Vaccin anti-coronavirus : le Conseil supérieur de la Santé déconseille le vaccin d’AstraZeneca pour les plus de 55 ans

Faut-il recommander le vaccin d’AstraZeneca pour les personnes au-delà de 55 ans ? En Belgique, la taskforce vaccination a sollicité l’avis du Conseil supérieur de la Santé à ce propos. En effet, l’Agence européenne des Médicaments n’a, elle, pas émis de restriction à ce sujet, tout en reconnaissant que les données d’études étaient peu nombreuses. Libre aux Etats de prendre des dispositions plus strictes. C’est la position adoptée par la Belgique : d’après nos informations, le Conseil supérieur de la santé déconseille le vaccin d’AstraZeneca pour les personnes les plus vulnérables.

Il faut travailler sur base de ce qui est sûr

Une décision confirmée par le ministre fédéral de la Santé, Frank Vandenbroucke (sp.a), sur le plateau du 19h30 de la Une ce mardi soir. "Nous manquons de données, expliquait-il. Il faut travailler sur base de ce qui est sûr." Toutefois, il rappelle que cette décision est provisoire. Mais pour le moment, le vaccin d’AstraZeneca est donc réservé aux personnes de moins de 55 ans.

En Allemagne et en Italie, l’agence du médicament a recommandé des alternatives pour ces populations moins jeunes. L’autorité vaccinale allemande a conseillé de ne pas autoriser le vaccin d’AstraZeneca pour les personnes âgées de 65 ans et plus, tout comme l’autorité française.

Si possible, l’ARN messager pour les personnes au système immunitaire affaibli

En chez nous ? Le professeur émérite en immunologie de l’ULB, Michel Goldman, fait le point sur les arguments scientifiques qui doivent guider la réflexion. Pour lui, les choix de vaccins pour les seniors devraient être opérés en fonction des éléments suivants :

- Les deux types de vaccins (ARN messager comme Pfizer/BioNtech, Moderna et Curevac ou vecteur viral comme AstraZeneca) se sont révélés d’un même niveau de sûreté. Nous n’avons aucune raison de penser que le risque théorique d’effets indésirables à long terme soit différent entre les deux types de vaccins. Ils feront l’objet d’une surveillance attentive par un système de pharmacovigilance bien établi.

- Les vaccins à ARN messager semblent aujourd’hui les plus puissants. Leur activité à vrai dire extraordinaire semble bien se confirmer en situation réelle au vu des premières données qui nous viennent d’Israël.

Ceci ne signifie absolument pas que les vaccins à vecteur viral ne soient pas efficaces. Leur efficacité est très probablement supérieure à celle des vaccins contre la grippe saisonnière.

- Dans la mesure où ils sont disponibles, il est préférable d’administrer les vaccins les plus puissants - c’est-à-dire les vaccins à ARN messager – aux personnes dont le système immunitaire est affaibli, en raison d’une maladie dont elles souffrent, de traitements qu’elles reçoivent, ou de leur âge.

- Il est indispensable de vacciner le maximum de personnes le plus rapidement possible pour faire barrière au virus. C’est essentiel pour compléter puis lever progressivement les mesures de distanciation sociale qui pèsent tellement sur toute la population… C’est aussi de cette manière que l’on réduira les risques liés à l’arrivée de nouveaux variants plus résistants aux anticorps.

Aura-t-on vraiment le choix ?

"Probablement non", estime Michel Goldman. "L’ensemble des pays de l’Union Européenne dont la Belgique sont aujourd’hui à la traîne non seulement par rapport à Israël et aux Emirats arabes, mais aussi par rapport au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Or le temps presse. Nous serons donc vraisemblablement contraints d’adapter nos choix en fonction des vaccins dont nous disposons. Ceci dit, compte tenu des données disponibles, ceci n’est pas trop préoccupant car les deux types de vaccin sont sûrs et d’une efficacité indubitable."

La direction d’AstraZeneca défend son vaccin

Interrogé lors d’une conférence de presse virtuelle vendredi dernier, Pascal Soriot, le PDG d’AstraZeneca, faisait le point sur la question du vaccin et des aînés : "Les données que nous avons du niveau d’anticorps chez les patients âgés sont les mêmes que chez les patients plus jeunes. Notre opinion, c’est que le vaccin doit marcher chez les gens plus âgés, mais on a pour le moment un nombre de cas recrutés qui est limité. Très bientôt, on va avoir les résultats d’études américaines qui nous apporteront des données supplémentaires, mais il n’y a pas de raison aujourd’hui de penser que le vaccin n’est pas efficace chez les gens plus âgés. Le débat, il n’est pas sur l’efficacité elle-même, il est plutôt sur le fait qu’on n’a pas encore suffisamment de cas pour être absolument certains du résultat".

En Belgique, la décision de consacrer le vaccin d’AstraZeneca aux plus de 55 ans pourrait bousculer l’ordre de priorité. De quoi faire passer les jeunes devant, comme demandé par certains ? "C’est plus compliqué, estime Frank Vandenbroucke. Pour aider les jeunes, il faut d’abord vacciner les plus vulnérables." En effet, les jeunes risquent moins d’être hospitalisés. Mais le ministre reconnaît que la stratégie de vaccination sera revue. Les autorités devraient statuer sur la question en fin de semaine, après discussion entre les différents ministres de la Santé.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK