Visites de quatre personnes : " On ne va pas demander à la police de venir vérifier chez vous "

Au lendemain du dernier Conseil national de Sécurité, celui-là même qui a remis un peu de social au centre en permettant de revoir ses proches une semaine plus tôt que prévu, Thomas Gadisseux reçoit le vice-Premier ministre Alexandre De Croo (Open Vld) dans la matinale de la RTBF. L’occasion de revenir sur cette tentative du gouvernement de renouer la confiance avec le citoyen en lui proposant ce "pacte", cet accord où en échange d’un assouplissement des mesures, nous nous engagions à les respecter plus que jamais.

Un Conseil national de Sécurité différent également dans la forme puisqu’on est loin du précédent, pour lequel la conférence de presse avait eu lieu à 22 heures 30 après une attente du domaine de l’interminable. Une différence qu’assume Alexander, qui ne se cache pas lorsqu’on évoque les erreurs du précédent CNS : "Il y a deux choses, les décisions que l’on prend et la manière dont on les explique. Et c’est clair que si on le fait tard le soir… Avec énormément de choses à expliquer… On en tire des leçons et je pense qu’ici… D’abord les décisions montrent un équilibre de ce que l’on peut faire maintenant. Car la situation est différente d’il y a deux semaines. On est prêts maintenant à faire plus de mesures sociales."

Le Belge assume avec un sens de la responsabilité

Des décisions nouvelles qui montrent une fois de plus que dans cette crise les certitudes d’un jour ne sont pas nécessairement celles du lendemain. Était-ce donc judicieux d’avancer d’une semaine, du 18 mai au 11 ? " Vous savez, il y aura toujours un risque, jusqu’au jour où il y aura un vaccin. Mais ce que je vois, en général lorsque l’on donne au Belge une certaine liberté, il l’assume avec un sens de responsabilité."


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Une liberté qui se matérialise dans un chiffre, quatre, comme le nombre de personnes "proches" que chacun pourra voir tout en s’y limitant. Pourquoi pas cinq ? Le vice-Premier est convaincu "que les gens vont l’utiliser sagement. On ne va pas demander à la police de venir vérifier chez vous, quatre ou cinq. Quatre, parce que quatre personnes c’est gérable chez soi. Les règles de distanciation sociale restent valables. On ne va pas se prendre dans les bras."

Retour à l’école

Beaucoup voient dans cet assouplissement une manière de mieux préparer la suite, à savoir le retour dans les écoles, de le rendre moins compliqué. "On va avoir des dossiers compliqués tout le temps. De la manière dont on redémarre la vie, est différente. On gardera nos distances. Que l’on donne la possibilité aux enfants d’aller à l’école, est une bonne chose pour eux, mais aussi pour les parents. Rester à la maison avec les enfants ce n’est pas évident"

À un moment il faudra tout de même payer

Parmi les portefeuilles d’Alexander De Croo, il y a également celui des Finances, un ministère qui a fort à faire depuis le début de cette crise sanitaire car c’est lui qui est entre autres choses, chargé des mesures de soutien aux ménages. Parmi celles-ci, le report des crédits à la consommation afin d’aider les personnes à risque. "C’est un dossier de l’économie Nathalie Muyle qui est la prolongation de ce que nous avions fait pour les autres prêts, aux entreprises et hypothécaires. Ce report vise à aider les petits revenus, qui ont perdu une partie de leur revenu à cause de la crise ou du chômage temporaire en leur permettant de déplacer les paiements. Les détails seront fixés au Parlement dans les jours qui viennent." Et le ministre d’ajouter qu’il est nécessaire "de bien expliquer aux gens, leur dire de faire attention, car c’est un report. À un moment il faudra tout de même payer."

Le rôle des banques a changé

Concernant la manière dont le gouvernement s’y est pris afin de convaincre les banques de participer à ces mesures, Alexander De Croo souligne d’emblée la différence des banques entre la crise de 2008 et aujourd’hui. Les CEO ont changé, leur attitude vis-à-vis de la société a également changé. Leur rôle a changé. "Le volume de crédits est supérieur de 5% par rapport à l’année précédente. Donc oui, clairement énormément de crédits sont donnés actuellement par les banques, malgré la crise".

Ces gens-là on fera tout pour les aider

Ces mesures n’est-ce pas risquer de creuser un trou pour en remplir un autre car rien ne dit que la consommation à venir permettra de générer les recettes nécessaires à un retour à l’équilibre ? Le ministre des Finances espère, lui, qu’il y aura un rebond de la consommation après cette crise sanitaire, ce qui rendrait gérable la situation et les mesures qui en découlent. Mais si la crise devait par contre devrait durer trois quatre ans, les choses seraient différentes. "Ce que l’on fait actuellement c’est éviter des faillites, que les gens perdent leur boulot car là il y a un effet domino. C’est clair que les cafés et restaurants font un double marathon car ils ne vont pas rouvrir tout de suite. La règle que je voudrais utiliser c’est que les entreprises et indépendants sains avant la crise vont être aidés pour traverser la crise et pour recommencer sainement après la crise. Ces gens-là on fera tout pour les aider."

Aider ou pas Brussels Airlines ?

Quid des aides à Brussels Airlines, un des symboles de la Belgique mais qui est une société privée dont la maison mère est Allemande puisqu’il s’agit de Lufthansa. "C’est une société privée, pour l’instant. Ce qui est important pour la Belgique, avec une ville comme Bruxelles, c’est qu’elle reste connectée avec l’Europe et le reste du monde. Deuxième priorité, c’est une conversion vers la durabilité. Troisièmement il y a l’emploi." Des aspects essentiels qui, de son propre aveu, actuellement ne permettent pas au ministre De Croo de s’exprimer sur la question de l’aide à Brussels Airlines.