Thromboses : quand AstraZeneca met un coup de projecteur inattendu sur un mal répandu

Ce jeudi 18 mars, l’Agence européenne des Médicaments (EMA) doit rendre son avis sur l’existence ou non d’un lien de causalité entre le vaccin AstraZeneca et de très rares cas de thromboses chez des personnes ayant reçu le vaccin. S’agit-il d’un effet indésirable ? Si oui, quel en serait le mécanisme ? Cet avis, très attendu en Europe, nécessite une enquête fouillée, à la fois sur le plan épidémiologique (les cas sont-ils proportionnellement plus fréquents que dans la population générale) et sur le plan individuel (quel est le passé médical des personnes vaccinées ayant signalé ces effets indésirables).

La liste des pays qui ont suspendu le vaccin AstraZeneca, le temps de l’enquête, s’est allongée ces derniers jours. La Belgique est "cernée" : Pays-Bas, France, Luxembourg, Allemagne, une douzaine de pays ont pris la décision politique de suspendre l’administration de ce vaccin. Notre pays a décidé de garder un cap basé sur des données scientifiques, estimant que les bénéfices du vaccin continuent à dépasser les risques.


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Qu’est-ce qu’une thrombose ?

Il est difficile d’avoir le détail de la trentaine de cas concernés par des phénomènes thrombotiques, sur 5 millions de personnes vaccinées en Europe. L’Agence européenne des médicaments évoque des "événements thromboemboliques", ce qui est vague. En clair, on parle ici de thromboses situées dans les veines, ou de "maladie thromboembolique veineuse". Le professeur Cédric Hermans, chef du service d’hématologie aux Cliniques universitaires Saint-Luc, décrit la thrombose comme "la formation d’un caillot sanguin". Il explique : "Vous vous coupez le doigt, il y a une petite brèche, le sang va sortir, eh bien, c’est un caillot sanguin qui va se former pour boucher cette brèche. Ça, c’est un bon caillot. Mais malheureusement, il y a parfois des caillots qui se forment à l’intérieur des veines ou à l’intérieur des artères, et ça, ce sont des mauvais caillots qui empêchent le retour du sang ou l’arrivée du sang. Et ça, on l’appelle une thrombose."

Quels sont les types de thrombose ?

Certaines thromboses sont dites "veineuses", elles se produisent dans les veines, qui ramènent le sang de la périphérie au cœur. "Classiquement, les patients développent des thromboses veineuses, des phlébites, dans les veines, principalement au niveau des jambes, dans les cuisses, et le problème de ce type de thromboses, c’est que ça peut se compliquer d’une migration – le caillot va bouger, être entraîné vers le cœur et puis dans le poumon : c’est ce qu’on appelle l’embolie pulmonaire", détaille le professeur Hermans.

Il existe un autre type de thrombose, c’est celle qui survient dans les artères : "Au niveau du cœur, c’est l’infarctus du myocarde. Au niveau du cerveau, c’est ce qu’on appelle l’accident vasculaire cérébral", précise l’hématologue.

De quelles thromboses parle-t-on ?

En particulier, les investigations portent sur des cas de thromboses veineuses cérébrales (en abrégé TVC). En Allemagne, 7 cas de ce type (pour 1,7 million de vaccinés par AstraZeneca) ont été recensés. C’est la raison pour laquelle les autorités allemandes ont suspendu l’utilisation du vaccin, par précaution. L’institut Paul-Ehrlich, à savoir l’Institut fédéral allemand des vaccins et de la biomédecine, et qui dépend du ministère fédéral de la Santé, explique qu’une "forme spécifique de thrombose veineuse cérébrale sévère associée à une déficience plaquettaire et des saignements a été identifiée dans 7 cas (au 15 mars 2021) en association temporelle avec la vaccination Covid-19 AstraZeneca." Par "déficience plaquettaire", il faut comprendre une chute importante des plaquettes sanguines, appelée scientifiquement "thrombocytopénie". L’institut précise que c’est une maladie très grave et difficile à traiter. Trois personnes sont décédées sur les 7 personnes touchées.

Pour l’hématologue Cédric Hermans, ce sont des situations assez rares : "Le sang, pour quitter le cerveau, va transiter par des veines, qu’on appelle essentiellement les sinus veineux cérébraux et on a documenté chez plusieurs patients en Allemagne, des thromboses, la présence de caillots dans ces veines qui drainent le sang du cerveau. Ce n’est pas quelque chose de très fréquent, les thromboses veineuses cérébrales. Ce n’est quand même pas le premier type de thrombose qu’on rencontre. On estime que par million d’habitants suivis pendant un an, on a plus ou moins entre 10 et 20 cas de thromboses veineuses cérébrales. Et ça survient surtout chez des jeunes femmes – et c’est celles que moi je vois. C’est souvent favorisé par la prise de traitement contraceptif ou alors la grossesse ou le post-partum."

Pourquoi l’Allemagne a suspendu la vaccination ?

L’enquête a été ouverte aussi parce que les personnes touchées étaient jeunes, entre 20 et 50 ans. Il s’agissait dans 6 cas sur 7 de femmes, ayant une forme particulière de thrombose veineuse cérébrale, appelée "thrombose veineuse sinusale". Tous les cas sont survenus entre 4 et 16 jours après la vaccination. L’institut estime que ce nombre de cas est "significativement plus élevé que le nombre de thromboses veineuses cérébrales qui surviennent normalement dans la population non vaccinée. D’après lui, dans une population non vaccinée, et dans une fenêtre de 14 jours, on aurait attendu 1 cas environ et non 7 sur 1,6 million de personnes.

C’est sur cette base que l’Institut Paul-Ehrlich a recommandé aux autorités allemandes que la vaccination avec le vaccin AstraZeneca contre le Covid-19 soit suspendue par mesure de précaution, afin de poursuivre l’analyse des cas. D’autres pays ont pris la même décision, dont la France, dans la foulée. Tous attendent maintenant l’investigation du comité d’évaluation des risques en matière de pharmacovigilance (PRAC) de l’Agence européenne des Médicaments. Le 16 mars, la position de l’Agence était que "les avantages du vaccin Covid-19 d’AstraZeneca continuent de l’emporter sur les risques "- après qu’une douzaine d’États membres ont suspendu son utilisation dans les programmes nationaux de vaccination en raison de problèmes de caillots sanguins. Une position qui est aussi celle de l’Organisation mondiale de la Santé : l’OMS continue à recommander "pour le moment" la vaccination avec le sérum anti-Covid d’AstraZeneca, estimant que "la balance risques-bénéfices penche en faveur du vaccin AstraZeneca".

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