Quel traitement pour le Coronavirus ?

On parle beaucoup de la maladie, mais en réalité, très peu du traitement du Covid-19. Mis à part dans les cercles médicaux spécialisés, le grand public dispose d’une faible quantité d’informations sur la manière dont les hôpitaux belges soignent les patients. Cet article a pour objectif de partager et de vulgariser les bonnes pratiques recommandées à ce jour.

Il se base sur les toutes récentes recommandations cliniques rédigées par une "task force" belge réunissant des spécialistes de l’Hôpital universitaire d’Anvers, du CHU Saint-Pierre, et de l’Institut de médecine tropicale d’Anvers. Les Docteurs Sabrina Van Ierssel (UZA), Nicolas Dauby (CHU Saint-Pierre) et Emmanuel Bottieau (IMT Anvers) ont compilé les observations cliniques disponibles à ce jour et formulé des lignes directrices.

La situation de l’épidémie évoluant très vite, la durée de vie de ces recommandations sera variable. Elles ont été formulées en date du 13 mars 2020 et seront certainement mises à jour très régulièrement.

Quelques rappels

Le Covid-19 est une maladie virale sans gravité pour la majorité des patients (80%). Mais elle peut provoquer des pneumonies sévères pour les personnes âgées et les individus qui présentent des facteurs de risque et des maladies sous-jacentes. Selon les statistiques, environ 20% des patients infectés doivent être hospitalisés, parmi lesquels 5% sont admis aux soins intensifs. Au beau milieu de l’épidémie à Wuhan, le taux de mortalité des patients hospitalisés a atteint 25%.

Antiviraux: à l’hôpital seulement

A l’heure actuelle, seuls les hôpitaux administrent des antiviraux aux patients. Il est formellement déconseillé aux généralistes de le faire, et ce, pour deux raisons. Tout d’abord, parce qu’un monitoring à l’hôpital permet de mieux évaluer les effets secondaires potentiels de ces antiviraux, tels que troubles du rythme ou toxicité cardiaque. Ensuite, parce que se pose le problème de la disponibilité des médicaments. Ces antiviraux ne sont pas disponibles en quantité suffisante pour les prescrire à des patients qui n’en ont pas un besoin impérieux.

En cas de suspicion de COVID-19, si le patient hospitalisé n’a pas de difficultés à respirer, et qu’il n’est pas dans un groupe à risque, les auteurs des recommandations préconisent de ne pas administrer d’antiviral. La définition d’un groupe à risque englobe les diabétiques, les patients atteints d’hypertension, de maladie cardio-vasculaire ou de maladie pulmonaire Un traitement symptomatique suffit, à l’aide de médicaments contre la fièvre, tels que le Paracétamol. L’utilisation d’anti-inflammatoires est sujette à caution.

L’hydroxychloroquine préconisée

Si le patient hospitalisé est testé positif (il est infecté par le COVID-19), mais que ses difficultés respiratoires sont modérées, les spécialistes recommandent d’administrer de l’hydroxychloroquine. Ce médicament est disponible et commercialisé en Belgique sous le nom de Plaquenil. Il est destiné initialement au traitement des maladies inflammatoires comme le lupus érythémateux et la polyarthrite rhumatoïde.

Les médecins disposent d’une période de recul de 40 ans de traitement avec cette molécule pour ce type de maladies, mais n'ont pas de recul suffisant pour ce qui concerne le traitement du COVID-19 sous Plaquenil. Ils viennent en effet d’entamer son administration aux malades. En revanche, un article scientifique récent suggère que l’hydroxychloroquine est plus efficace "in vitro" sur des cultures cellules qu’un autre médicament, la chloroquine.


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La chloroquine, justement, n’est plus commercialisée en Belgique. Elle était jadis utilisée pour la malaria. En revanche, elle est plus toxique que l’hydroxichloroquine. Au contraire des praticiens chinois qui recommandent l’usage de la chloroquine pour tous les cas de COVID-19, les Belges préconisent l’hydroxychloroquine, et uniquement pour les patients à risque ou en difficultés respiratoires modérées. En second choix, les médecins suggèrent le lopinavir ou le ritonavir, lorsque l'hydroxychloroquine est contre-indiquée pour le patient. Mais ces molécules n'ont pas démontré de façon convaincante leur efficacité clinique. 

Le Remdesivir pour les cas critiques

Lorsque le patient est dans un état critique, les spécialistes belges recommandent l’usage d’un autre antiviral : le Remdesivir. Ce médicament a été au départ développé pour contrer le virus Ebola. La molécule va agir sur le moyen de réplication du virus, sur l’enzyme qui permet au virus de se diviser. De nombreux travaux sur des cellules en culture montrent l’efficacité du Remdesivir sur l’agent du COVID-19. D’autres recherches sur d’autres types de coronavirus (comme le MERS, le coronavirus du syndrome respiratoire au Moyen-Orient, découvert en 2012) ont également montré une très bonne réactivité chez le primate.

Cependant, le Remdesivir n’est pas approuvé par l’Agence européenne du médicament, et donc, non plus par l’Agence belge. Il n’est pas commercialisé. Les médecins confrontés à des cas lourds de COVID-19 peuvent demander à disposer d’un accès "compassionnel" à ce médicament.