"Vaccinez les soignants sans délai" : la lettre ouverte des représentants du corps médical

Ce sont des grands noms qui signent cette lettre ouverte adressée au ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke, à l’initiative du Professeur émérite de médecine interne, Elie Cogan. L’épidémiologiste et professeur de Santé publique Yves Coppieters, la pédiatre et infectiologue de l’Hôpital des Enfants Reine Fabiola Sophie Blumental, Emmanuel Bottieau, professeur de maladies infectieuses à l’Institut de médecine tropicale d’Anvers… pour ne prendre que les premiers signataires.

Ils et elles sont médecins, mais aussi infirmiers ou infirmières. C’est une liste de poids car ils et elles appartiennent à plusieurs institutions hospitalières privées, universitaires ou publiques. Leur demande : que la Belgique prenne exemple sur les Pays-Bas et la France "qui viennent de revoir leur stratégie en intégrant les soignants dans cette hase initiale du programme de vaccination."

Elie Cogan, l’initiateur de la lettre ouverte, explique ce coup de gueule : "Depuis le début, je n’ai pas bien compris pourquoi le personnel soignant n’était pas considéré comme prioritaire au niveau de la vaccination. C’est lorsqu’on a appris qu’il y avait une réduction des doses de 50% (ndlr : de la première livraison du vaccin Pfizer), que j’ai pris conscience qu’il faudrait probablement attendre quelques mois avant que le personnel soignant puisse être vacciné. Et c’est ça qui a fait monter un peu la pression".

Le virus circule… chez ceux qui circulent

Le Docteur Jean-Christophe Goffard (Hôpital Erasme), également signataire de cette lettre ouverte, pose un argument rationnel : "L’objectif d’une vaccination, c’est d’empêcher qu’un virus circule dans la population générale. Or, pour qu’un virus circule, il faut que l’individu qui le porte circule lui-même. C’est pour ça que le personnel soignant doit une priorité également parce qu’il peut ramener le virus, être asymptomatique et le faire circuler dans la population au travers de son exposition qui est beaucoup plus importante que celle de la population générale ".

Maisons de repos prioritaires

En Belgique, on le sait, ce sont les maisons de repos et de soins qui sont les groupes cibles prioritaires de la vaccination contre le COVID-19. Elles sont suivies par les autres institutions de soins et les professionnels de la santé. Pourtant, font remarquer les signataires de la carte blanche, ce n’était pas ce que recommandait au mois de juillet le Conseil supérieur de la Santé. Il estimait qu’il fallait donner la priorité "à tous les travailleurs des soins de santé pour assurer leur santé et un secteur des soins de santé fonctionnel lors d’une éventuelle prochaine vague de COVID-19."

Elie Cogan poursuit en invoquant la recommandation de l’Organisation mondiale de la Santé : "On comprend bien les difficultés qu’il y a en termes de priorisation et qu’il y a tout une série de raisons qui ont pu privilégier les maisons de repos en première intention. Cependant, si on en réfère aux recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé, il y a tout avantage, en termes de conservation d’un système de soins de qualité et qui ne soient pas saturés, de vacciner en numéro 1 les soignants".

Mettre en balance les risques

Son confrère, Jean-Christophe Goffard ajoute : "Le personnel soignant a une vie active, alors que la personne âgée dans son home, dans sa chambre, a beaucoup moins de mobilité et moins de contacts sociaux que le personnel soignant". Ce personnel soignant est par ailleurs fortement exposé, "pas seulement dans les salles COVID", précise le Dr Goffard, "mais également au travers de leurs consultations, de leur pratique dans les salles non-COVID où peuvent parfois arriver des patients non porteurs du virus."

"Ce que nous demandons, c’est que l’on vaccine en même temps les soignants et les maisons de repos… Et qu’on puisse être vaccinés de façon égale. Au lieu d’avoir une finalité de vaccination fin février dans les MRS, décaler de plusieurs semaines, permettrait aux soignants d’être dès à présent vaccinés", plaide Elie Cogan. Jean-Christophe Goffard résume : "L’ordre des priorités doit être les personnes à risque, fortement exposées, dont le personnel soignant fait partie."

La lettre ouverte ne concerne pas que des médecins, mais toutes les professions en contact avec les patients (médecins, aides-soignantes, infirmières, kinés, …). Si les stocks de vaccins ne s’avéraient pas suffisants, cette lettre ouverte pourrait faire réfléchir la taskforce vaccination et l’amener, qui sait, à revoir sa stratégie. Mais cette stratégie a déjà été bien pensée et réfléchie, et on voit mal la taskforce changer soudain d’orientation.

 

Consultez la lettre ouverte adressée au ministre de la santé

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La réponse d'Yves Van Laethem, porte-parole interfédéral Covid-19

Lors de la traditionnelle conférence du centre de crise, Yves Van Laethem, porte parole interfédéral Covid-19 a répondu au personnel soignant.

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