New York, nouveau foyer de l'épidémie, a un besoin "astronomique" de lits d'hôpitaux

A leur tour, les Etats-Unis sont en train de prendre la mesure du gigantesque défi que représente l’arrivée du coronavirus sur le sol américain. Pas par la voix de leur président, qui est l’un des seuls à déjà voir une "lumière au bout du tunnel", mais par celle du gouverneur de l’état de New York, Andrew Cuomo.

Car c’est dans cet état que la situation est la plus inquiétante. Plus de 25.600 cas de coronavirus y ont été détectés, soit près de la moitié des cas aux Etats-Unis.

L’état de New York a pourtant été parmi les premiers à prendre des mesures de confinement face à l’arrivée du covid-19. Le 16 mars dernier, les 1800 écoles de la ville de New York étaient fermées, suivies par les bars, les restaurants et les entreprises. Plusieurs traitements sont également testés en parallèle, comme une combinaison médicamenteuse alliant la chloroquine et un médicament antibactérien.

Et pourtant, à New York, les nouvelles ne sont toujours pas bonnes. "Nous n’avons pas aplani la courbe, elle continue de grimper", explique Andrew Cuomo. Le nombre de contaminations double désormais tous les trois jours à New York et le pire pourrait être à prévoir dans deux à trois semaines, selon lui. "Le pic de l’épidémie sera plus élevé que nous le pensions, et il arrivera plus tôt que nous ne pensions. C’est une mauvaise combinaison."

Les prévisions sont en effet sombres : selon une projection détaillée par le gouverneur lui-même, l’état de New York pourrait avoir besoin de 140.000 lits d’hôpitaux pour gérer la crise du coronavirus, alors qu’il n’en dispose actuellement que de 53.000. Pour l’instant, l’état ne dispose que de 3000 places en soins intensifs, alors qu’il en faudrait désormais "environ 40.000" pour faire face à l’épidémie. "Ce sont des chiffres troublants, astronomiques", a déclaré Andrew Cuomo. "Bien plus élevés que ce que nous avions prévu auparavant."

Dans cet état de près de 20 millions d’habitants, il n’y aura pas non plus assez de respirateurs. M. Cuomo estime qu’il en faudrait 30.000 alors que l’état n’en dispose pour l’instant que d’environ 5000.

Les autorités fédérales ont appelé les habitants ayant quitté récemment la région de New York à observer une quarantaine de deux semaines pour empêcher tout risque de contamination.

L’attitude de Donald Trump est "irresponsable et dangereuse"

Ce cri d’alarme en provenance de New York ne semble pas pour autant alarmer outre mesure le président américain. Pressé de relancer l’économie dans les plus brefs délais, il dit miser sur une levée "rapide" des restrictions, d’ici mi-avril pour une partie du pays. "Il faut retourner au travail, beaucoup plus tôt que les gens ne le pensent", a-t-il déclaré sur la chaîne Fox News. "J’adorerais rouvrir d’ici Pâques", qui tombe cette année le 12 avril, a-t-il ensuite dit à plusieurs reprises, assurant que cette échéance était réaliste à condition que les gens retournent au travail "en pratiquant la distanciation sociale".

Des déclarations catastrophiques aux yeux de nombreux scientifiques et responsables locaux, qui estiment qu’un assouplissement précoce des mesures de confinement serait désastreux.

"Cela ne fait qu’une semaine que des restrictions ont été imposées et commencer déjà à évoquer leur abandon est irresponsable et dangereux", s’est emporté Tom Inglesby, directeur du John Hopkins Center for Health Security, interrogé par le Washington Post. "Cela permettrait au virus de se propager largement, rapidement, horriblement et de potentiellement tuer des millions de personnes dans les douze prochains mois, avec des conséquences sociales et économiques immenses."

Sur Twitter, une parlementaire républicaine du Wyoming, Liz Cheney, a abondé dans le même sens. "L’économie ne pourra pas fonctionner normalement si nos hôpitaux sont débordés et si des milliers d’Américains de tous âges, dont des médecins et des infirmiers, meurent parce que nous n’avons pas fait ce qu’il fallait pour stopper le virus". Un tweet qui lui a valu quelques réponses courroucées. "On dirait que Liz Cheney devient une partisane de l’assurance santé universelle", a ainsi ironisé un ancien éditorialiste qui a rejoint le camp du candidat démocrate Bernie Sanders.

Sauver l’économie américaine

Au-delà de la gestion de la crise actuelle, plusieurs scientifiques s’inquiètent par ailleurs déjà des conséquences en cascade de la crise sanitaire et économique engendrée par le covid-19. "Ce qui m’inquiète fortement, c’est que les conséquences sociales, économiques et sanitaires de ce quasi-effondrement de la vie normale pourraient durer très longtemps et qu’elles pourraient être catastrophiques. Peut-être plus encore que le nombre de victimes directes du virus", écrivait ce week-end dans les colonnes du New York Times le docteur David L. Katz, spécialiste en médecine préventive à Yale. "Le chômage, l’appauvrissement et la détresse qui émergeront de cette crise vont faire d’énormes ravages en termes de santé publique".

La crise est telle que Républicains et Démocrates américains sont parvenus à trouver un accord "historique" sur un gigantesque plan de relance. Un plan de 2000 milliards de dollars que le chef de la minorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, a qualifié de "plus vaste plan de sauvetage de l’Histoire américaine".

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