Un hypertendu sur deux ignore sa maladie et le Covid n'a rien arrangé

Un hypertendu sur deux ignore sa maladie et le Covid n’a rien arrangé
Un hypertendu sur deux ignore sa maladie et le Covid n’a rien arrangé - © Nes - Getty Images

La crise du COVID a eu des conséquences sur les maladies chroniques. L’hypertension ne fait pas exception. Or, elle est diagnostiquée chez un adulte sur 5 en Belgique. Parmi les plus de 60 ans, on considère que 60% des Belges souffrent de l’hypertension. Les chiffres de l’INAMI montrent qu’un Belge sur 8 prend au moins un traitement contre l’hypertension artérielle.

Arrêt du traitement

Au cours de la pandémie, près de 10% des personnes souffrant de maladies chroniques comme l’hypertension ont arrêté leur traitement pendant les mois où la pandémie était à son pic. Conséquence pour leur santé : leur risque de crise cardiaque ou d’accident vasculaire cérébral a été multiplié par trois. Au CHU de Liège, le Dr Jean-Marie Krzesinski, a vu l’état de santé de ses patients se dégrader : "Nous avons annulé pas mal de consultations de la mi-mars à la mi-mai. De la télémédecine était possible, mais il fallait que les patients prennent eux-mêmes leur pression artérielle. Et beaucoup ne le faisaient pas."


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Stress et sédentarité

Par ailleurs, la période de confinement, propice au stress, a été un facteur aggravant : le stress augmente la pression artérielle, tout comme les comportements liés au manque de mobilité et de mouvement : grignotage, prise de poids, consommation d’alcool accrue, moindre activité. Le Dr Krzesinski l’a constaté sur la balance, lorsque les consultations ont repris à la mi-mai : une prise de poids, un kilo par-ci, deux kilos par-là, pour plusieurs patients. Or, ce n’est pas bon pour l’hypertension. En matière de sports, il y a eu les deux extrêmes : "D’un côté, ceux qui s’y sont mis à outrance, d’un autre, ceux qui ont abandonné". Ce qui n’est bon, ni dans un cas, ni dans l’autre.

Méfiance à l’égard des médicaments

Les personnes hypertendues ont vu leurs contrôles " de routine" supprimés pendant la période de confinement. Elles ont parfois aussi arrêté leur traitement car certains médicaments contre l’hypertension ont été suspectés d’interférer avec la maladie du COVID-19. La prise d’inhibiteurs du système rénine-angiotensine a été remise en question, car au début de l’épidémie, elle était suspectée de permettre une plus grande pénétration du virus dans les cellules. Mais ceci a été infirmé par la suite. "Même des médecins ont eu peur, alors qu’ils prenaient eux-mêmes ces médicaments. Certains ont arrêté", raconte le Dr Krzesinski. Il s’est avéré par la suite que la peur était infondée.


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Une maladie sous-estimée en temps normal

Déjà, en période de vie "normale", hors pandémie, l’hypertension est une maladie souvent silencieuse, qui est mal traitée. Le COVID-19 n’arrange rien. Philippe Delmotte, cardiologue au CHU Ambroise Paré à Mons, a coutume de dire que "la moitié des hypertendus sont conscients de leur maladie ; parmi eux, la moitié seulement se soigne, et enfin, parmi eux, la moitié seulement a le bon traitement".

Pour rappeler les patients à leur traitement, une campagne démarre sur le thème "Prends ton traitement, un point c’est tout". Pour les autres, les hypertendus qui s’ignorent, c’est le moment de ne pas négliger un facteur de risque important pour les accidents vasculaires et les infarctus.

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