être reconduit. Ensuite, il a proposé de le poursuivre, mais en l’aménageant. Des pourparlers sont toujours en cours avec notamment l’Allemagne qui estime les propositions d’effort de la Grèce encore trop floues.

Une situation impossible

Pour l’économiste Eric Toussaint, ce sont pourtant bien les mesures imposées depuis 2010 qui sont à l’origine du problème grec: "Le PIB a chuté de 25% en 4 ans, la consommation a baissé et les conditions de vie se sont dégradées. Il est impossible pour un pays soumis à un tel régime de pouvoir rembourser sa dette." Eric Toussaint en appelle aussi l’Eurogroupe à tenir compte d’une réalité politique: le vote des Grecs contre la poursuite de l’austérité. "L’Europe doit prendre cela en compte. Quand une politique ne fonctionne pas, il est inutile de la prolonger."

L’Espagne craint l’effet domino

Une des raisons de la dureté des négociations est que l’Allemagne, mais aussi d’autres pays comme l’Espagne, craignent l’exemple grec. "Si Tsipras montre qu’il est possible de sortir de l’austérité, les Espagnols qui seront appelés au scrutin cette année, voteront en masse pour Podemos aux prochaines élections. Et il y aura un effet de dominos positif. Des dizaines de prix Nobel d’Economie disent que la politique actuelle est néfaste."

Quel accord, si accord il y a?

Eric Toussaint évite de se prononcer sur l’éventuel accord qui pourrait intervenir ce vendredi soir. "Si accord il y a, il faudra analyser les détails. J’ai eu des contacts avec au moins 6 ministres et j’insiste sur le fait de ne pas accepter de reconnaître le montant de plus de 300 milliards réclamés, car une grande partie de ce montant est demandé illégitimement et illégalement."

L’austérité a servi à rembourser les banques

Aux yeux de l’économiste, la dette est illégale. En 2010, le premier plan des mesures d’austérité portait sur un prêt de 110 milliards d’euros exigés par la Troïka (BCE, FMI, Commission européenne). "Or, le parlement grec ne s’est jamais prononcé sur ce prêt. L’une des deux parties n’a donc pas signé l’accord." Le deuxième argument d’irrecevabilité du prêt concerne l’autonomie de la volonté des deux parties au contrat: "Au moment de la signature, cette autonomie n’existait pas du côté de la Grèce qui avait le revolver sur le tempe. On a prêté à la Grèce pour qu’elle rembourse les grandes banques privées qui concentraient 80% des créances existantes sur le pays. A elles seules, trois banques (la BNB–Paris-Bas, le Crédit Agricole et la Société Générale) détenaient 20% de la dette." Pour l’économiste, il ne fait aucun doute que les pays ont accordé des prêts à la Grèce pour permettre aux banques de se tirer d’affaire. "Et en 2012, lors de la restructuration de la dette, les banques privées étaient déjà hors du coup."

Qui a le plus à perdre?

Faute d’accord avec l’Eurogroupe, Eric Toussaint estime que le Grexit demeure une possibilité qui ne serait pas obligatoirement dramatique si la Grèce prend des mesures compensatoires. "Je ne recommande pas cette formule, mais si la Grèce doit faire le choix entre poursuivre une austérité néfaste et sortir de la zone euro, elle devra sans doute sortir de l’euro."

Jean-Claude Verset

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