Dyab Abou Jahjah: "Il y a une islamophobie qui règne dans les structures de l'État"

"On a introduit deux plaintes contre Bart De Wever, l’une en Belgique, l’autre à Genève à la Commission des droits de l’homme des Nations-Unies. Là, ce sera une autre histoire..."
"On a introduit deux plaintes contre Bart De Wever, l’une en Belgique, l’autre à Genève à la Commission des droits de l’homme des Nations-Unies. Là, ce sera une autre histoire..." - © RTBF

Le leader du "Movement X", qui a introduit une plainte pour racisme contre Bart De Wever, est l’invité ce samedi du Grand Oral La Première Le Soir. Aujourd’hui, chroniqueur au Standaard, Dyab Abou Jahjah traîne derrière lui un passé sulfureux.

Autrefois fondateur de la Ligue arabe européenne, l'AEL, Dyab Abou Jahjah place aujourd’hui son nouveau mouvement dans la défense des droits civiques de tous les citoyens. A ce titre, il prétend combattre toute forme de racisme et d’antisémitisme, mais il précise aussi qu’à ses yeux il n’y a pas de climat antisémite ambiant, en tous cas pas autant que d’islamophobie. Qui est réellement Dyab Abou Jahjah ? Extraits choisis.

"On aurait aimé que le Centre pour l’égalité des chances nous soutienne"

La plainte pour racisme déposée contre Bart De Wever, qui avait stigmatisé les Berbères en affirmant qu’on avait autorisé la mauvaise sorte de migrants à venir en masse en Belgique, a peu de chances d’aboutir. Le Centre pour l’égalité des chances a déjà rappelé que la loi vise à réprimer les actes inspirés par le racisme et la xénophobie, mais pas les propos. Dyab Abou Jahjah reste néanmoins confiant.

"Le Centre pour l’égalité des chances est assez réservé quand il s’agit de plaintes contre les hommes politiques, mais il y a deux jours, le MRAX (Mouvement contre le racisme et la xénophobie) a également introduit une plainte. Le MRAX considère qu’étant donné le fait que monsieur De Wever a répété ses propos, il est donc clair qu’il ne s’agit pas d’un lapsus. Il y a aussi l’Association marocaine des droits de l’homme qui a intenté une action. Et puis, on n’est pas naïf non plus : on a introduit deux plaintes, l’une en Belgique, l’autre à Genève à la Commission des droits de l’homme des Nations-Unies. Là, ce sera une autre histoire et je crois que Monsieur De Wever ne sera pas blanchi."

Vous attendez quoi ? Qu’il démissionne ?

"Il doit s’excuser ou démissionner. Un politicien à ce niveau-là, qui tient des propos pareils à la télévision, doit prendre ses responsabilités, c’est-à-dire, par exemple : celle de s’excuser."

Vous auriez voulu que Charles Michel condamne plus formellement les propos de Bart De Wever ?

"Je crois que le Premier ministre s’est dit qu’il devait défendre la coalition. Mais ce n’était pas le cas puisque M. De Wever n’est pas ministre. En tant que Premier ministre de tous les Belges, et donc aussi des Berbères, il aurait pu critiquer M. De Wever. Je ne sais pas s’il a peur de Bart De Wever, mais il avait là une opportunité de nier ce que tout le monde dit : que le vrai Premier ministre se trouve à Anvers."

Il y a plus d’islamophobie que d’antisémitisme

Hormis ce combat entamé contre les propos de Bart De Wever, l’avenir de votre "Movement X", ce sera quoi ?

Notre réaction contre Bart De Wever n’est pas une sorte de stratégie pour lutter contre la N-VA, mais une interprétation logique de notre mission comme mouvement de défense des droits civiques. Notre mouvement a été fondé il y a quelques mois et nous avons reçu beaucoup de soutiens dans les milieux politiques et culturels aussi. Il y des membres du Sp.a qui nous soutiennent, de Groen aussi ou encore du CD&V. Il y a aussi quelques membres du VLD qui expriment leur sympathie à l’égard de notre mouvement. Notre but est d’être des 'chiens de garde' dans la défense des droits civiques."

Vous vous dites assertifs dans la défense des droits de tous, le serez-vous aussi pour lutter contre l’antisémitisme ambiant ?

"Absolument, quand on définit le racisme, pour nous c’est toutes les formes de racisme. Si l’occasion se présente, nous interviendrons."

Faut-il attendre une occasion, l’antisémitisme est déjà présent, il règne partout ?

"Je ne suis pas d’accord quand vous dites que l’antisémitisme règne partout. J’aimerais bien qu’on me démontre ça. D’après les rapports scientifiques, c’est plutôt l’islamophobie qui règne. Quand on regarde les structures de l’État, on ne peut pas parler d’antisémitisme mais bien d’islamophobie. Il y a une islamophobie assertive dans les structures de l’État, par exemple, dans les médias ou dans tous les discours de criminalisation de la communauté religieuse. Il y a un problème quand il s’agit de la communauté musulmane en Belgique, il y a toujours une discrimination qui se traduit parfois par une criminalisation. Les hommes politiques parlent comme ça, Bart De Wever parle comme ça… Il y a une islamophobie qui règne. Si vous me dites qu’en Belgique il y a un antisémitisme qui règne, alors je nuance : ce n’est pas vrai. Par contre l’islamophobie est un discours dominant."

Votre position est délicate, est-ce que vous ne vous placez pas dans une sorte de concurrence victimaire ?

"Je ne vois pas ça comme une compétition. Notre mouvement va lutter clairement contre chaque racisme, mais il faut aussi faire une analyse correcte. Je trouve que, surtout du côté francophone, on est très crispé lorsqu’il s’agit de parler de l’islamophobie. On ne veut pas en parler ou on nuance trop. Si on a un rôle à jouer, c’est précisément de secouer un peu les choses. Il y a un problème dans cette société, un problème de racisme et d’antisémitisme mais il faut bien voir quel est le problème le plus urgent. Movement X n’est pas le mouvement gentil qui va ménager tout le monde. C’est un mouvement citoyen, non ethnique, non religieux, critique, antiraciste et qui va exprimer les choses telles qu’elles sont. Si on a quelque chose à apporter dans le débat, c’est bien de mettre en valeur cette analyse sur l’islamophobie. Notre but n’est pas d’apaiser la société belge dans le sens hypocrite notre but c’est de résoudre le problème que nous avons, pas le nier."

Georges Lauwerijs

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