Drame des migrants: il faut s'attendre à un nombre croissant de victimes

Drame des migrants: il faut s'attendre à un nombre croissant de victimes
Drame des migrants: il faut s'attendre à un nombre croissant de victimes - © Flickr-noborder network

Plus de 3500 migrants ont perdu la vie l'année dernière, noyés dans la mer Méditerranée en tentant de gagner l'Europe. Un triste record qui sera sans doute dépassé cette année. D'autant que les Européens n'ont pas vraiment mis les moyens pour lutter contre cette hécatombe.

Le 3 octobre 2013, une embarcation chargée de migrants prenait feu au large de l'île sicilienne de Lampedusa. Près de 400 personnes avaient perdu la vie dans ce naufrage. Au lendemain de ce qui était la plus grande tragédie maritime du 21ème siècle, l'Italie avait lancé l'opération Mare Nostrum. Une vaste opération maritime chargée de porter secours aux boat people en Méditerranée. L'opération avait sauvé plus de 150.000 personnes en un an mais elle a été stoppée. Elle coûtait trop cher, environ neuf millions d'euros par mois. Mais aussi sous la pression de plusieurs pays de l'Union qui reprochaient aux Italiens de créer un appel d'air et d'encourager l'immigration illégale.

Il y a deux jours, on apprenait que 400 personnes étaient mortes noyées en Méditerranée. Mais là pas de Mare Nostrum bis en vue. Les Européens se contentent de l'opération qui a pris le relais de Mare Nostrum, l'opération Triton. Cette fois, c'est Frontex, l'agence chargée de coordonner la gestion des frontières extérieures de l'Union européenne qui est à la manœuvre et ses moyens sont trois fois moins importants. Mais surtout, sa mission n'est pas de venir à la rescousse des migrants mais bien de protéger nos frontières.

Mais cela n'a pas dissuadé les migrants qui ont choisi de traverser la Méditerranée. En 2014, on estime que 276.000 migrants sont entrés illégalement dans l'Union européenne dont 80% via la Méditerranée. C'était trois fois plus qu'en 2013. Et de l'aveu même du directeur exécutif de Frontex, le français Fabrice Leggeri, il faut s'attendre à ce que ce chiffre explose. Il parle de 500.000 à 1 million de migrants en 2015. Fatalement, cela signifie qu'il faut s'attendre à ce qu'il y ait beaucoup d'autres victimes en Méditerranée.

En tout cas tant que l'instabilité perdurera en Syrie ou en Érythrée, les principaux pays d'origine de ces migrants, ou tant qu'il n'y aura pas d’État de droit en Libye, le point de départ de leur traversée.

Blocage des États membres

Face à l'urgence, la Commission européenne a décidé de prendre l'initiative avec une stratégie européenne pour la migration. Une promesse de Jean-Claude Juncker qui devait être présentée en juillet et qui le sera finalement en mai pour répondre à l'urgence de la situation. Elle devrait proposer de revoir la politique d'asile en Europe, d'améliorer les possibilités d'une immigration légale et renforcer les moyens de Frontex. Mais pour cela, il faut l'accord des États membres et c'est bien là une des vraies raisons de l'inaction européenne face à aux drames qui viennent de se produire.

Alors si la Commission veut effectivement prendre en compte la situation en Méditerranée, on ne doit pas s'attendre à une solution miracle pour répondre aujourd'hui aux naufrages qui vont immanquablement se produire dans les jours ou dans les semaines qui viennent. La plupart des États membres ne veulent tout simplement pas réagir. Ils craignent que s'ils font quelque chose pour accueillir les migrants, cela profite directement aux partis anti immigration qui fleurissent un peu partout en Europe.

Aujourd'hui des pays comme l'Italie cherche à trouver des alternatives. En Italie, Enrico Letta, l'ancien président du Conseil, demande au gouvernement de relancer Mare Nostrum. Un gouvernement qui aujourd'hui préfère négocier des accords avec la Tunisie ou l’Égypte pour qu'ils participent au sauvetage et à l'accueil sur leur sol des migrants de la Méditerranée.

RTBF

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