Psychologie et corona : notre baisse de motivation permettrait de prévoir 8 semaines à l’avance les infections, les hospitalisations et les décès

Depuis le début de la pandémie, les psychologues de la Taskforce Psychologie et Corona, membres de l’UGand, l’UCLouvain et l’ULB tiennent un baromètre de notre motivation.

Y a-t-il un lien entre l’augmentation des cas de contaminations par le coronavirus et la motivation de la population à suivre les règles sanitaires ? C’est à cette question que répond l’étude de la Taskforce Psychologie et Corona dont le titre semble indiquer effectivement une corrélation : "Les chiffres du corona : La motivation compte !"

Dans son introduction, ce rapport rappelle que le 26 février dernier, le Comité de concertation a décidé de "ne pas encore décider" afin d’analyser l’évolution de l’épidémie en Belgique. Rappelant aussi que les chiffres en hausse sont à attribuer à des variants du virus plus infectieux. Mais cette circulation des variants dépend aussi de notre comportement, insistent les chercheurs. Et ce comportement dépend de notre motivation. Or, "c’est là que le bât blesse", nous dit toujours l’étude.

Elle énumère les différentes stratégies déployées par les autorités. Les messages "accrochez-vous" ou "utilisez votre bon sens", mais aussi "l’induction de sentiments de peur", les "menaces de contrôle et de sanctions sévères, en passant par la culpabilisation due à des comportements jugés inciviques". Tout cela n’aurait eu qu’un impact limité.


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Alors que se pose en ce moment la question d’une éventuelle 3e vague, où en est la motivation de la population en Belgique ? Eh bien elle a baissé depuis la mi-janvier. Ce dernier mois, elle a même été au plus bas, à un niveau plancher, mais elle semble remonter tout de même après le dernier Comité de concertation.

Corrélation entre la motivation et les contaminations

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Prévision des taux d’hospitalisation 10 semaines plus tard sur la base de la motivation volontaire © Taskforce Psychologie et Corona

Selon cette étude, il y aurait une corrélation entre la motivation et les contaminations. Autrement dit, quand la motivation tend à baisser, il est possible de prédire 8 semaines avant, l’augmentation des cas.

Tout d’abord, explique le professeur Vincent Yzerbyt de la Faculté de psychologie et des Sciences de l’Education de l’UCLouvain, les chercheurs enregistrent des données depuis le début de la pandémie de coronavirus. Cela permet d’avoir une vue à long terme sur tout une série d’évènements. Et cela montre que : "Lorsque la motivation est faible […] nos données indiquent quelque 8 semaines plus tard, on peut observer une augmentation des hospitalisations et donc 10 semaines plus tard, une augmentation des décès".

Autrement dit, les données recueillies permettent d’entrevoir ce qu’il risque de se passer des semaines plus tard. Ce qui fait dire à ce spécialiste : "Ça donne à penser qu’il y a un lien très étroit entre le niveau de motivation que la population manifeste à un moment donné et ce qui suit en matière de conséquences, d’infections, d’hospitalisations et malheureusement de décès deux mois à deux mois et demi plus tard".

Ces chercheurs restent prudents par rapport à ce qu’ils avancent. Les données ont été partagées avec des épidémiologistes pour vérifier le bien-fondé des prévisions : "Et là nous sommes parfaitement rassurés quant au fait qu’effectivement il y a un lien de corrélation", nous dit Vincent Yzerbyt et il poursuit : "qu’il est toutefois frappant que sur une année pratiquement d’observations, nous sommes capables de prédire ce qui va se produire". Pour cette équipe, cet indicateur est tout à fait fiable pour éclairer sur ce qui va se dérouler à l’avenir.

Quid des semaines à venir

Sachant tout cela, que prédisent les modèles pour les semaines à venir ? Pour Vincent Yzerbyt, si la situation s’est aggravée en matière de motivation, "nous montrons effectivement qu’il y aura encore quelque temps un peu difficiles à passer dans les semaines qui viennent". L’homme reste néanmoins prudent, rappelant que la vaccination est un élément positif qui peut tempérer les prédictions que l’on pourrait faire, mais qu’il y a aussi des variants qui sont plus contagieux.


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Bref, il ne s’agit pas d’une science exacte. Pas de boule de cristal, mais le message aux autorités est qu’il faut se ressaisir en matière de motivation. Il s’agit de se mobiliser face à la pandémie en privilégiant, par exemple, une communication positive sur le but à atteindre, des objectifs ciblés pour passer à l’étape suivante "plutôt que des messages qui seraient négatifs", conclut Vincent Yzerbyt.

Mesures Covid: la santé mentale préoccupe (JT 26/02/2021)

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