Sérologie ou zéro logique ? Malgré un contrat, l'Etat n'a toujours pas commandé les tests de Zentech

 Sérologie ou zéro logique ? L'Etat n'a toujours pas commandé les tests de Zentech
Sérologie ou zéro logique ? L'Etat n'a toujours pas commandé les tests de Zentech - © ERIC LALMAND - BELGA

Le 19 avril, la société liégeoise Zentech recevait un contrat-cadre signé de l’Etat fédéral en vue de lui livrer 3,65 millions de tests sérologiques pour détecter le SARS-COV-2, dans le cadre de la lutte contre le COVID-19. Le contrat contenait un échéancier de livraison indicatif : début mai, une première commande ferme de 75.000 tests devait être passée. Le prépaiement était exigé à chaque commande. Nous sommes un mois et demi plus tard, et toujours rien.


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Enthousiasme wallon

Vendredi dernier, la firme de Biotech recevait la visite enthousiaste du ministre-président de la Région wallonne, Elio Di Rupo, ainsi que de la ministre wallonne de la Santé. Elle leur présentait un lecteur de tests sérologiques rapide. La production de tests a démarré le 16 avril dernier. L’INAMI a précisé récemment les conditions de remboursement : les tests sérologiques sont remboursés pour les personnes qui font partie des "groupes cibles", notamment les personnes qui présentent plusieurs symptômes liés au Covid-19. Pour les autres, cela coûtera 9,60 euros.

Un "consensus", et puis plus…

L’Agence Fédérale des Médicaments et des Produits de santé (AFMPS) ne passe pas commande, tant qu’elle ne sait pas où ces tests seront envoyés, à quoi et comment ils serviront.

Mais en clair, quelle est la stratégie ? Samedi dernier, un comité interministériel de la Santé a abouti à un consensus entre tous les ministres de la Santé, et la Première ministre, Sophie Wilmès : le patient ferait l’objet d’un premier test PCR pour détecter la présence du virus ; en cas de test positif, il serait mis en quatorzaine, et on referait un nouveau test PCR, accompagné d’un test sérologique, pour mesurer la réponse immunitaire du patient.

Ce "consensus" a été suivi de dizaine de mails d’instances diverses, le remettant en cause, en ce qui concerne le test sérologique. Tout le monde est intervenu, et finalement, le consensus n’a plus semblé valide. En particulier, l’organisation flamande de médecins généralistes "Domus Medica" a publié un communiqué de presse estimant ce triple test "insensé" et parlant d’un "gaspillage d’argent public". Pour cet organisme, un seul test PCR suffit et l’ajout d’un test sérologique est "incompréhensible".

Qu’est-il advenu après cela du consensus politique ? Aujourd’hui, les principaux acteurs et experts se demandent qui pilote le navire, qui décide, et quelle est la décision. Du côté wallon, au cabinet de la ministre de la Santé, Christie Morreale, ce consensus est considéré comme toujours d’actualité.

Thomas Orban, président du Collège de médecine générale francophone, ne cache pas son agacement : "Si vous me demandez si j’en ai ras le bol, oui. Si vous me demandez si je me suis énervé, oui." Strates multiples, dilution des responsabilités : l’homme n’en peut plus de ces réunions interminables qui, quand elles mènent à des décisions, ne sont finalement pas suivies.

Pendant ce temps, les commandes des pays étrangers arrivent… et sont bel et bien prépayées, par des pays étrangers : la République Démocratique du Congo, notamment, la Roumanie, et maintenant l’Italie. Zentech vend, mais s’inquiète de devoir mobiliser un million de tests en stock pour l’Etat fédéral, qui tergiverse.

Expédition en Italie

L’équipe du professeur Gala, de l’UCLouvain, embarque 25.000 tests de Zentech pour une expérience de laboratoire mobile en drive-in, dans le Piémont, en partenariat avec l’Agence spatiale européenne. Il s’agit de tester médecins, personnel infirmier, volontaires, police, protection civile. Un laboratoire mobile baptisé B-Life, développé par Jean-Luc Gala, responsable de la plateforme de technologies moléculaires appliquées de l’UCLouvain et déjà utilisé avec succès en Guinée en 2014-2015 pour lutter contre le virus Ebola.

Utiles en Italie, les tests sérologiques de Zentech se font donc toujours attendre en Belgique. De deux choses l’une : soit, leur fiabilité est remise en cause, et on se demande alors pourquoi l’Etat aurait signé un contrat avec la firme liégeoise ; soit, ils sont efficaces – l’UCLouvain leur fait bien confiance – et le micmac belge enlise les prises de décision. Au gré de nos contacts, la deuxième hypothèse paraît la plus solide.

Un test sérologique plus efficace ? (JT du 05/06/2020)

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