Une seule dose de vaccin si vous avez déjà été infecté par le COVID-19 ?

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© AFP – ANWAR AMRO

C’est la proposition faite, vendredi, par la très sérieuse Haute autorité de santé française (HAS). Dans cet avis publié ce vendredi 12 février, la HAS affine un premier avis rendu fin décembre concernant la vaccination des personnes ayant contracté le coronavirus. La HAS recommande d’attendre "minimum trois mois" et "de se rapprocher des six mois" après la fin des symptômes pour vacciner une personne ayant contracté le COVID-19. Dans ce cas-là, il ne faudrait utiliser qu’une seule dose.

Cette recommandation s’appuie sur l’évolution "constante" des connaissances immunologiques ainsi que des "éléments de connaissance sur la production d’anticorps neutralisants et sur la réponse face à une nouvelle infection" et des travaux réalisés par la SPILF, la Société de pathologie infectieuse de langue française.

"Dix fois plus d’anticorps"

Ainsi, nous explique Michel Goldman, immunologiste et professeur émérite à l’Université libre de Bruxelles, deux études américaines, sur lesquelles se basent les Français, montrent que "lorsqu’on a fait le COVID et qu’on est vacciné, à la suite d’une première dose, on fabrique déjà dix fois plus d’anticorps que si l’on a reçu deux doses de vaccin sans avoir contracté le COVID. Par ailleurs, il y a quelques indications qui montrent que lorsqu’on donne quand même une 2e dose à ceux qui ont fait le COVID, certaines réactions immédiates (inflation locale, la fièvre) pourraient être plus importantes."

Comme l’écrit la Haute autorité de santé française, "les personnes ayant eu une infection par le SARS-CoV-2, confirmée par un test RT-PCR ou antigénique, qu’elles aient ou non développé une forme symptomatique de la Covid-19, doivent être considérées comme protégées pendant au moins 3 mois par l’immunité post-infectieuse. Mais les données actuelles ne permettent pas pour le moment de statuer sur la réponse immunitaire au-delà de 6 mois. " La HAS ajoute : " A ce stade des connaissances, les personnes ayant déjà été infectées conservent une mémoire immunitaire. Cela conduit la HAS à ne proposer qu’une seule dose aux personnes ayant été infectées par le SARS-CoV-2, quelle que soit l’ancienneté de l’infection. La dose unique de vaccin jouera ainsi un rôle de rappel."

"Notre seule marge de manœuvre"

Pour Michel Goldman, cette possibilité de n’administrer qu’une seule dose est une véritable avancée : "Le fait d’épargner cette deuxième dose chez ceux qui n’en ont pas besoin dans l’immédiat va permettre de vacciner plus de personnes qui attendent impatiemment d’être vaccinés. […] Cette mesure pourrait permettre d’accélérer le relâchement des contraintes les plus pénibles, en accélérant la vaccination de celles et ceux qui veulent être vaccinés." Plus globalement, l’expert pointe une autre problématique : "Aujourd’hui, nous sommes complètement dépendants des fabricants de vaccins. La seule marge de manœuvre que nous avons, c’est d’optimiser l’utilisation des doses disponibles. N’administrer qu’une seule dose à ceux qui ont déjà fait le COVID, fait partie de ce que nous pouvons faire pour optimiser cette distribution de vaccins. Nous sommes dans une situation de tension extrême vis-à-vis de toutes ces mesures qui nous pèsent. Je pense qu’il faut faire preuve d’imagination, de créativité, mais en se basant sur la science. Et la science nous apprend aujourd’hui qu’on peut raisonnablement penser qu’une seule dose va suffire à protéger ceux qui ont déjà fait la maladie, en tout cas pendant plusieurs mois."

Et la Belgique ?

On estime que 15% à 20% de la population belge ont contracté le COVID. C’est significatif. Chez nous, la députée fédérale Catherine Fonck a déjà appelé à adapter notre stratégie de vaccination pour les personnes ayant déjà contracté le COVID.

Va-t-on suivre la recommandation française ? La task force vaccination s’y intéresse en tout cas, depuis une semaine. Le conseil supérieur de la Santé va se réunir, avec espoir d’une prise de position à la fin de la semaine prochaine, selon Yves Laethem. Cette possibilité de n’administrer qu’une seule dose ne va pas sans poser certaines questions. Pour Yves Van Laethem, le porte-parole interfédéral de la lutte contre le COVID-19, "cela demande un peu plus d’organisation. Il faut avoir la preuve que la personne est bien positive, soit par un test, soit par une sérologie. D’autre part, il y a la discussion de la protection induite par l’immunité contre la souche qui a frappé la population en 2020, et celle qu’on pourrait avoir contre les nouveaux variants. On sait que ces variants deviennent plus fréquents. On craint entre autres un manque de protection vis-à-vis le variant sud-africain. Qui même s’il ne fait que 5% actuellement des cas chez nous, pourrait croître au cours du temps."

Rendez-vous donc à la fin de la semaine prochaine pour connaître le point de vue des scientifiques belges qui conseillent nos autorités.

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