Quand la science est envoyée au tribunal : une consultante traqueuse de fraude scientifique attaquée par Didier Raoult

Elisabeth Bik est consultante en microbiologie, spécialisée dans la chasse à la fraude scientifique, et plus spécialement dans la duplication d’images. Elle s’est notamment intéressée aux publications de l’Institut Hospitalier Universitaire de Marseille (IHU Méditerrannée-Infections), l’hôpital où exerce le Professeur Didier Raoult, à propos du traitement contre le Covid-19 par hydroxychloroquine.

Elisabeth Bik a émis des critiques détaillées, tout d’abord sur son blog, à propos de la fiabilité des résultats de l’équipe et de la qualité de l’étude. Elisabeth Bik a également partagé son argumentation sur Twitter et sur le site web PubPeer, qui permet l’examen par les pairs après publication.

Cette plateforme a été créée en 2012 pour ouvrir un forum de discussion à propos d’articles scientifiques, une sorte d’évaluation par les confrères d’articles déjà parus, mais non revus. Tout le monde peut commenter, et les auteurs de l’article "critiqué" sont avertis des nouveaux posts. Le site Theconversation.com analyse les avantages et inconvénients de ce type de science ouverte et de publication en temps réel.

Depuis ses premières publications, Elisabeth Bik continue à faire part de ses doutes sur une grande quantité d’articles écrits par Didier Raoult, et son collègue Eric Chabrière. Elle a poursuivi son examen systématique des travaux des deux chercheurs et à faire part de ses inquiétudes, allant jusqu’à contacter certaines revues qui ont publié leurs études.

Irrités, Didier Raoult et son collègue français le professeur Eric Chabrière ont tout d’abord traité Elisabeth Bik de différents qualificatifs dénigrants et mis en cause sa probité scientifique.

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Dernier rebondissement, Brice Grazzini, l’avocat du Professeur Raoult poursuit Elisabeth Bik devant les tribunaux français : le 29 avril, il a déposé plainte auprès d’un procureur de Marseille, au nom de Didier Raoult et de son collègue biologiste Eric Chabrière, tous deux professeurs à l’IHU de Méditerrannée.

Ils accusent Elisabeth Bik de harcèlement moral aggravé, de tentative de chantage et de tentative d’extorsion. Sur le site de France Soir, Brice Grazzini explique que "l’IHU est devenu le lieu où les gens s’acharnent lorsqu’ils décident de s’attaquer à la représentation d’une forme de science qui n’est pas celle qui a été retenue de façon officielle, sachant que le professeur Didier Raoult représente aujourd’hui la personne à attaquer, et depuis 12 mois fait l’objet d’attaques vraiment violentes."

Le journal scientifique Nature consacre un article à cette affaire, tout comme Science. Contactée par la RTBF, Elisabeth Bik répond sur le plan scientifique : "J’aurais apprécié qu’il réponde à certaines de mes critiques, sur Pubeer ou dans une lettre ouverte. Je ne pense pas que ce soit une bonne chose, lorsque les scientifiques s’attaquent en justice. C’est une discussion scientifique et pas juridique. Mais il n’a répondu à aucune des critiques que j’ai émises sur Pubpeer. A aucune. A la place, il me menace d’un procès. Ce n’est pas bon. Je ne pense pas que ce soit comme ça qu’un scientifique, professionnel devrait répondre. Mais c’est ce qu’il fait."

Plus de 1000 chercheurs ont signé le 18 mai une lettre de soutien à Elisabeth Bik. Une autre pétition pour "mettre fin au harcèlement des personnalités qui défendent l’intégrité scientifique" a recueilli plus de 3000 signatures sur le site change.org.

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