Escales estivales: cinq générations de meuniers au moulin de Moulbaix

Joseph, sa fille Caroline et son petit-fils Toine au pied du moulin de Moulbaix
7 images
Joseph, sa fille Caroline et son petit-fils Toine au pied du moulin de Moulbaix - © Sarah Heinderyckx

En plein cœur du pays d'Ath, le petit village de Moulbaix est célèbre pour son moulin à vent. Ce vestige du passé érigé en 1747 est l'un des derniers en activité de Wallonie. La famille Dhaenens l'exploite depuis 1942. Joseph et sa fille Caroline nous dévoilent les secrets de cet édifice ancestral.

Rotation à 360 degrés

Derrière l'impressionnant bâtiment de bois, Joseph Dhaenens nous explique : "Ici, on est au bout de la queue du Moulin. C'est ici qu'on a le treuil qui sert à diriger le moulin face au vent. On attache la chaîne aux petits piquets blancs qui se trouvent tout autour du moulin, puis on actionne pour le diriger".

À 72 ans, Joseph préfère laisser cette tâche physique à son petit-fils. Toine, 14 ans, actionne le treuil en faisant tourner la manivelle. À la force de ses jeunes bras, il fait alors tourner toute la structure de douze mètres de haut sur elle-même dans un bruit métallique.

Le meunier au travail

À l'intérieur, comme leurs prédécesseurs l'ont fait pendant des siècles, Joseph et son petit-fils fabriquent de la farine. "On reproduit mécaniquement ce que les hommes ont fait depuis des millénaires à la main", nous confie le meunier avec un sourire plein d'humilité. Le blé est d'abord nettoyé avant d'être broyé sous la meule, une pierre robuste qui a déjà 150 ans.

"Des rayons sont taillés sur les faces internes des meules", précise Joseph, "ça permet d'avoir du mordant et d'évacuer la farine vers l'extérieur. À force de travailler, ça s'use un tout petit peu donc on les démonte une à deux fois par an pour les rhabiller comme on dit".

Une heure suffit pour produire 150 à 200 kg d'une farine pure, sans aucun additif. Une farine complète qui peut aussi être tamisée pour être blanchie et utilisée pour d'autres préparations que le pain complet.

Modernisation et électricité

Si le moulin a toujours ses ailes, elles ne tournent malheureusement pas tous les jours. Il faut un minimum de 40 km/h de vent pour faire tourner la meule. Joseph estime donc qu'il utilise la force du vent moins d'un tiers du temps. "Dans le passé, ils utilisaient tous les petits vents qui passaient", précise-t-il, "ils travaillaient avec des petits rendements par obligation. Aujourd'hui, quand il n'y a pas beaucoup de vent, on embraye les moteurs".

Une histoire de famille

Le père de Joseph, issu d'une famille de meuniers flamands, débarque à Moulbaix en 1942. Après des travaux de rénovation, toute la famille s'y installe et grandit, laissant à Caroline Dhaenens des souvenirs mémorables.

"Le moulin fait partie de notre paysage", nous confie la fille de Joseph, "tous ceux qui passent ici sont sous le charme, mais nous c'est notre quotidien. Il est très beau. Enfants, on allait de temps en temps surveiller les sacs de farine. Il y avait aussi madame la cloche qui y passait. Aujourd'hui ce sont nos enfants qui sont contents de retrouver les œufs de Pâques dans le moulin. Avec mon arrière grand-père, nous sommes à la cinquième génération de meuniers".

Artisanat et circuit court

Aujourd'hui, c'est elle qui s'occupe du magasin. Dans les rayons, une quinzaine de variétés de farine moulue sont en vente. Des produits artisanaux qui privilégient les producteurs locaux de qualité.

"Auparavant quand on travaillait avec le moulin dans les années 40-50, c'étaient d'office des circuits courts bien sûr. Actuellement, c'est très important je pense de pouvoir proposer ça au client, à celui qui aime faire du bon pain", explique Caroline.

On a ça dans les tripes

À Moulbaix, la relève semble assurée avec Toine qui apprend dès qu'il le peut les gestes transmis par son grand-père. Joseph, lui, ne s'est jamais posé de questions. C'est tout naturellement qu'il a pris le relais de son père.

"Je suis né ici", nous confie-t-il, "j'ai toujours traîné avec papa en étant tout petit et voilà, je suis resté ici, j'ai travaillé avec lui et j'ai continué". Et quand on lui demande ce qui le passionne dans son métier, sa réponse est désarmante de simplicité : "Je ne sais pas vous dire, on a ça dans les tripes, c'est comme ça".

Si le moulin de la Marquise est encore en là aujourd'hui, c'est grâce à la passion de la famille Dhaenens. Une pépite du patrimoine wallon à découvrir au détour d'une balade champêtre.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK