Accueil des réfugiés: "La Belgique a une politique plus réaliste"

Depuis le début de l’année 2015, on estime à plus de 1600 le nombre de candidats à l’immigration morts, noyés dans la Mer Méditerrané.

Face à ce constat difficilement supportable, Louis Michel avoue "avoir envie de hurler". Lorsqu’on lui demande si nous, Européens, avons du sang sur les mains, il dit juger la formule "excessive" mais n’est pas tendre pour autant avec l’Europe et ses Etats membres, dont il dénonce le repli sur soi et le manque d’altruisme.

"Deux absents dans les accusations"

Il précise toutefois que pointer le doigt vers la seule Europe serait oublier "deux absents dans les accusations" qui doivent, selon lui, figurer dans le réquisitoire contre les responsables de ces drames à répétition.

Les premiers, ce sont les pays d’origines de ces candidats à l’asile. "Vous avez là toute une série de pays qui ont des ressources immenses mais ces richesses ne profitent qu’à quelques-uns", pointe-t-il sans préciser qui sont les pays visés. Les seconds accusés, ce sont "les passeurs", ces "voyoux de grand chemin". On connaît certains d’entre eux pourtant, ils ne sont pas arrêtés, affirme l’eurodéputé libéral. "On ne fait pas assez au niveau européen pour lutter contre ceux qui ‘marchandisent’ la vie des gens", estime l’ancien ministre fédéral.

Sur ce deuxième point, on en revient donc indirectement aux responsabilités européennes. Car ces milliers de morts, "c’est aussi nous, bien sûr". Nous Européens, qui avons failli à mettre en place une véritable capacité militaire européenne, indiquait notre invité sur La Première. Un domaine dans lequel l’Europe reste en effet un "ver" pour reprendre la terminologie du chercheur Geoffrey Edwards. Une incapacité qui rend l’Europe impuissante face aux pourrissements de certains conflits. Lesquels poussent des milliers de candidats réfugiés sur les routes de l’exode.

Une Europe qui pèche surtout par "manque d’altruisme", déplore l’ancien président du parti libéral francophone.

"Nos amis italiens avaient mis en place une opération ambitieuse de sauvetage de vies en mer : Mare Nostrum. Celle-ci a permis sans doute de sauver plus de 190 000 vies humaines ! Les Italiens qui ne pouvaient assumer seuls cette tâche ont demandé à l’Europe de prendre le relais. On attend toujours", dénonce le parlementaire européen. "La seule réponse de l’Europe jusqu’ici, c’est l’opération Triton qui organise seulement la coopération de la surveillance aux frontières. Et qui ne fait donc que de la surveillance. On ne s’occupe pas ici de sauver des vies en mer", rappelle-t-il en précisant que cette version du plan européen coûte trois fois moins cher que celle mise en place par l’Italie. Mare Nostrum coûtait environ neuf millions d’euros par mois, soit 108 millions d’euros par an. Le PIB annuel cumulé de l’Union européenne s’élève à 18 399 milliards. Autrement dit, on parle ici de 0,000195662% du produit intérieur brut européen.

Du coup, Louis Michel est en colère face à "ce manque d’altruisme européen, ce repli sur soi, ce nombrilisme, cet égocentrisme absolument scandaleux de certains pays qui refusent de faire plus d’Europe". "On pouvait changer les choses en anticipant", regrette-t-il, dénonçant en outre l’impression de forteresse européenne que renforce l’opération Triton. "Cette notion de forteresse européenne ne correspond en rien aux valeurs européennes qui sont normalement d’universalité or on reste froid face au dénuement et au malheur" qui frappe ces hommes, femmes et enfants prêts à risquer leur vie pour fuir leur pays.

"La plus grosse déconvenue, c’est qu’on n’a pas de politique d’immigration intégrée au niveau européen"

"Nous plaidons avec Gérard Deprez (autre eurodéputé MR) pour avoir un système européen sécurisé au niveau des demandeurs d’asile. Qu’on anticipe, qu’on ne fasse pas peur aux gens et qu’on explique aussi la réalité de notre capacité d’accueil", avance-t-il.

Mais si l’eurodéputé est prompt à dénoncer le repli sur soi des Etats membres, il l’est moins pour condamner la politique belge en la matière. Une politique devenue, on le sait, très restrictive, notamment sous la période du secrétariat d’Etat de Maggie De Block (Open Vld) dans le gouvernement Di Rupo et encore plus singulièrement depuis l’entrée en fonction de Théo Francken (N-VA) dans le gouvernement de Charles Michel.

Ce dernier se disait par exemple prêt à accueillir… 300 réfugiés syriens supplémentaires, et encore, seulement "dans le cadre d'accords au niveau européen sur une répartition équitable dans laquelle chacun est prêt à faire sa part". Exactement l’attitude attentiste que dénonce Louis Michel.

Ce dernier tempère pourtant ses critiques lorsqu’il s’agit de la Belgique, dont le Premier ministre n’est autre que son fils. "D’abord le chiffre de 300 est tout à fait arbitraire", lance-t-il. C’est pourtant celui qui a été avancé officiellement comme objectif par le gouvernement Michel.

"Tant qu’il n’y aura pas, au niveau européen une position une et indivisible, vous aurez ce genre de positionnements attentistes. ‘Tant que les autres ne font pas plus, je ne fais pas plus’", reconnaît-il pourtant.

La Belgique est donc attentiste en la matière? "Je ne dis pas que la Belgique est attentiste, elle fait ni plus ni moins que ce que les autres pays". Et donc pas assez si l’on en croit ce que l’eurodéputé dénonçait précédemment ? "On ne peut pas dire que la Belgique ne soit pas ou n’ait pas été un pays accueillant vis-à-vis des migrants. La Belgique a largement fait oeuvre d’accueil et d’accueil de qualité", estime l’ancien vice-Premier ministre.

Mais pourtant, elle mène bien une politique plus restrictive maintenant? "Plus réaliste sans doute. C’est l’air du temps ça et c’est aussi nos capacités, nos moyens, à un moment, on ne sait pas faire à la place des autres ce que les autres doivent faire aussi", nuance Louis Michel. Qui reprend là curieusement à son compte les discours avancés par les Etats membres dont il dénonçait l’immobilisme et le manque d'altruisme quelques minutes auparavant.

"Je crois qu’en termes de migration, la plus grosse déconvenue, c’est qu’on n’a pas de politique d’immigration intégrée au niveau européen. Pourquoi est-ce qu’on ne délivre pas les visas pour les demandeurs d’asile au niveau européen dans un seul bureau de manière organisée où ce serait traité exactement de la même manière et où l’on n’assisterait pas à une espèce de concurrence assez sordide et à rebours entre pays ?", s’interroge l’élu européen. Une question à laquelle il répondait indirectement un peu plus tôt : la tendance au repli sur soi et le renvoi de responsabilités entre des Etats membres qui disent refuser d'avancer "si les autres n’avancent pas". Tout comme le fait pour le moment la Belgique et sa politique qu'il qualifie pourtant lui-même de "réaliste" en la matière.

@julienvlass

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK