Professeur Nathan Clumeck: "Je souhaite le port généralisé de masques, arrêtons de prendre la population pour des enfants"

Professeur Emérite en maladies infectieuses à l’ULB et au CHU Saint-Pierre, Nathan Clumeck est l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 4 avril sur La Première. Au menu: Le début de la fin de l'épidémie ; le manque de préparation ; le port généralisé de masques.

Pour Nathan Clumeck, le port du masque (chirurgical) sera décisifs pour la population pour sortir de la crise : "Je souhaite que la population s’en serve à la fin de la crise. Les masques sont utiles ! Ils filtrent à 98%, si pas plus, et dans les deux sens. À la sortie du confinement social, on pourrait arriver à ce que j’appelle un autoconfinement : chacun porte un masque. Il se protège lui-même des autres, et il protège les autres".

Dire aux gens que porter un masque, c’est l’enlever au personnel soignant, c’est très culpabilisant. On aurait dû réfléchir à deux fois avant de dire ça

Pour le professeur Clumeck, on communique mal autour de ces masques : "Le message doit évoluer", explique-t-il. "Dire aux gens que porter un masque, c’est l’enlever au personnel soignant, c’est très culpabilisant. On aurait dû réfléchir à deux fois avant de dire ça. Si le personnel est démuni, ce n’est pas la faute de la population, c’est une absence de prévoyance et d’anticipation". Pour Nathan Clumeck, le discours sur le masque est mal réfléchi. "J’aurais préféré que l’on dise que les masques sont utiles, mais qu’ils sont trop rares pour l’instant. Pas besoin de traiter les gens comme des enfants. Ces masques auraient pu être utiles et auraient pu rassurer les gens".

Covid 19: la surprise générale

Une chose sur laquelle tout le monde est d’accord : ce virus a surpris tout le monde, bien davantage que n’importe quelle épidémie, par le passé. Comment nous sommes-nous laissés dépassés ? "Beaucoup de scientifiques avaient très peur. De nombreux rapports existaient sur les risques d’une pandémie. Certains ont considéré ces rapports comme de l’alarmisme. Niveau budget on s’est demandé si on n’investissait pas trop. Cela dit, nous ne sommes pas tout nus. Il y a l’OMS, des sentinelles sur la grippe, etc. Mais le risque de pandémie n’était pas dans le radar, on n’avait pas de candidat virus, pour en avoir peur".

Le Covid 19 est entré dans une population totalement vulnérable et s’est répandu de manière foudroyante

Mais, même au début de l’épidémie, on l’a vu, de nombreux pays on minimisé, croyaient être prêts. "Pour les premières prédictions, on s’est basé sur des modèles semblables à celui de la grippe. Mais le modèle est erroné. Car beaucoup de gens sont immunisés de la grippe. Or, le Covid 19 est entré dans une population totalement vulnérable et s’est répandu de manière foudroyante. Le modèle de départ n’aurait pas pu le prévoir, on ne pouvait que se tromper". Il y a aussi la comparaison avec le SRAS, dont nous avons pu limiter les dégâts… "Oui, car c’est une maladie symptomatique. Le problème du Covid 19, c’est que la moitié des personnes touchées ne présentent pas de symptômes et contaminent la population. Cela bouleverse la donne". 

La quatrième session pour l'Europe

Il y a enfin la réaction des Européens face à cette crise sanitaire. Pour Nathan Clumeck, l’UE est passée à côté de quelque chose : "Cette pandémie est un examen de passage, et c’est déjà la troisième ou quatrième session. Quand on voit les réflexes individualistes de chacun… Juste pour un fonds de solidarité, on n’est pas d’accord. La Belgique s’est même abstenue, c’est triste. Une partie de l’Europe est refermée sur elle même."

 

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