"La Grèce a besoin d'un gouvernement d'élites, pas de populisme"

André Sapir: la Grèce a besion d'un gouvernement d'élites, pas de populisme
André Sapir: la Grèce a besion d'un gouvernement d'élites, pas de populisme - © RTBF

"Le vrai problème de la Grèce aujourd'hui, et déjà depuis cinq ans, est : 'Est-ce que la Grèce a vraiment la capacité de réforme pour créer de la croissance ou doit-elle être tout le temps soutenue ?'", s'interroge André Sapir, professeur d'économie européenne à l'ULB, L'Acteur en direct de Matin Première ce mardi. Et si pour lui, le vote en faveur de Syriza peut être "une opportunité" pour le pays, il craint que ses dirigeants ne tombent dans le populisme.

"C'est bien de dire qu'on ne veut plus d'aide, qu'on va se débrouiller, qu'on veut un allègement, mais est-ce que de l'autre côté ce gouvernement-ci est capable d'aligner des mesures qui vont relancer la croissance ?", se demande ce spécialiste, "car sans croissance, il n'y a pas d'avenir pour la Grèce".

S'il confie avoir longtemps pensé que Syriza pouvait "être une chance" pour la Grèce, il se dit refroidi "par les déclarations populistes" du parti de gauche radicale. Et de citer en exemple "la manière dont ils ont abordé de manière frontale les pays de la zone euro, sans mettre en avant ce qu'ils vont faire".

Pour André Sapir, "ce qu'il a manqué depuis 5 ans, c'est un gouvernement d'élites". "Une grande partie des électeurs ne demande pas seulement une réduction de la dette mais une autre manière de gouverner. Il y a cette opportunité pour ce gouvernement et c'est cela qu'il doit faire. Donc, aller au-delà du populisme et vraiment voir dans cette situation une opportunité avec les partenaires européens de travailler ensemble à un nouveau futur pour la Grèce".

Quant à savoir si les Grecs peuvent réclamer une réduction de la dette, il répond : "Il faut se rappeler que les prêts que les états européens ont fait à la Grèce ont déjà une échéance de l'ordre de 30 ans (de loin plus long que la moyenne), avec une période de grâce de 10 ans et des taux d'intérêts très faibles. Le coût du remboursement de ces dettes est donc déjà assez faible, mais il y a une marge de manœuvre, on pourrait encore le diminuer".

Des erreurs partagées

Le professeur tient aussi à remettre les choses dans leur contexte : "Ce que beaucoup n'ont pas compris, c'est que contrairement à ce que le programme, le fameux programme de la Troïka, avait estimé au départ, où on pensait qu'il y aurait à travers le programme une baisse du revenu national sur 3-4 ans de l'ordre de 2-3-4%, cette baisse a été de l'ordre de 20 à 25%. Donc il y a eu une forte déviation par rapport à ce qui avait été anticipé. Si on compare cela avec le programme irlandais ou portugais où il y a aussi eu une déviation mais elle était très très faible. Donc le cas grec était vraiment un cas à part".

Faut-il en déduire que l'Europe a donné à la Grèce un mauvais remède ?

André Sapir se montre prudent : "C'est clair qu'il y a eu cette grande déviation, mais est-ce que cette déviation est due au fait que le remède prescrit était le mauvais remède ou est-ce dû au fait que la Grèce n'ait pas été en mesure, vu la faiblesse de son système administratif, de faire ce que l'Irlande et le Portugal ont pu faire ?".

Les erreurs sont partagées, selon lui. S'il y a eu une "mauvaise évaluation de la capacité de la Grèce de mettre en œuvre un programme, on était dans l'urgence et c'était le tout premier programme".

Autrement dit, les Grecs "ont un petit peu essuyé les plâtres parce qu’ils étaient les premiers".

Mais d'un autre côté, il y a "les mauvaises finances publiques" comme point de départ et les "mensonges répétés de la Grèce", ce qui "a fait que le dialogue a été très très mauvais depuis le départ". Un "handicap" que "les autorités grecques n'ont jamais réussi à surmonter".

Début d'une sortie ?

Malgré tout, André Sapir reste optimiste pour la zone euro : "Il y a un problème grec, qui est déplaisant pour la population grec, qui est toujours déplaisant pour la zone euro, mais qui n'est pas déterminant dans la faiblesse de la zone euro aujourd'hui".

Autrement dit "il y a un problème grec et un problème de la zone euro", mais "le lien entre les deux n'est plus aussi important qu'il ne l'était il y a trois ans".

C. Biourge

Et aussi

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK