Ne les appelez plus "antivax" mais "hésitants vaccinaux", nourris par les réseaux sociaux

En 2019, l’Organisation mondiale de la Santé a classé l’hésitation vaccinale parmi l’une des 10 principales menaces pour la santé dans le monde. Le Groupe stratégique consultatif d’experts (SAGE) réuni par l’OMS définit cette hésitation de la manière suivante : " Le retard dans l’acceptation ou le refus des vaccins malgré la disponibilité de services de vaccination. C’est un phénomène complexe, spécifique au contexte et variant selon le moment, le lieu et les vaccins. Il inclut certains facteurs comme la sous-estimation du danger, la commodité et la confiance ".

"Complexe", donc pas facile à appréhender, surtout en période de crise sanitaire. Comment réagir ? Quelles sont les motivations des personnes qui hésitent à se faire vacciner contre le coronavirus ou contre d’autres maladies ? Quelles sont les sources qui nourrissent leurs résistances ou leur confiance ?

Ne dites pas…

La meilleure manière de ne pas convaincre une personne réticente à se faire vacciner est de la qualifier "d’antivax" et de lui coller une étiquette. Il existe tout une gamme d’hésitations, plus ou moins argumentées, parmi ceux qui ont des objections ou des craintes face à la vaccination. Comme le relate le professeur de psychologie sociale Olivier Klein (ULB) sur son blog, "les personnes qui ont ce genre de doutes ne sont pas toujours des adeptes de vastes théories du complot sur la collusion du " Big Pharma " avec les politiques et les médias (par exemple). C’est pourquoi il est souvent plus approprié de parler d’hésitation vaccinale que d’anti-vax".

Patrick Peretti-Watel et Pierre Verger (Inserm, Paris) proposent une autre définition de l’hésitation vaccinale que celle de l’OMS, et qui est basée sur la confiance. Il s’agit selon eux d’un "processus de décision influencé par la confiance que les personnes placent dans les autorités de santé et la médecine classique et leur degré d’engagement dans le " santéisme " (propension à contrôler ses comportements de santé pour augmenter son espérance de vie, en utilisant les informations officielles sur la santé)".


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Lu sur internet

Les réseaux sociaux sont les principaux relais des arguments nourrissant l’hésitation vaccinale, comme le relate le Journal international de médecine. Ainsi, une étude réalisée au Royaume uni analysant la posture des mères face à la vaccination contre la grippe et la coqueluche, révèle que 12% des participantes affirmaient être influencées par les réseaux sociaux pour décider si elles se feraient vacciner ou pas. Pour la seule vaccination contre la coqueluche, c’est encore plus frappant : 58% des femmes qui ont lu des informations alarmantes sur des médias sociaux se déclarent moins décidées à se faire vacciner.

Un groupe tardif et contaminant

L’équipe de recherche internationale a recensé les sujets de discussion et analysé les termes échangés, entre le 1er novembre 2018 et le 30 avril 2019 dans 15 pays. 16.000 posts ont été recensés. Durant cette période, un premier groupe de conversation émerge, incitant les femmes enceintes à se faire vacciner contre la grippe et le trio diphétrie-tétanos-coqueluche. Il émane de sites liés à la santé publique au Royaume-UNi, aux Etats-Unis et en Australie. Les chercheurs décèlent deux autres groupes constitués par des messages à connotation neutre ou incitative. Mais le 4e, bien différent, émerge plus tard (février 2019) : les messages y expriment de "sérieux" doutes sur la sécurité du vaccin et son lien possible avec l’autisme et la mort du fœtus. Cette conversation va "contaminer" les autres.

Plus visibles et plus actifs

Les opposants aux vaccins forment une communauté plus active et plus forte que les pros vaccination. Une étude de la revue Nature le montrait déjà à propos du vaccin contre la rougeole. Les communautés opposées au vaccin parviennent à s’entremêler plus fortement avec les indécis. Les communautés pro vaccination restent plus en périphérie des discussions. Par ailleurs, les groupes anti-vaccination offrent des contenus plus diversifiés.

Polarisation des positions

Une étude italienne plus ancienne mais de longue durée montre la polarisation du débat autour de la vaccination sur Facebook. L’équipe a analysé l’interaction entre 2,6 millions d’utilisateurs et 298.018 publications Facebook durant 7 ans et 5 mois. Les communautés qui partagent des contenus sont cloisonnées : les pros "consomment" des contenus favorables aux vaccins ; les "anti", des contenus défavorables. Ces deux communautés coexistent de façon séparée, et Facebook devient une chambre d’écho des croyances de chacune.

La meilleure manière de réduire ces polarités est donc de s’en tenir à des éléments factuels, sans jugement, en étant à l’écoute les inquiétudes, pour ne pas renforcer ces clivages.

Comment convaincre les Belges de se faire vacciner ? (JT du 04/12/2020)

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