Pourquoi l'immunité croisée pourrait nous donner un coup de pouce protecteur contre le Coronavirus

Virus et système immunitaire, l'immunité croisée pourrait nous donner un coup de pouce
Virus et système immunitaire, l'immunité croisée pourrait nous donner un coup de pouce - © onurdongel - Getty Images

Une nouvelle étude publiée dans la revue scientifique "Cell" par des chercheurs américains pourrait apporter une lueur d’espoir dans notre lutte contre le coronavirus. A l’heure, où tous les indicateurs de l’épidémie sont au vert, les chiffres d’hospitalisations, de patients aux soins intensifs, des décès sont rassurants plus de 3 semaines après le début du déconfinement.

Les autorités sanitaires restent très prudentes et redoutent toujours une deuxième vague, mais certains épidémiologistes estiment que l’on pourrait peut-être atteindre l’immunité collective plus vite que prévu.

Dans l’étude, ces scientifiques évoquent la possibilité d’une immunité croisée qui permettrait à une partie de la population d’être protégée contre le virus. Même s’il est trop tôt pour en tirer des conclusions définitives, l’étude paraît intéressante.

L’immunité croisée, c’est quoi ?

C’est ce que pense Arnaud Marchant, directeur de l’institut d’immunologie médicale de l'’ULB et de nous expliquer : "L’immunité croisée, c’est une immunité induite par un virus et qui permet de reconnaître un autre virus de la même famille. Ces chercheurs américains indiquent que des personnes saines dont les cellules immunitaires ont été collectées avant le début de l’épidémie, donc à un moment où ils n’ont pas encore pu être en contact avec le nouveau virus, sont capables de reconnaître les antigènes du SARS-Cov2.

Ce que les scientifiques pensent, c’est que ces personnes pourraient avoir acquis une protection contre le nouveau virus après avoir été exposées à des coronavirus qui donnent des symptômes bénins comme ceux du Rhume."

Autrement dit, le contact avec ces virus du banal rhume a produit une réponse de l’organisme capable de réagir de manière croisée contre le nouveau venu.

Comment notre organisme se défend ?

Comment cela fonctionne. Arnaud Marchant, détaille : "Au sein des virus, il y a des fragments de protéines qui se ressemblent suffisamment pour que la réponse immunitaire vis-à-vis de l’un puisse au moins partiellement reconnaître l’autre. Ici on ne parle pas de nos anticorps qui reconnaissent des protéines très spécifiques à chaque virus mais bien des lymphocytes T qui reconnaissent des morceaux de virus parfois semblable de l’un à l’autre mais de manière moins stricte."

L’hypothèse, soulevée par ces chercheurs américains dans la revue spécialisée Cell, est à vérifier. Selon eux, 40 à 60% de la population pourraient être immunisés contre le Covid-19 sans même y avoir été exposée. Pour le moment, les chiffres officiels de contamination de la population chez nous, tournent plutôt aux alentours des 10%. Notre expert reste donc très prudent.


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"Cette publication nous montre que l’immunité induite par des virus de la même famille que celui du Covid pourrait peut-être nous permettre d’avoir une certaine protection contre lui. Parmi les facteurs qui ont influencé la façon dont la population humaine sur la planète s’est défendue depuis le début et parmi les différences d’un individu à l’autre, il est possible que ceux qui avaient cette immunité ont été moins touchés."

On savait qu'on n’avait jamais rencontré ce virus avant et on pensait que nous étions complètement démunis. Or, l’étude montre que notre système immunitaire n’est peut-être pas si démuni que cela. C’est une bonne nouvelle !

De là à dire que cela va changer notre immunité collective, il y a un pas que l’immunologiste ne franchit pas :"L’immunité collective se calcule sur base de la contagiosité du virus, plus il est contagieux, plus de gens doivent être immunisés. Ici, une personne infectée peut en contaminer 2 ou 3, il faudrait 60% de gens immunisés pour arrêter sa transmission. A ce chiffre, pourra peut-être contribuer l’immunité croisée qui ne nous donnera pas l’immunité absolue mais peut-être un coup de pouce pour les atteindre."

Immunité croisée ou la fin de l’épidémie, pas si sûr

Certains épidémiologistes comme le professeur Didier Raoult voient déjà l’épidémie en train de se terminer sans seconde vague en considérant que le virus avait touché tous ceux qu’il pouvait atteindre grâce à l’immunité dont on vient de parler.

Pour Arnaud Marchant, il y a des certitudes sur ce qui a permis de faire baisser l’épidémie. "Changement de comportement de la population, hygiène des mains, distance physique, port du masque en sont les facteurs primordiaux. L’immunité croisée pourrait être un facteur complémentaire mais cela reste une hypothèse."

"Sur l’éventualité d’une seconde vague, tous les virus comparables la connaissent. Dire que nous allons l’éviter, c’est aller au-delà de l’optimisme. Mais je suis serein, les scientifiques en ont appris plus ces cinq derniers mois sur le nouveau virus que sur n’importe quel autre virus pendant la même période. Nous ne nous ferons plus surprendre comme la première fois. La recherche sur les traitements et sur les vaccins avance. Nos comportements ne sont plus de tout les mêmes." conclut-il.

 

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