Ralentissement dans la vaccination anti-covid du personnel soignant : les autorités belges impuissantes face aux retards de livraisons

Les autorités belges subissent les retards des firmes pharmaceutiques et s’avouent impuissantes. C’est l’aveu du ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke devant notre caméra suite aux retards de Pfizer mais aussi de Moderna dans les livraisons de vaccins aux hôpitaux.

Une partie du personnel soignant de certains hôpitaux du pays qui devait se faire vacciner ce lundi contre le Covid-19 ne le sera finalement pas tout de suite. Certains rendez-vous ont été reportés par précaution. En cause : toutes les doses de vaccins n’ont pas été livrées. Le planning de vaccination est donc adapté. On ne parle pas de "pénurie" mais plutôt d’un ralentissement, une conséquence des retards de livraisons de Pfizer mais aussi, et c’est nouveau, un retard de la société Moderna.

Le constat n’est pas généralisé dans tous les hôpitaux de Belgique mais certains n’ont pas reçu les doses en suffisance. C’est le cas à Bruxelles, au CHU Saint-Pierre, aux Cliniques universitaires Saint-Luc, dans les Hôpitaux Iris Sud et au Chirec. Les plannings ont dû être adaptés. Des rendez-vous prévus lundi pour le personnel soignant ont été reportés.


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Selon le cabinet du ministre de la Santé bruxellois Alain Maron, c’est une diminution des fournitures de Pfizer qui ralentit les plans de vaccination la semaine prochaine. "La région bruxelloise n’a reçu que la moitié des doses prévues par Pfizer", confirme la Cocom, la Commission communautaire commune de Bruxelles-Capitale qui s’occupe de la distribution des vaccins dans la capitale.

Du retard aussi chez Moderna

Elle explique que la distribution des doses entre les hôpitaux accuse un retard de 5 ou 6 jours également chez Moderna. Les vaccinations du début de la semaine prochaine sont donc reportées dans les hôpitaux. "On espère qu’au début de la semaine prochaine, on aura un planning sur les semaines du 8 et du 15 février", déclare Inge Neven, coordinatrice de crise Covid pour la Cocom.

Pas de livraison avant le 15 février, date limite pour la 2e dose

Au Chirec par exemple, il était prévu de vacciner 6000 personnes en une semaine et de mettre le turbo pour que le personnel soit protégé alors que la 3e vague se profile. À l’heure actuelle, 750 travailleurs ont reçu la première dose Pfizer et il est prévu que 250 personnes la reçoivent mercredi prochain. Ensuite, la vaccination s’arrêtera jusqu’au 15 février car le Chirec ne recevra pas de livraison avant cette date. Il est donc primordial que l'hôpital reçoive cette livraison si elle veut pouvoir administrer la 2e dose.

Ce n’est pas très transparent et compréhensible

"Les premiers vaccinés doivent recevoir la 2e dose entre le 16 et le 22 février, déplore Philippe El Haddad, directeur général au Chirec. On ose espérer les recevoir à temps." Et de continuer sur le flou des calendriers de livraison. "Ce n’est pas tout à fait clair pour tout le monde, ce que l’on reçoit, quand le reçoit, pourquoi certains reçoivent plus que d’autres… on suit comme on peut, avec des changements de dernière minute mais ce n’est pas très transparent et compréhensible."

Le directeur regrette la stratégie des sociétés pharmaceutiques. "Je ne comprends pas très bien ce jeu et je le déplore car il y a des vies derrière. Ça va mettre le personnel soignant en difficulté à l’aube d’une 3e vague."

On devrait avoir la confirmation samedi au plus tard

La Cocom détaille : "On travaille toujours semaine par semaine, explique Inge Neven. On va voir si on peut faire quelque chose pour la semaine du 8 mais honnêtement, je ne pense pas. Ce sera plutôt pour la semaine du 15 février. Ça dépend des livraisons. On devrait avoir la confirmation samedi (ndlr : 30 janvier) au plus tard."

Une réorganisation de la planification

Du côté de la Région wallonne, la cellule consacrée à la Covid-19 explique ce ralentissement. La première semaine, les vaccins se sont déroulés comme prévu. Cette semaine, la moitié seulement a été administrée à cause de l’annonce de retards de livraison chez Pfizer. Quant à la semaine prochaine, les doses sont réparties en alternance entre les hôpitaux "hub" qui sont des gros centres de vaccination et les non-hub qui sont des plus petites structures. Conséquences : les gros centres ne recevront pas toutes les doses prévues.

En province de Liège aussi, un ralentissement est constaté. Au Centre hospitalier du bois l’abbaye de Seraing, 250 travailleurs ont été vaccinés dans les services d’urgence, de réanimation, de soins intensifs covid et en gériatrie sur un total de 1600 personnes. Il s’agit là du vaccin Moderna. Une livraison a été annulée la semaine passée mais sera livrée début de semaine prochaine. On ne parle donc pas de rupture de stock mais d’un petit retard qui pousse l’hôpital à réorganiser d’autres séances de vaccination. Le centre hospitalier précise : "Dès réception d’une prochaine livraison, la vaccination pourra redémarrer dans les plus brefs délais."

Au CHC, 900 membres du personnel soignants ont été vaccinés dans les services de soins intensifs et urgences Covid. Au CHU, seulement 25% du personnel de première ligne est vacciné soit 1250 personnes sur les 6000 prévues.

La pénurie ne semble pas toucher tous les hôpitaux du pays. Le pôle hospitalier Jolimont dans le Hainaut et le Brabant wallon n’a quant à lui accusé aucune modification de son plan de vaccination. On ne peut donc pas parler de pénurie mais plutôt de ralentissement dans la planification.

Les autorités belges impuissantes face à ces retards

"C’est le rythme des livraisons qui impose le rythme de vaccination, réagit Frank Vandenbroucke. Le problème, on le sait, est qu’il faut revoir cette stratégie de façon continue parce qu’il y a de façon permanente des changements dans le rythme de livraison. C’est frustrant, c’est difficile mais je crois que tout le monde fait ce qu’il peut." Et pour les hôpitaux, cela veut dire une est une gestion de la vaccination au jour le jour.

Extrait du JT du 28/01/2021

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