Porte-à-porte, tests en rue… Face au coronavirus, l’Afrique du Sud a déployé les grands moyens

Bhelekasi Madlalose se fraie un chemin entre les chauffeurs de taxis collectifs d’Ivory Park, un township au nord de Johannesburg. Ils font la queue pour être testés. Madlalose, une infirmière de Médecins sans frontières (MSF), rejoint ses collègues du ministère de la Santé, engagés dans le "Community screening and testing" (CST, dépistage et tests dans les communautés).

Depuis un mois, 11 millions de personnes (20% des Sud-Africains) ont été dépistées et près de 600.000 testés pour le Covid-19. "Nous avons décidé de ne pas attendre que les patients arrivent dans les hôpitaux, mais plutôt d’aller les chercher dans les communautés", explique le Dr Salim Abdool Karim, qui conseille le ministre de la Santé.

Cette campagne massive a permis d’isoler au plus vite les personnes infectées et de tracer leurs contacts. Elle expliquerait le développement très lent de l’épidémie en Afrique du Sud, où le virus a débarqué le 5 mars, en même temps qu’au Royaume-Uni. Les chiffres sont parlants : coté infection, 23.600 en Afrique du sud aujourd’hui, contre près de 261.000 au Royaume-Uni ; coté décès, 481 contre 36.914.


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Le pays de Mandela a réagi très tôt à la menace, comme s’en est félicité, en avril, le directeur général de l’Organisation mondiale de la santé, Tedros Adhanom, en citant le confinement sévère imposé dès le 27 mars et la campagne CST, unique au monde.

60.000 agents de santé communautaires

Madlalose est passionnée par sa mission. Chaque jour, cette femme de 51 ans forme des infirmières, souvent rappelée de leur retraite pour participer au CST. Mais aujourd’hui, elle fera elle-même les tests avec une collègue, car les taximen s’impatientent. "On doit en tester 500 et on n’a reçu que 150 tests, explique-t-elle. Les autres kits vont arriver."

Un chauffeur fait la grimace, pendant que l’infirmière introduit une tige au fond de son nez. Pas le choix : il y a pénurie de tests pour la gorge. "Je suis content de l’avoir fait, dit-il. Même si je porte un masque quand je conduis, je peux être infecté par la monnaie des clients. A Ivory Park, les gens ne font pas attention." Dans les rues, beaucoup de passants ne respectent pas l’obligation du port de masque.

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Bhelekasi Madlalose en train de tester un chauffeur de taxi. © Valérie Hirsch

Eduquer le public est l’une des missions des 60.000 agents de santé communautaires. En t-shirt orange, ce sont les "fourmis" du CST, surtout des femmes. Elles interrogent des gens qui font la queue devant un supermarché, à côté de la gare de taxis. "On envoie ceux qui présentent des symptômes se faire tester", explique Edith Makawa.

Les autres jours, elle fait du porte-à-porte dans le bidonville. "Je visite 30 familles par jour. Les Sud-Africains sont très coopératifs. C’est plus compliqué avec les étrangers, surtout les clandestins."

Une stratégie qui a atteint ses limites

Cette stratégie a peut-être aidé à ralentir la propagation du Covid dans les townships surpeuplés. Mais elle a atteint ses limites. "Les labos ont de la peine à suivre", reconnaît Popo Maja, porte-parole du ministère de la Santé. Seulement la moitié de l’objectif – 36.000 tests par jour – a été atteint. Et, plus grave, le délai pour obtenir un résultat est passé de 2 jours à deux semaines à Johannesburg.

Résultat : les hôpitaux sont encombrés par des malades en attente de résultat. Certains pointent aussi du doigt le gaspillage de ressources : les tests, importés, coûtent cher, alors que seulement 2 tests "communautaires" sur 1000 sont positifs.

"Notre stratégie de tests doit être revue pour protéger l’intégrité de notre système de santé", recommandent deux professeurs d’université, Marc Mendelson et Shabir Madhi, dans un récent article. Nous devons priorité aux malades en situation grave."


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Dimanche, le président Cyril Ramaphosa a reconnu les difficultés. "Nous allons y remédier", a-t-il promis. En attendant, MSF s’est retiré, jeudi dernier, de la campagne CST.

Alors que l’Afrique du Sud s’apprête le 1er juin à déconfiner son économie, l’épidémie connaît une percée dans la région du Cap, qui concentre deux tiers des infections.

Un hôpital de MSF Belgique

MSF Belgique va inaugurer cette semaine un hôpital de campagne de 60 lits dans le township de Khayelitsha, au Cap. "C’est notre plus grosse intervention en dehors de l’Europe", commente Eric Goemaere, coordinateur du projet.

Le médecin belge est déjà monté sur les barricades à Khayelitsha, il y a deux décennies. A l’époque, il avait ouvert le premier centre en Afrique du Sud de traitement des malades du sida. Tout le monde espère que le Covid y fera moins de victimes.

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