Multiplications des maladies transmises depuis un animal : l'humain est-il devenu une espèce invasive ?

Multiplications des maladies transmises depuis un animal : l'humain est-il devenu une espèce invasive ?
Multiplications des maladies transmises depuis un animal : l'humain est-il devenu une espèce invasive ? - © HENNING BAGGER - AFP

C’est une question qu’on pourrait se poser au vu de l’actualité au Danemark : l’humain est-il devenu une espèce invasive ? 15 millions de visons vont en effet être tués par les Danois. Ces petites bêtes élevées pour leur fourrure sont abattues parce qu’elles sont porteuses d’une forme mutée du Coronavirus. Une preuve de plus du lien entre la pandémie et la destruction de l’environnement. Mais ce lien n’est pas si évident que ce qu’on pourrait croire.

Douze Danois ont déjà été infectés par une forme mutante du Covid 19. Des cas positifs ont été enregistrés dans près d’une soixantaine d’élevages. Ces exploitations servent à produire de la fourrure. Le Danemark est d’ailleurs le premier exportateur mondial en la matière. La filière emploie quelque 6000 personnes dans le royaume scandinave de 5,8 millions d’habitants. Les visons en élevage sont 15 millions.

S’ils sont abattus, c’est pour empêcher que cette forme mutante du coronavirus ne se répande. Si c’était le cas, le vaccin sur lequel l’humain est en train de travailler va s’avérer inefficace. "La décision prise par le Danemark est tout à fait rationnelle", explique Thierry Hance. Il est professeur en écologie à l’UCLouvain au sein du Earth and Live Institute. "Dans la propagation du SRAS en Asie en 2003, l’hôte intermédiaire auquel on pensait était la civette, un animal de la même famille que le vison, les mustélidés. Tous les deux sont donc des hôtes potentiels."

Pour les associations de défense des animaux, il faut remettre en question ces élevages.

Cette destruction de la population d’une espèce, c’est tout un symbole du lien entre pandémies et destruction de l’environnement. "Mais en réalité, cette mutation n’est qu’une étape supplémentaire de la progression des zoonoses", analyse Thierry Hance.

Les zoonoses

Les zoonoses, ce sont les maladies transmises de l’animal à l’homme. "Le plus grand risque de transmission se situe à l’interface entre l’homme et l’animal par une exposition directe ou indirecte à l’animal, les produits qui en sont issus (par exemple la viande, le lait, les œufs, etc.) et/ou son environnement", explique l’Organisation Mondiale de la Santé. Autrement dit, nous risquons d’attraper ces maladies si nous mangeons de la viande d’animaux infectés, si nous nous approchons d’un élevage ou d’un marché avec des espèces animales sauvages.

Parmi les zoonoses, le virus Ebola, le Sida, la grippe aviaire, la peste porcine et le SARS dont le Covid 19 fait partie. Bien que le lien ne soit pas encore très clair, il semblerait en effet que le virus vient d’un contact rapproché avec un pangolin contaminé.

La déforestation à l’origine des zoonoses

Ces maladies apparaissent quand l’humain va trop loin dans son exploitation de la planète. "Il y a un lien entre la destruction des écosystèmes, le commerce des espèces sauvages et l’apparition et la propagation de ces zoonoses, explique le WWF Belgique sur son site internet.

"La destruction des écosystèmes expose l’homme à de nouvelles formes de contact avec les microbes et avec les espèces sauvages qui les hébergent, tandis que le commerce des espèces sauvages augmente les contacts directs et exposent ainsi l’homme à des virus ou autres agents pathogènes dont l’animal peut être l’hôte."

Le WWF pointe aussi la modification de l’équilibre des écosystèmes comme facteur de migration des virus vers d’autres espèces ou leur mutation Comme pour le vison, ils s’adaptent "aux nouvelles conditions et à leurs nouveaux hôtes."

S’il n’y a pas de contacts entre l’homme et l’animal sauvage, pas de contamination

Ainsi près de 16% des habitats terrestres et 66% des habitats humains ont été modifiés de manière significative en un peu plus de 40 ans, selon le rapport de l’IPBES. "Or, le passage d’agents pathogènes, comme les virus, des animaux sauvages à l’homme est facilité par la destruction et la dégradation des écosystèmes, continue l’ONG de défense de la vie sauvage. Celles-ci sont causées par la pénétration de l’homme dans les dernières zones vierges de la planète et souvent par le commerce illégal ou non contrôlé des espèces sauvages."

Un constat confirmé par notre professeur à l’Earth and Live Institute à l’UCLouvain. "La maladie existe à la base dans des réservoirs animaux. Concrètement, dans les forêts. S’il n’y a pas de contacts entre l’homme et l’animal sauvage, rien ne se passe, pas de contamination. Le jour où les êtres humains entrent en forêt, déboisent, sont en contact avec la faune sauvage, avec leurs excréments, avec leur nourriture et pire, s’ils mangent de la viande de brousse, le virus est capable de sauter d’une espèce à l’autre."

L’humain, une espèce invasive ?

Alors sommes-nous trop invasifs ? "Le problème, c’est que la population humaine a dépassé les 700 milliards 700 millions d’individus, répond Thierry Hance. On a colonisé à peu près tous les milieux colonisables. Ceux qui restent intacts sont devenus rares. Donc il est clair que nous avons une pression sur la nature extrêmement importante."

On a colonisé à peu près tous les milieux colonisables

Pour le professeur, cette pression est liée à notre développement économique. "On ne peut pas blâmer les gens qui défrichent la forêt pour faire de l’agriculture pour se nourrir et nourrir leurs familles. Par contre, on sait que pour nourrir la population du futur, on a un besoin important de terres agricoles." Et de prendre l’exemple brésilien. "Ces déboisements ont lieu pour produire notamment du soja, pour nourrir nos bétails en Europe."

L’ONU ne dit pas l’inverse. Pour les experts de l’IPBES, ce genre de maladies vont se multiplier à l’avenir et faire plus de morts à moins d’une transformation radicale du système économique qui détruit la nature. "Sans des stratégies de prévention, les pandémies vont émerger plus souvent, se répandre plus rapidement, tuer plus de gens et avoir des impacts dévastateurs sans précédent sur l’économie mondiale."

Les solutions

Pour le Fonds de défense de la vie sauvage, une des premières solutions est d'arrêter la déforestation mais pas seulement. En tant que consommateur, éviter la viande de brousse est une première étape. Bien que ces importations soient interdites en Europe, 44 tonnes de viandes de brousse arrivent ou transitent chaque année par Brussels Airport.

Thierry Hance ajoute une autre solution très simple : éviter le gaspillage. "Il y a le problème d’alimenter ces 7 milliards d’êtres humains mais quand on sait qu’on jette un tiers de notre alimentation à la poubelle, si on avait une répartition correcte de ce qu’on produit, on n’a pas besoin d’augmenter la proportion de terres agricoles et d’aller dans les milieux forestiers."

Et d’aller déranger le pangolin et autres cousins.

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