Un patient Covid sur trois a des troubles psy ou neurologiques dans les 6 mois, selon une étude du Lancet

Le Covid-19 est décidément une maladie aux dommages collatéraux innombrables. Sans parler de l’impact des mesures de restriction sur les systèmes économiques et sociaux et sur le bien-être psychologique des populations, quelles sont les répercussions psychiatriques et neurologiques de la maladie elle-même sur les personnes contaminées par le SARS-CoV-2 ? 

Une vaste étude de l’Université d’Oxford parue dans The Lancet Psychiatry a examiné de façon rétrospective les données des dossiers de santé électronique d'importantes cohortes de patients, principalement aux Etats-Unis. Ils ont pu étudier dans quelle mesure 236.379 patients diagnostiqués avec le Covid-19 ont eu, dans les 6 mois, un diagnostic neurologique ou psychiatrique.

Ils ont comparé ces groupes de patients Covid avec deux cohortes témoin : l’une avec un groupe de patients ayant eu un diagnostic de la grippe, et l’autre, de patients diagnostiqués avec des infections des voies respiratoires, de façon générale (mais non-Covid, pour ces deux groupes témoins). Et le résultat est frappant : 33,62% des patients de la cohorte "Covid" ont eu un diagnostic psy ou neurologique dans les 6 mois après leur maladie. Une incidence plus fréquente que dans les groupes témoins.

Un auteur belge à Oxford

Nous avons contacté Maxime Taquet, le premier auteur de cette étude. Ce Belge a entrepris la médecine à Oxford, après avoir fait des études d’ingénieur civil à l’UCLouvain : "Une personne sur trois a dans les 6 mois qui suivent un diagnostic en psychiatrie ou en neurologie. Ça comprend à la fois de nouveaux diagnostics ou des diagnostics récurrents, par exemple des personnes qui avaient eu un épisode dépressif dans le passé, et qui pourraient avoir un nouvel épisode dépressif dans les 6 mois après le Covid. Et plus la maladie et le Covid étaient sévères, plus les chances d’avoir des troubles neurologiques ou psychiatriques étaient élevées. Si on compare ça à la grippe, les chances d’avoir un trouble psychiatrique ou neurologique après le Covid étaient de 44% plus élevées qu’après avoir eu la grippe."

Psy ou neurologique ? De quoi on parle ?

L’équipe de l’Université d’Oxford a inclus 14 types de diagnostics dans ce qu’elle appelle un événement psychiatrique ou neurologique. La panoplie est vaste : il peut s’agir – et la liste ici n’est pas exhaustive – de troubles de l’humeur, d’anxiété, ou de démence, de Parkinson, d’hémorragie intracrânienne ou d’accident vasculaire cérébral.

Les troubles les plus sévères ont été observés en cas de Covid grave, comme l’explique le médecin et chercheur d’Oxford Maxime Taquet : "Les autres troubles que nous avons observés, par exemple les troubles psychotiques, qui s’apparentent par exemple à la schizophrénie, les démences, les AVC et les hémorragies cérébrales, eux, sont moins fréquents, mais restent quand même plus fréquents qu’après la grippe, mais sont par contre eux, beaucoup plus fréquents chez des personnes qui ont eu des Covid plus sévères. On passe, par exemple, pour les AVC, de 2% de chances d’avoir un AVC dans les 6 mois après le Covid si on regarde l’entièreté des patients atteints de Covid, on passe à une personne sur 11 si on regarde les patients les plus sévèrement atteints de Covid."

Les auteurs concluent que le Covid-19 est associé à un risque accru de problèmes neurologiques et psychiatriques, mais que leur incidence est plus élevée chez les patients qui ont dû être hospitalisés, et surtout lorsqu’ils ont été aux soins intensifs. Quelle leçon en tirer ? Il risque d’y avoir une augmentation de la demande en termes de diagnostic et de traitement psychiatrique et neurologique, consécutive à la pandémie. Nos systèmes de santé doivent pouvoir l’absorber.

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© The Lancet Psychiatry

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