Militaires en renfort contre le coronavirus : "Il faut montrer à la population que l’armée a ce rôle-là aussi", estime Ludivine Dedonder

Les Belges ont pu le constater depuis quelques semaines : l’armée est elle aussi montée au front pour lutter contre le covid-19 dans le pays. La nouvelle ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS) en fait d’ailleurs l’un des points forts de sa politique, qu’elle présente ce mardi devant les députés. "Ce que j’ai voulu, c’est qu’on occupe le rôle d’aide à la population civile, expliquait-elle le matin même sur La Première. Je pense qu’il faut montrer à la population que l’armée a ce rôle-là aussi. On a vu les militaires en rue au moment des attentats, on les voit intervenir lors des sécheresses et des inondations, on les voit aussi dans cette crise."

En termes de chiffres, la ministre annonce que 1850 militaires sont déployés, dont 350 pour la seule composante médicale, le reste en appui et logistique. Des forces dont Ludivine Dedonder a voulu une revue d’effectif rapide, dit-elle : "Dès mon entrée en fonction, j’ai demandé une analyse des capacités immédiatement disponibles." Elle balaie de ce fait les accusations de retard dans la mobilisation des troupes : "Après trois jours d’entrée en fonction, j’avais déjà une analyse détaillée, une semaine après on était disponibles avec nos hommes ! Je trouve au contraire qu’il y a une capacité de réaction assez impressionnante."


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Pourtant, certains craignent qu’à vouloir soutenir la lutte en Belgique contre l’épidémie de coronavirus, l’armée belge soit moins présente pour ses autres missions, comme les interventions à l’étranger. Est-ce qu’il faudra faire des choix ? "Cela fera l’objet d’une analyse", répond Ludivine Dedonder, qui rappelle qu’il y a environ 700 soldats belges déployés à l’étranger : au Mali, en Afghanistan et en Jordanie. Et la ministre de noter que "la nuance entre sécurité intérieure et extérieure est de plus en plus faible : quand on va lutter contre le terrorisme, on défend notre pays mais aussi nos partenaires et alliés."

Le problème, c’est que les effectifs de la défense semblent se réduire : plus de 40% des militaires vont bientôt partir à la pension. Même si la Défense avait annoncé 2300 recrutements en 2021, dont 1250 soldats et matelots, 800 sous-officiers et 250 officiers, le métier ne séduit plus les jeunes… "L’armée est mal comprise et mal connue, regrette Ludivine Dedonder, rappelant qu’il existe "une multiplicité de métiers". Il faut redonner à l’armée son rôle d’ascenseur social et de formation", ajoute la ministre, estimant qu’elle peut être "un acteur de la relance économique et du pouvoir d’achat."

Je ne passe pas mon temps à tweeter ou à organiser des événements sur Facebook

Ludivine Dedonder souhaite que l’armée communique davantage aux jeunes. "Il y a des perspectives d’avenir pour eux à la Défense", affirme-t-elle. Des stages scolaires devraient être organisés pour les 14-18 ans, afin de leur faire découvrir les différents métiers du secteur. La ministre souhaite également créer une option 'métiers de sécurité' dans les écoles secondaires techniques.

Des recrutements sont également au programme de la législature : 10.000 personnes, dans le militaire et surtout dans le civil. "Aujourd’hui, on a 5% de civil, note Ludivine Dedonder. Dans les autres pays on se rend compte qu'on est à 20%, nous voulons tendre vers 15% en Belgique." Et la ministre d’ajouter : "c’est important que la défense s’ouvre aux différents profils, de différentes origines". Et notamment des femmes : dans l’armée belge, elles ne sont que 8,7%, contre 15,5% chez nos voisins français par exemple.


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La nouvelle ministre de la Défense devra toutefois d’abord se heurter aux députés, et notamment ceux de l’opposition, qui critiquent déjà ses mesures : la N-VA a par exemple annoncé qu’elle organisait ce mardi un événement sur Facebook. "C’est le jeu de l’opposition, rétorque Ludivine Dedonder. Moi je ne passe pas mon temps à tweeter ou à organiser des événements sur Facebook."

Une petite pique adressée à Theo Francken, qui avait tweeté une photo de la ministre… avec son chien, lors de sa nomination. "Il a été la chercher loin, puisque mon chien est mort depuis plusieurs années", réplique Ludivine Dedonder, grinçante. Elle explique avoir eu l’occasion de dire à Theo Francken que son commentaire était "macho" et qu’elle allait "montrer par les actes que j’étais capable d’autre chose que de m’occuper de mon chien."

On nous a gentiment laissé les factures

La N-VA reprochait notamment en octobre la ministre des annonces budgétaires succinctes, qui laissaient croire en des économies. "Nous avons besoin de 6,6 milliards par an structurellement et vous avez 0 euro pour les quatre prochaines années jusqu’à présent", avait notamment pointé Theo Francken. "Quand la N-VA arrive en 2015 avec sa note de politique générale, elle dit il y aura une économie d’1,7 milliards, note Ludivine Dedonder. Ça me fait sourire quand je vois qu’on chipote avec 22 millions d’économies, dans le cadre Covid." La ministre rappelle qu’à la fin de la précédente législature, des commandes ont été faites et "qu’on nous a gentiment laissé les factures".

L’armée belge devrait toutefois faire des dépenses, notamment auprès de l’OTAN : la Belgique est actuellement avant-dernière en termes d’investissement militaire auprès de l’organisation. "On va essayer d’atteindre 1,24% du PIB, de s’aligner sur les autres partenaires euro non-nucléaires de l’OTAN", affirme Ludivine Dedonder.

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