Sanofi distribuerait son vaccin contre le coronavirus d’abord aux Etats-Unis : ce que l'on sait de cette polémique

Le géant pharmaceutique français Sanofi a provoqué l’indignation en Europe en annonçant qu’il distribuerait en priorité aux Etats-Unis un éventuel vaccin, car les autorités américaines ont investi financièrement pour soutenir ses recherches.

De quel vaccin s’agit-il ?

Sanofi est une entreprise française, mais dont les actionnaires du groupe sont, à plus de 60%, des investisseurs étrangers.


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Le groupe pharmaceutique travaille actuellement sur deux programmes de développement d’un vaccin contre le Covid-19, dont l’un en partenariat avec le britannique GSK, GlaxoSmithKline, en partie implanté en Belgique. Ce programme bénéficie du soutien financier du département américain de la Santé.

Du côté de GSK, nous n’avons pas de contrat pour accéder en priorité au marché américain ou accepter des précommandes américaines.

GSK Belgique, contacté par nos soins, nous précise la nature de la collaboration avec Sanofi. "Sanofi apporte l’antigène et nous fournissons l’adjuvant, qui doit permettre une meilleure réaction de protection et une utilisation moins importante de l’antigène. Et ensemble, nous travaillons sur le développement clinique", explique sa porte-parole Elisabeth Van Damme. 

Par contre, GSK Belgique ne préfère pas commenter les propos polémiques du patron de Sanofi et s’en tient à sa position de départ : "Notre intention est de permettre un accès équitable, le plus large et le plus rapide possible à un vaccin contre le Covid-19 dans le monde, sans privilégier qui que ce soit." La porte-parole nous précise également que du côté de GSK, "nous n’avons pas de contrat pour accéder en priorité au marché américain ou accepter des précommandes américaines".


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Les bâtiments de la société pharmaceutique GSK Vaccines à Wavre. © BELGA – 5 février 2020

Pourquoi les Etats-Unis seraient-ils livrés en premier ?

Dans une interview publiée mercredi par l’agence Bloomberg, Paul Hudson, directeur général de Sanofi, a déclaré que les Etats-Unis seraient prioritaires dans la fourniture d’un éventuel vaccin. "Le gouvernement américain", a dit le patron de Sanofi, "a le droit de prendre les plus grandes précommandes car il s’est investi dans la prise de risque" lié à la recherche et au développement de ce vaccin.

Le gouvernement américain […] a le droit de prendre les plus grandes précommandes car il s’est investi dans la prise de risque.

Cette avance pourrait être de quelques jours ou quelques semaines, a également déclaré Paul Hudson. Et, seulement ensuite, le vaccin serait distribué dans les autres pays dont l’Europe.

Le responsable de Sanofi a souligné que les Etats-Unis avaient déjà promis plusieurs centaines de millions d’euros, en plus de faciliter les démarches réglementaires pour permettre les recherches.

L’Europe à la traîne ?

"Les Américains sont efficaces en cette période. Il faut que l’UE soit aussi efficace en nous aidant à mettre à disposition très vite ce vaccin", a affirmé de son côté M. Bogillot, le président de Sanofi France.

Olivier Bogillot a aussi déclaré que théoriquement, "l’objectif, c’est que le vaccin soit disponible à la fois aux USA en France et en Europe de la même manière". 

Sanofi en est au stade de "pourparlers" avec les autorités européennes ainsi que des pays comme la France et l’Allemagne. Olivier Véran, ministre français de la Santé, à ce titre, expliqué être en train de travailler à une "alliance" avec d’autres pays européens pour faciliter le développement d’un vaccin.

Mais certaines voix dénoncent le manque de proactivité européenne. C'est notamment le cas du président du Medef en France, Geoffroy Roux de Bézieux, sur BFM Business. "Les Etats-Unis ont une agence du médicament qui a mis 30 millions de dollars dans l’affaire. L’Europe n’a pas d’agence du médicament, et ça renvoie à un débat […] sur la capacité de l’Europe à agir collectivement", a-t-il ajouté.

L’Europe n’a pas d’agence du médicament, et ça renvoie à un débat […] sur la capacité de l’Europe à agir collectivement.

D’après un document consulté par Reuters, la Commission européenne réfléchit à mobiliser un fonds d’urgence de 2,4 milliards d’euros pour renforcer la capacité des laboratoires pharmaceutiques en Europe afin d’éviter que le bloc ne se retrouve démuni lorsqu’un vaccin contre le coronavirus aura été trouvé.

Le 4 mai, Bruxelles avait organisé un téléthon mondial pour financer la recherche et le développement d’un vaccin contre le nouveau coronavirus qui a permis de rassembler 7,4 milliards d’euros de contributions. Les Etats-Unis n’avaient pas participé à ce téléthon. "Nous gardons la porte ouverte à l’administration américaine pour participer à cet effort mondial", a déclaré jeudi le porte-parole en chef de la Commission, Eric Mamer.

Le vaccin : "un bien d’utilité publique", voire gratuit ?

Suite aux propos du patron de Sanofi, l’ONG Oxfam a dénoncé des informations "tout simplement scandaleuses" et critiqué "les motivations financières et la recherche de profits".

Emmanuel Macron lui a appelé à ce que ce vaccin soit "extrait des lois du marché". Le porte-parole de la Commission européenne Stefan de Keersmaecker a affirmé que "le vaccin contre le Covid-19 doit être un bien d’utilité publique et son accès doit être équitable et universel".

Dans une lettre ouverte publiée en ligne, plus de 140 personnalités ont également demandé ce jeudi que les futurs vaccins et traitements contre le coronavirus soient fournis "gratuitement à tous".


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Un vaccin, oui, mais disponible quand ?

Le responsable de Sanofi a confirmé qu’il tablait toujours sur un vaccin prêt d’ici à 18 à 24 mois, soulignant à quel point un tel calendrier était rapide par rapport à la normale. En temps normal, "développer un vaccin, ça prend dix ans", "on essaie d’accélérer toutes les phases".

L’autorité européenne du secteur, l’Agence européenne des médicaments a, elle, évoqué jeudi un possible vaccin d’ici un an, mais prévenu qu’il s’agissait du scénario le plus optimiste dans la course aux vaccins.


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